‹ La mouche ou La chrysomèle des patates (chrysomela decemlineata) [microforme]Chapitre 13 sur 13 · L'ARSENITE DE CUIVRE ET SON EMPLOI · texte numérisé non relu

L'ARSENITE DE CUIVRE ET SON EMPLOI

L'arsénite de cuivre se présente sous la forme d’une poudre d’une ténuité extrème (impalpable), du plus beau vert, très-lourde et adhérant avec persistance aux cbjets sur lesquels on l’étend ; elle est insoluble, ou à peu près, dans l'eau. Sa ténuité fait qu’elle colore des quantités relativement énormes d’eau dans laquelle on la tient en suspension, ou de farine avec laquelle on l'incorpore souvent pour opérer sur la mouche des patates. On le sait, c'est un poison violent et qui agit à des doses extrêmement fractionnées.

L'arsénite de cuivre, ou vert de Paris, comme aujourd’hui presque tout ce qui fait objet général de commerce, est d'ordinaire falsifié et par conséquent diminué dans ses effets, en raison de la nature et de la quotité de ces falsifications.

Sur la demande de Monsieur le Ministre de l'Agriculture, les analystes du gouvernement fédéral ont reçu de M. le Ministre du Revenu Intérieur l’ordre d'examiner le vert de Paris en vente sur divers marchés du pays. M. le Dr. LaRue, professeur de l’Université Laval ; M. J. B. Edwards, de Montréal, et M. W. H. Ellis, professeur de Trinity College, cnt analysé des échantillons achetés en divers endroits de la province d'Ontario et de la province de Québec ; le résultat a été que sur 44 échantillons, 14 seulement étaient purs. La falsification la plus commune s'opère en ajoutant du sulphate de baryte ou endonnant, après coup, un excès d’arsénic blanc au vert de Paris : la valeur quantitative de ces fraudes s'élevait, pour un des échantillons, à plus de 33 pour cent de la masse, constituant une moins value égale à cette proportion. Un des échantillons analysés n'était pas même du vert de Paris, mais une poudre, composée

d’arsenic blanc, de sulphate de cuivre, de sulphate de fer, d’alun et d’ine poudre végétale, le tout formant une drogue tout aussi poisonneuse que le vert de Paris, pour l’homme et les animaux domestiques, mais nullement appropriée à l'usage pour lequel elle est vendue.

Il faut esnérer que les autorités et nos maiscns de commerce elles-mêmes veilleront à ce que de pareils procédés n'aient plus lieu. Comme les noms des vendeurs et le résultat des analyses sont publiés dans les rapports officiels, je crois devoir remarquer ici, en justice, que beaucoup de ces fraudes ne sont point opérées par les vendeurs, mais par les fournisseurs. Je connais l'honorabilité de plusieurs maisons nommées dans cette liste, et j'ai personnellement été témoin de l’indignation manifestée par un de ces négociants, en apprenant la nouvelle qu'on lui avait fourni et fait vendre un produit frauduleux. Une fois averti, c'est le devoir de chacun de s'assurer de la v'eut ce qu'il offre en vente au public.

Il est bon de répéter ici les avis relatifs à la vente et à l'usage de ce poison, dont l'emploi fait aujourd’hui partie essentielle de la dépense et des procédés d’une bonne culture des pommes de terre. Les paquets qui contiennent le vert de Paris mis en vente devraient être étiquetés d’une façon particulière, donnant avis de la nature poisonneuse du contenu. Il faut avoir grand soin de tenir le vert de Paris hors de l'atteinte des enfants, e: faire attention que les animaux n'aient aucun accès au dépôt, aux ustensiles dont on fait usage, non plus qu'aux champs de patates opérés. Ilne faut pas se servir du vert de Paris comme

insecticide sur les plantes autres que la patate :—1: : :ceptions que cette règle peut subir sont de trop déli .….: :0plication pour le public en général. Il ne faut faire : : 1r en

aucuïe manière et en aucun temps, à d'autres usa, : les ustensiles qui servent ou qui ont servi à l'emploi du vert de Paris; car cette substance s'attache par parcelles, avec persistance, aux objets de bois, aux vases de ferblanc, aux balais, etc., etc., dont on s’est ainsi servi. Il faut faire attertion de ne point aspirer le poison et de ne point le mettre en contact avec la peau affectée de gerçures, crevasses, coupures ou plaies quelconques. Il faut prendre, d’ailleurs, toutes les autres précautions que Ir. prudence ei a propreté comportent.

Une fois le fait constaté que, de toutes les substances connues et essayées, l’arsénite de cuivre, dit vert de Paris, est le seul produit qui réponde aux exigences du problème

à résoudre, il restait à systématiser le procédé, c'est-à-dire à l'amener au point de produire son effet complet avec la moindre quantité possible du poison, et ce, avec la moindre main-d'œuvre possible.

La plus petite dose imaginable de vert de Paris suffit à fair: périr la mouche et ses larves, que cette minime portion soit ingérée par l’incecte parfait, en la prenant sur les feuilies qui en ont été sauyoudrées ou arrosées, ou que le poison pénètre par absorption, résultat du contact, pour la larve. Le mort de l’insecte arrive plus ou moins tôt, selon la dose appliquée ; mais, comme il importe peu, ou point du tout, que cette mort arrive instantanément ou au bout c'e plusieurs heures, il résulte qu'avec une poudre de la finesse du vert de Paris, on peut et doit arriver à un état de division énorme de la substance ; par conséquent, qu'on doit pouvoir amener la quantité de poison administrée à des doses très-faibles, réduisant ainsi à leur plus simple expression le coût de la matière et le transport sur champ des substances qui lui servent de véhicule. L'achat du vert de Paris, c’est le capital à débourser pour le cultivateur ; le transport sur champ, c’est le travail, la main-d'œuvre, tous deux réduii: aujourd'hui à une dépense comparativement minime, qui serait presqu'insignifiante, si tous et chacun de ceux qui possèdent un champ de patates, petit ou grand, se faisaient un devoir de le défendre. Malheur usement, comme je l'ai déjà dit, les négligents sont noi1breux, et c'est par millions et millinns que la mouche £e reproduit dans ces cultures négligée-.

Des expériences, faites en grand et multipliées, m'ont démontré qu’on peut employer avec succès, dans des applications faites avec soin, des doses beaucoup plus petites que celles qu'on emploie partout aujourd’hui, lesquelles sont déjà en réduction énorme sur les quantités qu’on employait au début dans les Etats-Unis.

Le vert de Paris s'emploie de deux manières, à l’état sec et à l’état liquide; chacune de ces deux manières de l’'employer a des avantages et des désavantages qui lui sont propres, et chacune a aussi ses adhérents dans la pratique. Les avantages de l’état sec, c'est que la substance s'attache mieux aux feuilles, et que, en l'absence de grandes pluies, l'application conserve son effet plus longtemps ; les avantages de l’état liquide consistent dans la facilité d'emploi et la diminution des dangers.

Pour faire usage du vert de Paris, à l’état sec on le mêle, — plus complet et plus intime est le mélange, meilleur et

plus économique est l'emploi, —on le mêle avec 20 à 30 fois son volume de plâtre, de cendres, de chaux éteinte, mieux encore de farine—la plus mauvaise vaut la meilleure pour cet objet. Quand le vert de Paris est de bonne qualité et bien mélangé avec une farine de grain fin, une partie du poison pour 40 parties de farine suffit.

Après essais répétés des deux modes d'application, malgré ‘a préférence accordée à la méthode sèche sur la méthode liquide par un grand nombre d'auteurs et de praticiens américains, préférence que, l'année dernière, j'avais, d'après eux, préconisée, je n'hésite pas aujourd’hui À recommander la méthode liquide comme de beaucoup supérieure, pour l'usage ordinaire et général. La diminution des dangers possibles, la grande facilité de la préparation, la simplicité d'emploi me semblent des considérations qui s'imposent.

Pans l'application de la méthode liquide, que nous devons, je crois, adopter en pratique générale, à l'exclusion de toute autre, il suffit d’une cuillerée à thé, rase, c’est-à-dire d'environ cent dix grains (14 d'once) de vert de Paris de qualité supérieure, pour un baquet ordinaire (deux gallons à deux gallons et demi) d’eau. Une livre de vert de Paris rur suffit donc pour soixante-quatre baquets d’eau ou environ 140 gallons. Si le vert de Paris était de qualité inférieure ou falsifié, il en faudrait une plus grande quantité, proportionnée à la moins value ainsi produite. ‘

Selon le nombre des insectes qui se montrent à tous les états sur les patates, il! faut employer, pour chaque application, de deux à huit baquets d'eau dans chacun desquels on a mis une cuillerée à thé de vert de Paris pour un arpent de patates. Quant au nombre d’applications à faite, elles varient selon le nombre des insectes qui attaquent le champ: le propriétaire doit avoir soin d'appliquer chaque fois que l'attaque se renouvelle. La règle est de ne pas laisser à l’insecte le temps de dévorer et de salir les plants de patates. Il faut ne pas oublier que les orages enlèvent la substance appliquée sur les feuilles.

Voici comment se fait l’opération : le vert de Paris étant mesuré dans une cuiller, ou mieux, étant d'avance divisé par petits papiers contenant chacun la cuillerée voulue, on met dans un baquet plein d’eau la quantité indiquée du poison ; si le poison est à l'avance divisé dans des petits papiers, on jette, en l'ouvrant, le papier tout rond dans le baquet, ét par là on évite toute autre manipulation. On a soin, de suite et pendant toute l'opération, de brasser le

mélange ; car le vert de Paris, n'étant pas soluble, doit être ainsi tenu en état de suspension également répartie dans la masse liquide. $

S'armänt alors d’un tout petit balai, dont le manche doit être assez long pour ne pas être exposé à se plonger inutilement la main dans le liquide, on entre dans les rangs de patates, portant le baquet d'une main et tenant le petit balai de l’autre. Aussitôt qu'on observe sur les tiges et sur les feuilles un insecte parfait ou une larve, on agite le liquide avec le balai, qui de cette façon se charge d’eau bien verdie avec laquelle on arrose légèrement les insectes qui se font voir et les plantes qui les portent ; arrosant, à droite et à gauche, les deux rangs entre lesquels l'opérateur passe. On continue ce procédé jusqu'à ce que tout le champ ait été parcouru, prenant toujours deux rangs de plants en même temps (ce qui réduit le parcours de moitié), ayant soin d’agiter ie liquide chaque fois qu’on recharge le balai et d’arroser les plantes et les insectes à droite et à gauche. (*)

Cette opération doit être faite rapidement, mais avec soin, et être renouvelée aussi souvent que l’insecte se montre. Dans les champs fortement envahis, il est souvent nécessaire d'opérer deux fois par semaine, trois fois même s’il arrive des orages. Comme on le voit, le procédé est des plus simples et des moins coûteux : une personne peut de cette manière parcourir et défendre plusieurs arpents, dans le temps qui lui suffirait à peine à opérer la cueillette des insectes sur un arpent ; avec cela que le vert de Paris met chaque fois le champ au net, ce qu'il est impossible d'obtenir complètement par la cueillette.

Telle est la mouche des patates, telles sont les pertes dont elle nous menace, tel est le moyen simple, facile et peu coûteux, en somme, de combattre cet ennemi. Il est de l'intérêt de tous, comme du devoir de tous, de prendre une part active aux mesures nécessitées par la circonstance. Que chacun do‘ic prête son concours, par la parole et par l'exemple, à une propagande qui touche, dans l'ordre

(*) On doit choisir des baquets et des balais légers, pour diminuer le travail et la peine, Les seaux peints du commerce et les petits balais, employés pour brosser les habits (un peu usés, ils n’en sont que meilleurs), sont très-propres à ce service.

Le vert de Paris pur ne doit coûter nulle part, au détail, plus cher que deux chelins la livre (quarante centins); or comme deux livres et demi de vert de Paris pwr suffisent à défendre un arpent par an, il résulte que la dépense pour l’achat du poison ne saurait dépasser une piastre par arpent.

matériel, à la question réellement la plus importante du jour pour nos populations.

EN RESUME, nous avons affaire à un fléau terrible, mais qu'il nous est donné de contrôler..-—C'est un devoir qui incombe à tous ceux qui cultivent ia patate, devoir envers eux-mêmes et devoir de stricte justice envers les autres, d’avoir recours aux remèdes propres à combattre le mai.— Les moyens à employer sont de deux espèces, savoir ; la destruction de l’insecte par la cueillette à la main et l'emploi du vert de Paris Le premier de ces moyens, pratiqué sans relâche, est bon toujours et suffit en certains cas; mais, dans les gra..des cultures et quand l’insecte pullule, il devient tout à fait insuffisant. Le second moyen, le vert de Paris, mis en pratique avec intelligence et persévérance, réussit toujours, à coup sûr et suffit à lui seul.

Il faut continuer la destruction des larves, à l'automne, alors même que les patates ont atteint une maturité suffisante pour ne plus avoir à souffrir de leurs ravages ; car

les larves non détruites à cette époque seront, au printemps, des insectes parfaits,

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