LA MOUCHE DD COCHB
ADRIEN
Personne.
MAGLOIRE
Vous avez abordé tout seul notre directeur? *
ADRIEN
Tout seul.
MAGLOIRE
Ah!... Et à qui destinez-vous votre poëme?
V ADRIEN
À un jeune compositeur de mes amis.
MAGLOIRE
Connu par quoi?
Par rien encore.
MAGLOIRE
Ah ça! cher petit, vous êtes fou?
ADRIEN
Comment?
MAGLOIRE
Daubigny va se moquer de vous.
ADRIEN
Pourquoi m’a-t-il invité?
MAGLOIRE
Pour vous dire poliment ceci, quand vous l’aborderez tout à l’heure : Mon cher monsieur, vous avez du talent, de l’avenir, du style, des qualités littéraires...
ADRIEN
Eh bien?
MAGLOIRE
Votre poëme est charmant, aussi je le refuse.
* ADRIEN
Il le refusera?
MAGLOIRE
Et il ne l’aura pas lu.
ADRIEN
Vous me découragez !
Non, je vous éclaire, et je vais vous guider. D'abord, il ne faut pas laisser refuser votre poëme, un refus est mortel.
ADRIEN
Que faut-il faire?
MAGLOIRE
Il faut le redemander à Daubigny, mais là, très-carrément, d’un air délibéré, sans fausse honte. Et s’ü vous questionne sur le motif de ce procédé , laissez-lui entendre que vous savez où placer votre manuscrit et que vous êtes sûr de votre affaire.
LÀ «CfUChB LU f.OCHB
ADR1ÉN
Tiens! le conseil est bon. En me voyant si résolu; le diffecteur prendra mon poème pour quelque chose...
MAGLOIRE. ' . . ,
Et vous pour quelqu’un. Mais vous renoncerez d’emblée à votre ami, le jeune inconnu qui doit mettre vojj paroles en musique ; vous lui retirerez le poëme.
Ah! ceci est plus délicat... Songez que ce musicien est un garçou plein de cœur;
MAGLOIRE
Je ne vous dis pas le contraire , mais l’art avant tout... D’ailleurs c’est dans votre intérêt commun que vous agirez l’un et l’autre en vous séparant : deux inconnus aie peuvent débuter ensemble. Vous m’enverrez votre ami, nous en ferons quelque chose, et vous m’apporterez votrp manuscrit ; je le donnerai à... Verdi , qui m’en demandait un l’autre jour.
ADRIEN
A monsieur Verdi, dites- vous?
MAGLOIRE
A lui-même.
ADRIEN
Ah ! mon cher monsieur MagloIre , vous me rendriez un si grand service !
t MAGLOIRE.
Vous m’en serez reconnaissant ?
ADRIEN
Toute ma vie!
magloIre.
Non, jusqu’à ce que je vous l’aie.rendu.
ADRIEN
Quoi?
Rien, c’est un mot. Allez, cherchez Daubigny, et deir.dndez-lui votre poëme. Nous eu rccauserons quand vous l’aurez. (Eugénie entre ne bras de son oucle par U porte de droite. Un dômes—
a n prend sa mantille. Maglmre accompagne Ad i>'ll ;’i la porte du foipl. )
e^, et pas de renièrciiiients, pas de plihiscs .. Oui, d’est bien!... au revoir! (Adrien soit par le tond. MagloIre redescend, recounail Eugénie et s’approche d’elle.)