‹ La mouche ou La chrysomèle des patates (chrysomela decemlineata) [microforme]Chapitre 12 sur 13 · CONSIDERATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS DIVERSES

On ne saurait trop insister sur l'importance de la question qui fait le sujet de ce travail, et je sens le besoin de revenir sur ce point, après avoir constaté l'indifférence coupable manifestée par un grand nombre de propriétaires de champs à patates, dans les environs de la capitale fédérale. Des champs négligés ont non seulement eu leurs récoltes de patates ou détériorées ou détruites; mais, ce qui est beaucoup plus sérieux, ont servi de lits de propagation, d'où sont sortis des millions d'insectes qui se sont répandus dans tous les champs voisins et qui sont allés au loin propager le fléau.

Ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas défendre, d'une manière au moins suffisante, leurs champs contre un pareil ennemi ne doivent pas cultiver la patate, C'est leur intérêt et un devoir stricte de justice, puisqu’autrement, sans profit pour eux-mêmes, ils répandent la peste chez les autres.

Les cultivateurs de Québec n’ont pas encore eu, à quelques exceptions près, à faire sérieusement cette lutte : l'insecte ne fait que commencer à paraître, et n'a même encore envahi tout de bon qu'une partie des champs de la partie our it de la province ; mais on l’a déjà vu à l'œuvre, et il a déi: colonisé, cette année, une assez vaste étendue du pays : ii ‘ut donc être prêt, dès ce moment, à faire une guerre saus trève à la deuxième génération des larves qui sévit en ce moment et à la troisième qui va la suivre. Il faut encore bien étudier le sujet et se mettre en mesure de ne rien négliger le printemps prochain.

Les Etats européens, en général moins intéressés que nous à la culture des pommes de terre, ayant entre eux et le fléau de la mouche ur océan pour barrière, ont cependant compris l'importance de la question au point qu'ils en ont été et en demeurent alarmés. Les mesures les plus énergiques sont prises ou déterminées contre tous les dangers prévus de l'importation de l'insecte ; quand un individu de

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l'espèce se montre quelque part, apporté par accident sur un navire, l'alerte est de suite donnée et de minutieuses recherches sont faites pour découvrir s'il n'était pas, par hasard, accompagné.

Dans les premières années de l'apparition de la mouche des patates dans une région quelconque, il se produit toutes sortes d'opinions : les gens ont peine à croire à tout ce que l'on rapporte des ravages opérés ailleurs ; ils croient souvent avoir trouvé des moyens nouveaux de s'en débarrasser, sans prines, sans dépenses, et le reste. Cela vient souvent de ce que l'insecte n'étant point connu, on s’est mépris sur son identité ; ou bien de ce que les individus observés sant de l'époque qui, pour eux, suit la période de reproduction, ou bien encore de ce qu'on a eu affaire à quelqu'essaim peu nombreux. Toutes ces illusions ne sont pas bien des années sans se dissiper ; mais elles ont produit des effets déplorables, car elles font à l'ennemi un temps de trève dont il profite pour pulluler.

Il arrive encore des erreurs en conséquence de faits cxceptionels dont les causes nous échappent, faits auxquels on assigne des causes imaginaires sur lesquelles on base des théories que le vulgaire, selon la vulgaire habitude, accepte de préférence aux données de la saine raison et de l'expérience.

Le charlatanisme, de son côté, n'a pas manqué une aussi belle :ccasion d'exploiter la crédulité publique, de sa nature intarissable, et les poudres merveilleuses, et surtout non poisonneuses, ont été offertes par centaines : on en a vendu des charges par les campagnes. D'autre part, des hommes fort respectables et de bonne foi, mais illusionnés, préconisent des moyens, en faveur desquels ils réussissent à réunir des partisans : c'est ainsi que j'ai vu préconiser dans les journaux, tout récemment, un mélange dont, en commun avec un ami, j'ai constaté l’inutilité. Ce composé, mis en contact avec l'insecte, le tue, mais employé comme pratique agricole, il devient ou sans effet ou pernicieux : des plants de patates que nous avons traités par cette substance ont péri par son emploi fait en abondance, ou sont restés la proie de la mouche à la suite d'un usage plus modéré; sans compter qu'un si pauvre remède, sujet à d’autres objections encore, nécessite une main-d'œuvre dont les frais seuls suffraient à en faire prescrire l'abandon.

Il faut bien comprendre qu'il ne suffit pas de trouver une substance capable de tuer l'insecte, par degrés ou instantanément, pour avoir découvert un moyen pratique de com-

battre la mouche des patates. Il y a des centaines de substances qui possèdent cette propriété et qui ne répondent pas du tout aux conditions multiples d’un problème comme célui qui se pose ici, et que le vert de Paris seul a résolu, à la suite de milliers et de milliers de recherches infructueuses, de la part de savants et C’agriculteurs ayant mission de s’enquérir et qualités pour le faire. Ce n'est pas seulement un insecticide pur et simple qu'il faut, c'est toute une méthode d'agriculture pratique a établir, laquelle comporte l'emploi d’un insecticide capable de rester effectif, en se prêtant aux autres conditions du problème.

On a employé des machines à cueillir ou collecteurs d’insectss et d'autres moyens mécaniques de faire la moisson des mouches et des larves sur les plants de la patate; mais, en fin de compte, tout cela ne vaut ni les peines ni les frais qu’on s’y donne, et finit toujours par donner gain de cause à l'ennemi qu’on attaque ainsi.

I1 reste, comme seuls moyens pratiques, la cueillette à la main de l’insecte parfait et des larves, l'écrasement des œufs sur les feuilles, et l'emploi du vert de Paris.

La cueiliette à la main de l’insecte parfait, à sa première apparition le printemps, et l'écrasement des œufs sur les jeunes plantes, aussi le printemps, sont des procédés recommandables et qu'on devrait pratiquer soigneusement, durant les premières semaines de la pousse des patates, en mai et au commencement de juin ; mais quand les larves ont commencé à faire leur apparition en nombre, et quand les patates ont beaucoup de feuilles, il n’y a plus qu'un moyen à employer, lequel, heureusement, à lui seul suffit toujours et partout, c'est le vert de Paris, seul agent capable de tenir tête à une invasion sérieuse de la mouche, dans les champs de quelqu'étendue.

Un ami, ayant des loisirs, avait, dans le voisinage d'Ottaoua,un petit champ d’un demi arpent de patates qu'il soignait tous les jours, le débarrassant, par la cueillette, des mouches et des larves qui venaient d’y faire irruption. Il s'était félicité souvent de pouvoir suffire, par ce moyen, à défendre ses belles patates, lorsqu'un jour, il m'arrive, me disant :—Il n’y a plus moyen d'y tenir; je suis débordé; mon champ a déjà beaucoup souffert.Le remède est simple, lui dis-je, faites usage du vert de Paris.—Vous m'assurez qu'il n’y a pas de danger ?——Pas l'ombre, pourvu que vous vous contentiez de donner de ce vert à vos patates et aux insectes qu’elles portent. Il est reparti de la ville emportant du vert de Paris qui a sauvé son champ ; j'ai le bon-

heur de le compter aujourd’hui parmi les propagateurs les plus zéiés de la bonne méthode ; il a déjà produit un grand bien dans son voisinage,

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