SCÈNE IX
SILVIO, MAGLOIRE, ADRIEN, entrant per le gauche. MAGLOIRE, à Adrien.
Mais, entrez donc... Fait-il des façons pour arriver!... Je vous dis que j’ai votre affaire ! Un musicien tout neuf, jeune comme vous, dispos et prêt à se mettre à l’œuvre.
ADRIEN
Mais, monsieur Verdi?
MAGLOIRE
Vous êtes incroyahle!... 11 leur faut des Verdi pour débuter, à ces messieurs! Mais commencez donc modestement, avec les jeunes... Un musicien inconnu n’est pas à dédaigner, l'obscurité est une bonne chose, les étoiles y brillent mieux. C'est ce que je disais tout à l’heure, à
. Ce n’est pas ce que vous me disiez, à moi!
MAGLOIRE
Allons donc ! est-ce que vous allez me jeter toutes vos folies sur le dos?... Laissez-vous faire, et nedites plus que mes petits coups demain etd’épâule n’aboutissent arien. Je vais rapprocher deux jeunes talents, etfiancer deux gloires futures.
(A Silrio qu’il aperçoit, aborde et ranime par la main.) Venez donc, FQOn
ami! venez donc... que je comble toutes vos espérances
(préientant le» deux jeune» gen» l'un à l’autre.) Voici Votre poêle! VOÎlà
votre musicien!... Adrien Verdun... Silvio Léopardi (n
croise le» bra», et aecouc la tête d’un air de triomphe.)
SILVIO et ADRIEN, stupéfait».
Comment !
MAGLOIRE, dpaneui.
* Eh bien?...
ADRIEN, h Magloire.
C’est là que vous vouliez en venir?
MAGLOIRE
Vous n'êtes pas content?...
ADRIEN
Ah ! par exemple ! . . c'est trop fort !
SILVIO
C'est là le poète que vous vouliez me présenter?
MAGLOIRE
Eh! bien, oui!... vous ne m’embrassez pas?...
SILVIO
Ah! monsieur, vous nous avez crus trop bêtes!
ADRIEN
Vous avez tout gâté par vos maladresses.
SILVIO
Vous nous avez joués indignement!
MAGLOIRE
Ah! voilà votre façon de remercier les gens?...
ADRIEN
Savez-vous bien ce que vous avez fait?...
MAGLOIRE
Je vous ai amené dans cette maison.
ADRIEN
Où je serais bien venu tout seul... Vous m’avez brouillé avec le directeur qui, sans votre absurde conseil, aurait reçu ma pièce.
SILVIO
Vous avez séparé deux amis qui, sans vous, auraient fait leur chemin.
ADRIEN
Et pour réparer votre sottise...
SILVIO
Votre mauvaise action, monsieur...
ADRIEN. •
Vous nous ramenez l’un à l’autre; et vous nous faites reculer où nous étions il y a quinze jours... C’est ridicule!...
SILVIO
C’est révoltant!...
MAGLOIRE
Obligea donc la jeunesse!
SILVIO
Comment ! vous vous obstinez à croire que vous nous avez obligés?...
MAGLOIRE
Pardieu !
SILVIO
Pardieu! dites-vous... Ah! si vous aviez trente ans de moins!...
ADRIEN
Doucement, Silvio; tu as trop d’Italie dans les veines !...
Oui, messieurs, je vous ai obligés!... Et, comme je suis
té là ÜLOucttE Bd fcbfcrie
meilleur que vous, malgré vos absurdes provocations, je compte bien vous obliger enebré.
ADRIEN, Ires-vivement.
Gardez-vous-en bien!
SILVIO
Vous nous avez jeté un mauvais sort! '
ADRIEN
Si vous persistez à nous aider, nous sommes perdus !
’ SILVIO
Nous mourrons dans l’année l
MAGLOIRE
Allons donc! pas d’entantillages.. . Vous vous étiez brouillés étourdiment,, et je vous réconcilie; le malheur n’est pas grand... Travaillez, maintenant... travaillez! et avec mon secours...
ADRIEN
Avec votre secours, mou poëme est refusé maintenant.
U est reçu, vous dis-je. Je vais de ce pas en souffler un mot à Daubigny.
SILVIO
Monsieur Daubigny ne vous connaît pas!
MAGLOIRE
Comment?...
SILVIO
11 ne vous a jamais vu de sa vie!
MAGLOIRE
. Par exemple ! l’autre jour •encore, en plein boulevard, il me serrait les mains avec une etTusion...
SILVIO
Fort bien... Mais, tout à l’heure, à celte place, îl me disait de me défier des faux Mécènes, et il ajoutait qu’il serait charmé de faire votre connaissance, si je voulais bien vous présenter à lui.
MAGLOIRE, riant,
La plaisanterie est charmante !
SILVIO
Je ne ris pas, monsieur.
MAGLOIRE
Ni moi. Et pour vous le prouver, je vais tout arranger en un clin d’œil.
SipVIO, bondissant vers lai. '
Vous n’eu ferez rien!
Laisse-le donc aller!... Va, nous sommes si bien enfoncés qu’il ne peut plus nous nuire.
siLvib.
Au fait ! -tu as raison .
MAGLOIRE, oorldnt.
Jeunesse ingrate... je te servirai malgré toi ! pt «wt tdi u
fond.)