SCÈNE II
PAUL et I.AURE.
LAUHE.
Cher Paul, embrasse-moi !
Mon frais baiser, après le bain, il est peur toi.
PAUL
Cela commence! Ahi! (// recule.)
LAURE
Quelle mouche te pique?
TAUL.
Un sot moucheron, oui, ma cousine !
LAURE
Un moustique?
PAUL
Jaloux de ce baiser. . .
LALRE.
Que tu me refusais !
Refuser un bécot qui sort du bain tout frais !
{Il l'embrasse el dit à part.
Oh ! l'éternel Satan ! Oh ! les petites Kves !
LAURE
As-tu bien dormi, Paul?
PAUL
As-tu fais de beaux rêves, Laure?
LAURE
Oh ! oui, j'ai rêvé des sœurs que je quittais ; Je Imir disais adieu pour toujours ! Oli ! j'étais Ingrate, ingrate, ingrate!
PAUL
Un sonffo bien sincère !
LAURE
Tu venais me chercher pour un bal : j'étais fière Quand nous valsions. — Tu vois : un rêve plein d'orgu3il ! Tu n'avais, est-ce ù croire? aucune mouche à l'œil. Donne ! Je soufflerai dessus !
PAUL, à part.
Ces écolières, Avec les hommes ont des façons familières !
Viens-tu me coiffer "i
PAUL, effrayé.
Hein !
LAURE
Tu verras : mes cheveux Ont tant grandi !
PAUL
Non, prends Margot.
LAURE
Comme tu veux !
Tu ne gronderais plus pourtant du pêle-mêle : Je les soigne à présent en grande demoiselle.
PAUL
Vous êtes une enfant.
(.4 part.) Moi, je ne le suis plu^. (Il s'assied.)
LAURE
Vous! Attends! si tu vas prendre tes airs bourrus, J'accours sur tes genoux, — Maintenant, gronde à l'aise !
PAUL, se levant.
Moi!
LAURE
C'est notre habitude.
PAUL
Adorable! [Se rejyrenant.) Mauvaise !
Te gronder! Dieu m'en garde ! Est-on de ces barbons? Je ne gronde jamais.
[A part.) J'étais sur des charbons.
LAURB.
Donc — si cela, du moins, n'a rien qui t'exaspère — Ouvrons ma malle.
PAUL, à part.
ij/aul.) Bon ! Et les lettres du père I
Impossible.
LAURB.
J'en ai la clef.
PAUL
Tu ne peux plus...
LAURE
L'ouvrir? Je le crois bien, si tu t'assieds dessus.
PAUL
Laure! rien ne te presse et tu n'es pas coilTée, Ta belle chevelure est toute ébouriffée.
Lw nu, faisant semllant de s'asseoir sur ses genoux. Si tu grondes!
PAUL, se levant.
Jamais!
LAURE
J'ouvre!
PAUL
Si l'on entrait! Est-ce une place ici, voyons?
LAURE
Es-tu discret?
L'an passé, quand revint ce bon mois de septembre, Tu mt' l'ouvris avant de la mettre eu ma chambre.
PAUL
L'an passt;, nous étions... VA\ bien, se coifTe-t-ou?
I AURE, à la canlonnade.
^\argoV. (Revenant à Paul.)
Laisse donc voir ce cher œil? 'à la rantonnade).
— Margoton!
PAUL
Va! puis, je te lirai les lettres paternelles.
LAURE
Jo ne t'ai jamais vu ces mines solennelles.
PAUL
Nous sommes orphelins et tu sors du couvent.
LAURE
Je vais me hâter. — Paul, ne sois donc pas enfant. Je vous tire humblement, mossieu, ma révérence ; Mais t'embrasser aura toujours ma préférence. Tiens, voilà pour ta mouche insolente, et voici Pour ton refus de me coiffer.
{Elle Vembrasse sur les deux Joues.)