‹ La mouche ou La chrysomèle des patates (chrysomela decemlineata) [microforme]Chapitre 6 sur 13 · DIET PSN EDIT EIRE PE RP TT EDIT NN RIRE · texte numérisé non relu

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d'œufs. La tête est petite, ovale, engagée dans le corselet; elle est d'un brun plus ou moins clair, bordée de noir et marquée d’une tache noire triangulaire au milieu du front. Le prothorax est plus large que long, arrondi en voute, de même couleur que la tête, marqué de points noirs et de deux lignes verticales placées de chaque côté et dans le voisinage immédiat de la iigne médiane ; la partie dorsale du reste de la région thoracique, cachée sous les élytres, est de couleur noire ; les flancs et la région sternale sont d’un brun clair et marqués de noir. L’abdomen est d’un brun clair, strié de lignes noiïres transversales au centre et marqué de points noirs sur les côtés. Les antennes sont beaucoup moins longues que le corps (4 millimètres), moniliformes et insérées près de la bouche.

Les pattes sont d’un brun clair, avec genoux et extrémités noirs. Les élytres sont coriaces, jaunes en dehers, blanches en dedans, et marquérs des deux côtés de cinq belle; lignes noires sur chaque élytre (voir Planche, lettres f et g); deux de ces lignes occupent les deux bords de chaque étui; des trois autres, situées au centre, la seconde et la troisième toujours, quelquefois toutes les trois se joignent en arrière. Les ailes, plus longues que le corps (13 à 14 millimètres), sont brillamment colorées de rose, de leur insertion jusqu’à un peu au-delà de la charnière de rétraction.

La chrysomèle des pommes de terre paraît être monogame. La femelle est plus grosse que ie mâle et se distingue par le olus grand dévelcÿpement de la partie abdominale : lorsqu'elle est chargée d'œufs, la partie distendue déborde toujours les élytres et laisse voir, au rebord de ces dernières, comme une bordure brune jaunâtre qui permet de les distinguer des mâles, à quelque distance ; plus distendu encore, l’abdomen fait sac au bas des élytres. Les caractères généraux de structure et d'organisation de l’insecte sont ceux de son ordre et de sa tribu. Ni la larve ni l'insecte parfaits n’ont de poii; tous les téguments sont d’une solidité extraordinaire.

Les œufs sout déposés en rang et par groupes dont le nombre le plus souvent se range entre les chitfres 10 et 40; mais on observe des groupes de toutes sortes de valeur numérique. Dans le cours des nombreuses expériences que j'ai faites sur des insectes mis à part, j'ai vu des groupes de tous les chiffres, depuis un dépôt composé d’un seul œuf jusqu'à un groupe de 112 œufs pondus, sans désemparer, par une femelle tenue seule en séquestration. Les œufs sont

déposés d'ordinaire sur la page inférieure des feuilles de la patate, mais quelquefois aussi sur la tige ou la partie supérieure des feuilles, souvent encore sur d’autres plantes et même quelquefois sur des objets quelconques. L: travail de la ponte est très-curieux à observer : l'œuf, qui dans ie réceptacle baigne dans un liquide jaunâtre, est poussé contre l’objet auquel il doit adhérer, précédé par une goutelette du liquide ; il est tenu dans cette position pendant au moins une minute et souvent beaucoup plus, selon le degré d'humidité de l'air ambiant, pour n'être tout à fait expulsé, par un mouvement de retroussis, qu'au moment où la dessiccation du liquide agglutinatif l’a solidement fixé au dehors.’ Les œufs sont petits, oblongs, effilés aux deux bouts, d’une belle couleur orange et rendus luisants par le vernis protecteur qui les recouvre : ils ont environ un millimètre et demi de longueur et sont très-fluets. Le réceptacle d’une grosse femelle, bien distendu, peut contenir à la fois un grand nombre d'œufs, à divers états de développement, et comme l'observation citée plus haut me l’a démontré, bien certainement plus de cent, tous parfaitement développés, sans préjudice au nombre de ceux qui sont en progrès : ces cas, cependant, doivent être rares; car dans mes nombreuses dissections, je n'ai jamais trouvé plus de 65 œufs arrivés ensemble à leur croissance parfaite.

La larve, au moment de son éclosion, n'a guère plus qu'un millimètre de longueur ; elle a la tête et les pattes noires,ainsi que deux anneaux noirs aux premiers segments, le reste du corps #st d’un roux foncé; elle est munie de ses six pattes, est tres-vigoureuse et se meut avec facilité. Au bout de peu de jours elle atteint les dimensions d'une grosse punaise dont. à distance, elle a l’aspect à cette période de Lun existence, ce qui lui a fait donner le nom de punaïse des patates (Fotato Bug) par les Américains. En se développant, la larve passe par le roux, le rose brillant (Planche, lettre c), pour arriver à une couleur tirant sur l'orange, qu'elle atteint au moment de descendre en terre pour subir ses transformations. Pendant toute son existence, la larve a la tête, les pattes et les cercles déjà désignés de couleur noire ; elle est bien marquée de deux rangées de points noirs sur les côtés (voir Planche, lettre 4); ces points se retrouvent sous l’abdomen de l'insecte parfait, moindres d'une rangée disparue ou transformée. La larve affecte toujours la forme ovoïde : elle est assez ingambe et voyage au besoin d'un champ à l’autre : arrivée à l'époque où elle s'enfonce dans la terre, elle a atteint à peu près les dimen-

sions de l’insecte parfait ; elle revêt toujours, malgré ses brillantes couleurs, un aspect répulsif. La nymphe n'offre rien de particulier (voir Planche, lettre e); elle est de couleur

.blafarde-orangée.

L'accouplement se renouvelle de temps en temps, pendant la durée de la ponte, qui dure trente jours environ, pour chaque femelle. La ponte totale est de 500 à 1000 œufs (quelques observateurs ont fait rapport de pontes totales de 1,100 (*). Disons de suite que trois générations d'insectes parfaits se succèdent chaque année, dans nos régions, et que, pendant la belle saison, la ponte, pour l'espèce, ne subit aucune interruption. Il résulte de là que la première génération fait des œufs jusqu’au moment où les premiers-nés de la seconde génération commencent à se reproduire à leur tour, la première génération produisant des œufs de jour en jour, pendant au moins une quarantaine, les autres générations beaucoup plus longtemps.

L'insecte commence à pondre dix jours environ après être sorti de terre : l’éclosion des œufs a lieu de six à sept jours après la ponte ; en quinze ou vingt jours les larves acquièrent leur complet développement et descendent dans le sol pour y subir leurs métamorphoses ; leur séjour en terre dure de dix à quinze jours : exception faite de la troisième génération, dont les larves, les nymphes ou l’insecte, dans nos climats, passent toute la saison rigoureuse dans le sol, dans un état d’hibernation. En sorte que la durée de toute la croissance de l’insecte, du moment de l’accouplement des parents à la sortie du sol, est, en Canada, de 41 jours, au moins, et de 52 jours, au plus, ou de 31 à 42 jours à dater de la ponte dans la saison d'été. MM. Saunders et Reed, qui ont fait, en 1871, une enquête pour le compte de la province d’Ontario, disent (je traduis) : ‘ Chaque femelle dépose de 700 à 1000 œufs, lesquels pro- ‘ duisent l’insecte parfait en moins de cinquante jours.” (+)

En sortant de terre, dans le cours du mois de mai, les uns longtemps après les autres, plus ou moins tôt, plus ou moins tard, selon la saison, les insectes cherchent la patate par paires ; d'ordinaire, l’accouplement a lieu seulement quand ïls ont trouvé la plante faisant ses premières feuilles. Ils semblent vouloir attendre, avant de commencer à propager, la présence de leur aliment de prédilection, dont l’excitant a porté leur fécondité à

(*) Professeur À. J, Cook, Report of Bourd of Agriculture of the State of Michigan, fer 1874, publié en 1875, page 107.

(T) The Canadian Entomologist, London, Ontario, Volume III, page 43.

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EE degré qu'on observe et dont on souffre aujourui.

La mouche des patates, à l'état parfait, est assez sobre, à l'exception des premiers jours qui suivent la sortie du sol; ses dégats sont souvent méconnus par des observateurs peu attentifs ; mais les larves sont d’une grande voracité; le champ qu'on leur abandonne est fatalement voué à la destruction. L'insecte parfait et les larves font encore dommage à la plante, en souillant les tiges et les feuilles de leurs ordures et üe leurs dégoûtantes déjections. L'insecte ; «rfait se transporte d'un champ à l’autre, à de grandes distances, en peu de temps, par un vol saccadé mais assez puissant. Quand il déploie ses ailes roses, soulève ses élytres bariolées et laisse miroiter les belles teintes brunes et noires de son corps, cet insecte est trèsjoii à voir. Dans le vol et la descente, les élytres semblent lui servir de voiles et de parachutes. C'est surtout au printemps, et à l'époque des grandes chaleurs, que le vol est puissant et prolongé. Après la ponte, la mouche des patates abondonne les champs cultivés ; elle erre partout, en se traînant ou se faisant porter sur toutes sortes de véhicules, jouit encore quelque temps du soleil, puis cherche à se cacher et meurt. À aucune époque de son existence l’insecte ne semble faire d'effort pour échapper à la main qui va le saisir ; il se pelotonne et fait le mort.

Chaque année dans nos climats, on voit les trois générations mentionnées de l’insecte donner chacune une ponte ; conséquemment, trois générations de larves se succèdeat. Il ne faut pas oublier que les produits des pontes de la troisième génération d'insectes parfaits ne doivent sortir de terre, eux aussi insectes parfaits, qu’au printemps suivant : je pense, sans en être certain, que le fait est dû plutôt à une loi de l’organisnie de l’insecte qu’au climat.

M. le professeur C. V. Riley, entomologiste de l'Etat du Missouri et président de la commission entomologique des Etats-Unis, affirme que l’insecte parfait descend dans le sol pour hiverner, après en être sorti et avoir vécu Jde la vie en plein soleil. Il dit (je traduis): “ La mouche “ du Colorado (Colorado Potato-bectle) hiverne à l’état “ parfait sous la surface du sol, ou sous des amas de “ décombres ou tout autre abri qu'il peut trouver. On “ l'a exhumée de profondeurs variant entre quelques pouces “ et plusieurs pieds, bien que son habitude soit de ne pas “ s'enfoncer plus avant que dix pouces.” Ailleurs, M. Riley dit encore : “Le cycle entier des transformations,

“ de l'œuf à l'insecte parfait, exige rarement plus d’un “ mois, et la dernière génération de l'insecte parfait (of ‘ beetles) sort du sol de bonne heure l'automne et, comme ‘on vient de le voir, s’y enfonce de nouveau pour y passer “ l'hiver.” (*) C'est avec répugnance que je me vois forcé de mettre en doute l'exactitude de cette donnée; mais je pense que les insectes parfaits, trouvés à quelque profondeur dans le sol, n’ont jamais encore joui de la vie en plein air.

Voici pour ce qui concerne le Canada, pris comme ensemble, le calendrier en gros de l’ordre et du mode de séjour de la mouche des patates, chaque année :

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| & ë nération. j larves de l’année, IE | 1 Mai, Juin. Mai, Juin. Juin, Juillet. | | | | 2 Juin, Juillet, Août. Juin, Juillet, Juillet, Août, | Août. Septembre. | | 8 Juillet, Août, Sep- [Juillet, Août, Sep-| Août, Septembre, au | tembre, Octobre. tembre, Octobre. | mois de Mai suivant, | |

L'insecte parfait sort de terre,en Canada, durant les premiers deux tiers de mai, selon les lieux et la saison: de cette #poque au mois d'octobre, on le voit sans interruption dans les champs, les seconde et troisième générations faisant leur apparition avant la totale extinction de la première et de la seconde. C’est surtout à la fin de la saison qu’on voit les demeurants des phalanges de l’année se répandre partout, jusque dans les villes, s'embarquer sur toute espèce de véhicules de terre ou d’eau, voire même se laisser aller aux courants des rivières et ruisseaux ; à cette époque, ils semblent peu enclins à voler. Il est probable que ces insectes jouissent de leur restes, avant de chercher un tombeau pour les abriter, sont voisins du moment de leur mort naturelle, ayant fini de se reproduire ; mais je n’ose-

(*) Potato Pests, by Charles V. Riley, M.A., Ph.D., &c. New York, 1877, Orange Judd Company, Editors ; pages 28 et 29.

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rais l’affirmer ; le plus sûr est d'en continuer l'extermination même à cette saison.

Un fait, considérable dans l'espèce, s'ajoutant à d’'autres observés par moi, est venu confirmer l'idée que je me suis formée de la dernière phase de la vie de la chrysomèle des patates, la dissection m'ayant semblé révéler la présence, à cette période erratique, d'une atrophie progressive des organes abdominaux de l’insecte. Voici le fait dont il s'agit, lequel m'a été communiqué par M. Kingsford, ingénieur des Travaux Publics.—Le 20 de juin dernier, c'est-à-dire à l’époque où les chrysomèles des premiers jours de mai (la saison a été très-précoce) étaient arrivées à la dernière période de leur existence, on eut à lever, pour réparations, le pavé de madriers d'un quai du havre de Cobourg,. dans la province d'Ontario : l'opération faite, les conducteurs des travaux furent tout étonnés de constater la présence, sur les pierres de charge, d’un nombre énorme de mouches des patates; des milliers, rangées à environ un pouce les unes des autres, sur un espace considérable, étaient là vivantes bien que dans un état apparent de torpeur. Un jour ou deux après, les insectes avaient disparu, étant, sans doute, allé chercher un nouveau cimetière dans quelque réduit voisin.

Les œufs commencent à s’observer sous les feuilles en mai, plus ou moins tôt, selon la saison et la précocité de la végétation, pour continuer à se montrer jusqu’à la fin de la saison tant que les feuilles restent vertes.

Les larves se font voir pour la première fois dans la dernière quinzaine de mai, plus ou moins tôt selon les lieux et les saisons, puis sans interruption jusqu'à octobre ou tant que durent les feuilles.

La ponte et la vie de chaque individu ne durent que pendant un certain nombre de semaines; pour l'espèce, elles durent toute la belle saison sans interruption. Pendant sept mois environ, d'octobre à mai, on ne voit dans les champs ni œufs, ni larves, ni insectes parfaits ; pendant ces mêmes mois, le sol donne asile aux larves et aux deux produits de leurs métamorphoses. IH ya une époque plus ou moins longue de juin, selon les lieux et la saison, époque unique dans l’année, pendant laquelle le sol ne renferme ni larve, ni nymphe, ni insecte parfait vivant; tout ce qui en existe alors vit au soleil.

La vitalité de la mouche des patates, à tous états, est étonnante ; elle résiste aux chaleurs, aux orages comme au froid, et survit à des conditions qui sembleraient devoir

causer sa mort en peu d'heures. La larve d'automne, comme on l’a vu, descend dans le sol au-devant de la gelée à des profondeurs considérables, d'où elle sort insecte parfait, après un séjour en terre de sept à huit mois, selon les lieux et les saisons, dans les régions du Nord de l'Amérique.

Cet insecte nous met en présence d’un phénomène de fécondité que je crois sans parallèle dans la création. En dépit de ses ennemis naturels du règne animal, en dépit de la guerre de destruction que l’homme lui fait, cet insecte, naguère encore inconnu, a, en moins de vingt ans, couvert de ses légions plus d’un million et un quart de milles carrés (bien au-delà de 3,000,000 de kilomètres), qu'il occupe, à ce point que la moindre trève, en un endroit quelconque de cette vaste étendue, est suivie, la même année, de la perte plus ou moins complète de la récolte des patates ainsi livrées a l'insecte; car tous les œufs, qui ne sont pas détruits par un ennemi quelconque, moins ceux de l'arrière saison, semblent produire, à coup sûr, un insecte parfait, quelles que soient, en thèse générale, les vicissitudes atmosphériques.

Comptant pour une femelle une ponte partielle réussie de 500 œufs, on aurait, pour le produit de cette ponte de vingt jours environ, dans le mois de mai, 225 femelles pour le mois de juin; dont chacune peut produire 500 œufs ou 225 femelles pour juillet et août; dont chacune peut produire encore 500 larves, ou 225 femelles pour l’hivernement dans la terre. Une seule femelle ou un seul couple du mois de mai, peut donc, à l'automne, liisser dans le sol, pour l’année suivante, au-delà de onze millions de couples (11,000,000), plus de 22,000,000 de descendants des deux sexes. Et quand on songe que ce sont des myriades, pour chaque kilomètre de pays envahi, qui sont douéés de ce pouvoir de multiplication! Malgré cela la guerre bien faite réussit toujours, réussit immanquablement à sauver les récoltes,et cela, dans des conditions économiques qui ne surchargent pas outre mesure le prix de revient de la patate ; la dépense et le soin seraient même presqu'insignifiants, si tous les propriétaires de champs ou de jardiris faisaient complètement leur devoir à cet égard.

Chaque femelle pondant de jour en jour, durant environ trente jours, il résulte que les derniers œufs sont très en retard sur les premiers. Voilà comment il arrive que les premières mouches donnent trois générations de larves, alors beaucoup des œufs de ces mêmes mouches n’en produisent que deux : la troisième génération subissant des pertes, pour arriver trop tard.

I] est un fait digne de remarque,que j'ai observé plusieurs fois, pendant mes c périences : c’est que, placée dans des conditions de nourriture ou d'habitation qui lui sont absolument antipathiques, la mouche des patates, comme espèce, détruit en partie ses propres œufs. Elle mange encore ses larves à défaut d'autre nourriture. Une larve et quatre nymphes, exhumées de terre avec trois insectes parfaits, prêts à quitter le sol, furent mis ensemble à part, dans une boîte close, à l'abri de toute intrusion et sans nourriture : au bout de trois jours, on voyait les chrysomèles dans l'acte de dévorer les derniers restes des nymphes et de la larve, dont elle s'étaient alimentées tout le temps de leur réclusion.

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