‹ La mouche du coche comedie en un acte, en proseChapitre 10 sur 20 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ADRIEN, pui. M AG LO IRE , P ui. S1LVIO.

ADRIEN , seul, d’un air consterné.

Diantpe! (Apre» un moment, avec colère. ) Diantpe !

MAGLOiRK, entrant par la porto du fond.

Ça va! ça marche!., (il frappe sur l’épaule d’ Adrien.) Eh bien! quoi de neuf? Vous avez vu le directeur, vous lui avez parlé, vous avez $ujvi mon conseil, vous vous eq êtes b>éU trouvé, tout va pour le inieqx, n’est-ce pas?

ADRIEN

Hé ! laisspz-pioi tranquille! (ti tort a gauche.)

MAGLQIftE, seul.

Hein? Ces jeunes gens sont incroyables ! (su»ip parait an fond.) Ah ! mon ipu-ieitn... c’est un Italien, celqiblà; il a plus dç reconnaissance et d'enthousiasme, il va ipe topiber dans Jes

bras, (a Silvio, qui outre par la porte du fond.) Allons, IUOD ami,

tombez dans mes bras !

SILVIO

Hé! laissez-moi tranquille ! {11 descend j droite.)

KQQCBE DU (JQCpÇ Jg

MAGLOIRE, à liii-inômo.

Ils se répètent. S'ils se connaissait': t . je croirais qu’i|s se sont donne le mot. (a s lvm.) Ah ça! mais, qu’y a-t-il donc? d'où vient cette Humeur? Vous avez vu mon ami Scribe, que vous a-t-il dit?

SILVIO , se contenant.

Il m'a dit de me défier de cei tains conseils, de certaines influences, qui pourraient, sous prétexte de protection, m’écarter du chemin le plus sfir et le plus court.

MAGLOIRE

Ah! qu’il a raison!- Je le reconnais bien là ; cet hompie, est le bon sens en personne.

SILVIO

Il m’a dit... que j’avais eu tort d’abandonner mon œuvre commencée; qu’à mon âge, on a surtout besoin de travail et d’étude, et qu’une tentative sans résultat peut m’être plus utile que l'éblouissement d’un succès prématuré.

MAGLOIRE

Parfaitement! parfaitement! Voila d'excellents conseils, et je me réjouis de vous les avoir obtenus.

SILVIO

11 m’a dit encore : Un poète obscur, inconnu, n’est pas à dédaigner, au contraire. L’inconnu éveille toujours un peu de curiosité, l'obscurité ne messied à personne, les taches y disparaissent et les étoiles y brillent mieux. Je vous conseille donc, m’a-t-il dit, de, rester lldèle à voire ami et de garder son poème... (Très-animé.) Voilà, monsieur! Eh bien! ce poème, je l’ai rendu, malgré moi, non sans regret ! Oui, monsieur, vous m’entendez, je l’ai rendu!

MAGLOIRE

Et pourquoi, diable, l’avez-vous rendu ?

SILVIO

Commet ?

MAGLOIRE

Oh ! ces jeunes fous! quand on les laisse aller tout seuls, ils ne font plus que des sottises!

SILVIO

Mais, monsieur, si j’en ait fait... c’est grâce à vous.

MAGLOIRE

Comment, comment?...

Et maintenant, j’ai tout perdu !... je n’ai plus de poème, je n'ai plus de famille, je n’ai plus d’argent !... rien! (pés ;

eaperé . )

MAGLOIRE

Voyons, voyons, mon pauvre Silvio, cqlmons-nous.

SILVIO

11 n’y a qu’une bonne chose à Paris, c’est la rivière.

MAGLOIRE, redcrcendaut.

Hein!... pas de mélodrame!... rien n'est perdu... 11 vous faut un jeune poète, deux jeunesses, deux espérances, la main dans la main ; c'est cliarmant !

SILVIO

Eh monsieur! vous me disiez le contraire il n’y a pas une heure.

MAGLOIRE

Moi?... allons donc !... Rien n’est perdu, vous dis-je.

Comment?...

MAGLOIRE

J’ai votre affaire.

SILVIO

Quoi ?

MAGLOIRE

Un jeune homme... un poème qui sera joué dans l’année... Allons, rassurez -vous, votre fortune est faite, et surtout ne restez point ici, les bras croisés, la tête penchée comme un saule pleureur... Remuez-vous de votre côté, je ne peux pas tout faire. A votre âge, morbleu ! j’avais du sang dans les veines ; sans cela, je n’en serais pas où j’en suis.

SILVIO

Que voulez-vous que je fasse ?

MAGLOIRE

Aidez-vous... et je vous aiderai. Cherchez Daubigny, présentez-vous à lui en mon nom, mettez-vous dans ses bonnes grâces: pendant ce temps, je travaillerai pour vous. Je vais aller chercher lepoëte, el je l’amènerai pieds et poings liés dans vos bras. Allons, Silvio, je ne suis pas de ceux qui font des promesses en l'air. Je vous offre des -réalités, des certitudes. A bientôt, mon ami, l’avenir est à vous! (n iort

à gauche.)

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