QUESTIONS SOULÈVEES PAR LA PRESENCE DE LA MOUCRE
La chrysomèle des patates colonise et s'étend; mas elle ne perd pied nulle part ; une fois établie dans un endroit elle y reste en permanence, envoyant tous les ans et dans tous les sens des essaims colonisateurs. C’est généralement à la troisième année de son apparition en nombre, dans un endroit quelconque, qu’elle peut compter comme ayant définitivement pris possession du pays; alors la question de sa multiplication dépend de la vigueur de la guerre que l’homme lui livre. Laissée à elle-même, la chrysomèle detruirait complètement tous les champs de patates du territoire envahi ; comme elle vit sur d’autres plantes et se conserve ainsi comme espèce, la famine des patates pour les populations ne serait pas l'extinction de cet ennemi de notre plus précieuse récolte. Jusqu'à quel point cet Etat de choses pourra-t-il être modifié ou se modifier, par des causes naturelles ou autres, personne
ne le sait, mais tel est aujourd’hui le problème et telle sa solution.
La chrysomèle à «ix lignes ne trouve aue sur la patate cultivée l'abondanrse et la qualité de nourriture, en même temps que l’excitant capables de lui faire acquérir tout le degré de force et de fécondité dont elle est susceptible ; c'est aussi sur la patate cultivée que l’insecte aime à déposer ses œufs ; mais elle se nourrit d’un grnd nombre de plantes, notamment le chardon, et dépose ses œufs non-seulement sur ces plantes, mais même quelquefois sur les clotures et autres objets. Les plantes de la famille des sol:nées semblent, toutefois, constituer la famille végétale aux dépens de laquelle, dans nos régions, la chrysomèle à dix lignes aime surtont à se nourrir. Parmi les plantes cultivées de cette famille qu'on l’a vu attaquer aux Etats-Unis, on compte la tomate et !e tabac.
On a discuté et on discute encore la question de savoir si la mouche des patates est un poison pour l’homme, alors que les parties liquides de l’insecte scnt appliquées ou frottées sur la peau ou sur des surfaces dénudées, ou que des émanations de l’insecte sont passées dans les voies aériennes. Ceux qui ont fait des expériences disent oui et non. L'examen de leurs divers témoignages m'induit à croire, en règle générale, qu'il ny a pas le moindre danger à courir des émanations de l'insecte, non plus qu’à snettre la peau saine en contact avec l'insecte ou ses produits et parties liquides. Il paraît cependant avéré que es accidents ont eu lieu pour avoir mis des masses de matières, débris d'insectes, en contact avec des plaies ou excoriations, ou pour avoir imprudemment respiré les émanations s'exhalant de quantités considérables d'insectes ébouillantés au brûlés ensemble. On voit, par là, que le danger, si danger il y a, n’est guère du fait de l’insecte même, et ne peut arriver qu'à la suite d’une extrême incurie ou d’une dégoûtante malpropreté.
La chrysomèle à dix lignes à, parmi les insectes, parmi les reptiles, les oiseaux, et même parmi les petits quadrupèdes, un grand nombre d’ennemis: certains insectes s'attaquent aux œufs de la chrysomèle, d'autres à la larve, d’autres à l'insecte parfait; mais comme jusqu'ici ces ennemis ne paraissent guère avoir produit d'effets sensibles sur l'intensité et l'étendue du fléau, je me dispenserai d'en parler, renvoyant aux ouvrag=s äes naturalistes ceux qui désireraient se rendre un compte détaillé de cette partie du sujet. On a essayé d'amener
les oiseaux de basse-cour à se nourrir de la chrysomèle des patates ; les rapports sur les résultats obtenus diffèrent les uns des autres ; mais, encore une fois, le grand fait de la multiplication et des migrations par myriades de l'insecte dévastateur, en dépit de ces moyens additionnés au moyen infiniment plus actif de la de truction par le poison, démontre que les premiers seuls n’ont, du moins jusqu'à aujourd’hui, pu constituer, en aucune façon appréciable, une barrière aux dévastations de la mouche des patates.
Les ravages de la mouche ont affecté et affectent encore tout à la fois la qualité et la quantité des produits, chaque fois que le cultivateur se ralentit dans l'emploi des moyens de les combattre. Pendant un temps, alors que les méthodes de destruction de l’insecte n'étaient point encore réduites à l’état de système et qu'on se contentait à peu près de la cueillette à la main, le prix des patates était monté, dans les Etats de l'Ouest, à deux piastres le minot et plus.
La qualitédes produits souffre, autant que la quantité, des dégats causés par la mouche sur les tiges et sur les feuilles de la patate. Je visitais dernièrement des fermes sur lesquelles, depuis des années jusqu'à l'an dernier, on récoltait des quantités considérables de patates de la meilleure qualité. La mouche s'est attaquée depuis aux champs de ces exploitations ; on a combattu le fléau avec assez d'énergie pour ne pas trop laisser descendre la quantité produite; mais pas assez pour débarrasser complètement les plants des dévastations de l'insecte: le résultat a été que, toutes les autres conditions étant restées les mêmes, on n'a produit,ces deux années,que des patates d'une qualité détestable. Ce fait, facile a concevoir du reste, a été constamment observé aux Etats-Unis.
En dehors des petits secours que peuvent prêter aux populations les ennemis naturels de l’insecte, il faut de toute nécessité user à son égard des moyens qu'une dure expérience a appris à ceux qui, les premiers et chaque année depuis, ont été les victimes de ce fléau. Répétons encore, d'une façon plus positive, que toute tentative d'empioyer d'autres méthodes ont été infructueuses, et que la fausse confiance inspirée par des expédients illusoires et le temps perdu dans leur application ont été invariablement suivis de résultats désastreux.