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pénible, sans deute, d’avoir à recommander l'usage général d'une substance poisonneuse ; on serait même injustifiable de le faire s’il ne s'agissait que d’un intérêt médiocre ; mais quand il s'agit, ni plus ni moins, de la prospérité publique et de l’aisance ou de la misère des populations, la chose alors s'impose comme une nécessité qu'il faut bien, bon gré malgré, tôt ou tard subir; si tôt, avec résultat direct et avantage immédiat, si tard, à la suite de misères souffertes et de pertes irréparables subies.
D'ailleurs, s’il y a danger à mettre ainsi un poison dans les mains de chacun, ce n’est pas le seul poison qui soit ainsi dans les mains de tous; il y e a plusieurs dont l'usage est universel. Ce même vert de Paris n'était-il pas déjà, avant la découverte qui l’a démontré être le meilleur moven, le seul encore efficace pour combattre la mouche, n'était-il pas d’un usage général comme peinture ? chacun pouvait en achetrr et partout.
Dire qu'une chose est dangereuse quand on en use eutrement qu'on doit en user, ce n’est pas dire qu'il faille en proscrire l’usage légitime. Il a-rive plus d'accidents, cent fois, par suite de l'usage du gaz d'éclairage et des allumettes chimiques qu'il n'en est arrivé, dans le même espace de temps et dans les mêmes lieux, par l'usage du vert de Paris; est-ce qu'il entre dans l'esprit de quelqu'un de s'opposer à l’usage du gaz et des allumettes, sous le prétexte ou pour la raison que l’un peut asphyxier, que les,autres peuvent empoisonner bêtes et gens, et tous deux incendier les habitations ? Poser une pareille question, c'est la résoudre.
Je réponds ici de suite à une assertion qui a été reproduite, dans la presse canadienne, sur la foi d’un obscur journal des Etats-Unis, à savoir: Que depuis qu'on fait usage du vert de Paris dans les champs de l'Ouest, des maladies nouvelles et incurables ont surgi au sein des populations, et que sais-je encore! Il n’y a qu'un mot à répondre à pareil avancé, c'est qu'il n’y a pas l'ombre de vérité dans cette nouvelle, jugée tellement ridicule que les revues, qui sans cesse traitent du sujet, n'ont pas même daigné s’en occuper. d
Pour répondre aux questions que s'étaient posées les cultivateurs et propriétaires de l'Ouest et que se posaient alors ceux des États de l'Est, questions énoncées plus haut, de savoir si l’arsénite de cuivre (vert de Paris) pouvait être absorbé par les plantes et les rendre ainsi dangcreuses, comme substances alimentaires, et de savoir si l'usage
continu du vert de Paris pouvait affecter la composition du sol au point de faire dommage à la croissance des plantes, M. McMurtrie, le chimiste du Département de l'Agriculture de Washington, s'est livré à une série d'expériences qui sont d'autant plus concluantes qu'elles confirment les expériences faites ailleurs; résultats d’ailleurs anticipés par le fait, déjà constaté sur les terrains de provenance volcanique, que la présence dans le sol des poisons du genre, en quantités médiocres, ne font aucun dommage.
Le résultat des expériences de M. McMurtrie, dont on peut lire les détails dans les Monthly Reports publiés à Washington (*), prouvent, d’une façon incontroversible : 10. Que les plantes, cultivées dans un sol fortement mélangé de vert de Paris, ne contiennent aucune parcelle du poison ou de ses composants dans leur substance ; 20. Que la quantité de vert de Paris, nécessaire dans le sol pour opérer un commencement de détérioration de la végétation, est telle que l’usage du vert de Paris, à la dose suffisante pour défendre les récoltes contre la mouche, pourrait être continué, sans effet appréciable dans le même champ, pendant des siècles, dans la supposition impossible que la masse totale du poison resterait intacte tout le te:nps ; c'est-à-dire qu'il n'y a pas l’ombre d’un pareil danger.
M. McMurtrie a trouvé que pour produire le moindre effet sensible, il faudrait ajouter à chaque pied cube de sol arable 145 grains de vert de Paris ; en d’autres termes, plus de 900 livres du poison par acre. Or l'emploi, même en dose surabondante, du vert de Paris contre les insectes, n’accumulerait pas cette quantité dans le sol, toujours en supposant pareille accumulation possible, en quatre siècles. Si on objecte, comme on l'a fait, que ce n’est pas avec un pied de profondeur de terre qu'il faut compter, mais avec la couche superficielle d'environ six pouces que remuent les façons données à la terre par la culture, je réponds: alors même, il se passerait deux cents ans avant de pouvoir atteindre un effet sensible. Mais comme on ne cultive pas la patate pendant des siècles dans le même champ, et comme le vert de Paris ne peut pas s’accumuler ainsi dans le sol sans modification de ses principes actifs, il résulte que de pareilles terreurs sont de véritables enfantillags.
Maintenant, encore une fois, quant aux périls à courir
(*) Monthly Reports of the Department of Agriculture, Washington, May and June, 1875 ; pages 231 et suivantes,
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de l'emploi usuel du vert de Faris dans la culture, il faut bien comprendre que ces périls sont les mêmes que ceux qui résultent de l'emploi d'un poison quelconque ou d’une substance ou agent dangereux, dans les arts ou les pratiques ordinaires de la vie; ces périls,on les évite par la prudence. Pour ce qui concerne le vert de Paris, les précautions suffisantes à prévenir tout accident sont simples autant qu'elles sont certaines. Ces précautions consistent à placer la substance en un lieu connu de tous les membres de la famille et hors de l'atteinte des enfants ; à l'emmagasiner de manière à ce qu'elle ne puisse être attaquée ou trainée par les animaux ; à ne faire servir à aucun autre usage les vaisseaux et autres ustensiles destinés à son emploi; à ne point faire de malpropreté à cette occasion; à ne point laisser pénétrer le bétail dans les champs opérés avec le poison. Il faut, en un mot, appliquer à cette pratique toutes les lois que la prudence et la charité prescriven., et se conformer aux ordonnances portées par les autorités sur la vente et l'usage des matières dangereuses.
Il y a danger à se servir d’un poison violent, sans doute, et on ne doit recommander l'usage universel de substances de ce genre que dans le cas où de très-grands intérêts l’exigent ; mais jamais intérêt plus vital n’est venu justifier le conseil d’user ainsi d’un poison d’une manière plus complète que üans le cas actuel.
Les relevés faits aux Etats-Unis de quelques accidents signalés, ont prouvé que ces accidents, peu ñombreux du reste, ont été dans chaque cas, le résultat d’incurie ou de grossière imprudence ; et ce sont des milliers de tonneaux de vert de Paris dont on a fait usage aux Etats- Unis. Oui, des milliers de tonneaux de vert de Paris ont été employés depuis une quinzaine d'années sur toute la surface des Etats-Unis, contre la mouche des patates, et nul inconvénient d’une nature générale n'a surgi de cet emploi (fait avec excès à l’origine); aucune détérioration de la pomme de terre ou des autres plantes semées dans ces champs ne s'est manifestée. Le très-petit nombre d'accidents, arrivés par l'application directe du poison sur des excoriations ou des plaies,ou par son introduction dans l'estomac ou les poumons par ingestion ou aspiration, chez l’homme ou les animaux, ont été invariablement le fait d'imprudence, comme je l'ai déjà dit, et dans quelques cas de malice ; deux causes de malheur qui produisent leurs effets en tout état de choses, et ne prouvent rien
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contre quoi que ce soit dont l'usage est nécessité par les circonstances.
Il est démontré que l'emploi fait avec prudence du vert de Paris est absolument sans danger ; est-il également démontré que l'application du vert de Paris soit devenue une nécessité pour la culture de la patate, partout où a pénétré l’insecte dévastateur ? L'expérience de près d’un cinquième de siècle, dans les Etats-Unis, est la démonstration de cette vérité pratique que le vert de Paris est le seul moyen connu efficace, et que la culture en grand de la patate ne peut se faire profitablement, dans les régions envahies par la mouche, qu'à la condition d'employer le vert de Paris.
Je pourrais citer des centaines de témoignages de cette vérité, témoignages donnés par les savants, les agronomes et les fermiers ; je me contenterai d'en citer quelques-uns qui les résument tous M. Riley, dans l'ouvrage déjà mentionné, dit à la page 69: “A vrai dire, c'est à “ peine si quelques pommes de terre ont Cité récoltées, “ dans les Etats du Centre, sans son usage, pendant ces ‘ années.”
Un rapport du comité fait à ‘aChambre des représentants de l'Etat d'Ohio, donne pour conclusion, sur le sujet, l'opinion de l'honorable M. Richmond, son rapporteur et grand fermier de l'Ouest. —“ Mon expérience, dit M. “ Richmond, a été comme suit: tout en ayant réussi à ‘“ contrôler la mouche des patatrs (Colorado Potato-beetle) “les deux premières années de son apparition, en les “ détruisant à la main, la troisième année le nombre s'en ‘était tellement augmenté sur ma propriété,qu’il m'a fallu ‘avoir recours au vert de Paris. Au fait, je suis positif ‘“ à dire que, chaque fois que l’insecte se montre en nombre, ‘ l'emploi du vert de Paris est le moyen le plus sûr et le “ moins coûteux de le détruire(*).”
Le professeur A. J. Cook, du collége agricole de l'Etat du Michigan,dans un mémoire sur les insectes préjudiciables à l’agriculture, parlant de la mouche des patates, dit : ‘“ Attendu que nous avons dans le vert de Paris un remède “ si pratique, si effectif et si peu coûteux contre ce fléau, “ Je ferai ici ce que chaque cultivateur devrait faire chez ‘“ lui, savoir : mettre de côté tous les autres moyens, tels “que la cueillette à la maiïn, ies machines, etc, etc,
(*) Ohio Agricultural Reports, second series, Columbus,1872, page 554.
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comme trop coûteux et insuffisants, Avec un peu de “ soin, le vert de Paris est tout à fait sans danger.” (*)
Je puis confirmer tous ces émoignages par celui de ma propre observation, ayant, pendant la saison dernière et la présente saison, suivi les résultats de l'emploi du vert de Paris, dans les champs environnant la Capitale de notre Confédération canadienne, et surtout dans les champs de M. Lowe, secrétaire du département de l'Agriculture, mon
. Collaborateur, maintenant devenu un maître dans l’art d'em-
ployer le vert de Paris. J'ai pu comparer les résultats des diverses méthodes et les résultats de la négligence de tous moyens. On réussit, avec des soins infinis et un travail considérable, à défendre un tout petit champ de patates par la destruction à la main ; mais quand l'insecte se montre en nombre considérable, et pour peu que le champ ait d'étendue, on se trouve bientôt réduit à capituler. Il va sans dire que la négligence pure et simple est suivie d’une destruction totale. C'est avec le vert de Paris et avec le vert de Paris seul, à l'heure qu'il est, qu'on peut tenir la mouche complètement en subjugation, et qu'il est possiblede faire, dans la culture ordinaire, une récolte complète de patates et une récolte quelconque de bonne qualité, à peu de frais additionnels de culture. Je parle, bien entendu, des lieux et des champs que la mouche à envahis. Cette remarque n'est pas inutile; car, en suivant l’histoire de ce fléau à travers le continent, vous voyez que beaucoup de gens ont argué à faux de l’état de choses observé par eux, dans des lieux et dans des champs où la mouche ne faisait que d'apparaître : toutes ces illusions et les fausses pratiques qu'elies engendrent ne sont pas longtemps à recevoir leur démenti. Aussi disais-je à nos cultivateurs :—de grâce, ne payez donc pas pour une expérience que d’autres ont achetée si cher et qui vous est acquise gratuitement.
(+) Thirteenth Report of the Board of A griculture of the State of Michigan, Lansing,1875, page 108.