‹ La mthode chrtienne considre dans ses avantages et sa ncessit, et rponses certaines difficultsChapitre 2 sur 2 · VII · texte numérisé non relu

VII

C'est un contre-sens énorme de prétendre former des Cicérons en étudiant, comme on fait, Cicéron et les auteurs païens.

Après avoir vengé victorieusement la langue latine chrétienne et montré jusqu'à l'évidence que les vrais barbares sont ceux qui prétendent faire parler aux peuples chrétiens le langage des peuples païens, Erasme fait ressortir avec éclat un contre-sens plus grave encore. Voici ce qu'il dit :

« Vous êtes dans le faux, complètement dans le faux. Vouloir faire de vos jeunes gens des Cicérons, c'est-à-dire des grands orateurs et de grands écrivains, en leur faisant étudier, comme vous faites, les auteurs païens, c'est l'antipode du bon sens. Avec votre méthode, vous pourrez former des cymbales retentissantes, des bavards en vers et en prose ; mais de grands orateurs et de grands écrivains, jamais.

« La parole suppose la pensée. Pour former des Cicérons, il faut commencer par faire le travail sérieux que Cicéron luimême a fait ; travail que vous ne faites pas, que vous ne pouvez pas faire, car vous faites tout le contraire. Celui-là deviendra un Cicéron qui mettra autant d'ardeur à étudier la religion chrétienne, la société chrétienne, les hommes et les choses de son temps, que Cicéron en mit à étudier la philosophie païenne. Celui qui aura recueilli cette moisson de connaissances pourra, avec quelque droit, prétendre au titre de Cicéronien. En effet, rien n'empêche de le lui donner, si toutefois vous convenez qu'un Cicéron est un homme qui parle avec connaissance de cause r avec lucidité, avec abondance, avec vigueur et convenance1

suivant la nature du sujet, des temps, des lieux et des personnes.

« Horace vous l'a dit et vous l'oubliez : Scribendi recte sapera est et prineipium et fons. Des idées d'abord, les mots viendront ensuite; agir autrement c'est folie. Cette folie, l'éducation en est coupable. Grâce à elle, nous touchons à peine du bout du doigt le Christianisme, base de notre ordre social. Nos proprophètes, nos historiens, nos commentateurs, nous les méprisons, nous les avons même à dégoût. Par quel miracle deviendrons-nous des Cicérons ?»

Voilà donc ce que dit Erasme. Erasme, homme d'un savoir tel qu'il pouvait avaler tous nos licenciés et nos docteurs-es-lcttres, non seulement sans s'exposer à souffrir d'une indigestion, mais même sans rompre le jeûne ; Erasme, le plus zélé promoteur de la méthode païenne ; Érasme, enfin, si saturé de paganisme qu'il a pu dire : Ego peperi ovum, Lutherus exclusit. Or pour qu'un tel homme ait parlé comme on vient de l'entendre, il faut nécessairement qu'il ait rendu témoignage à la vérité. D'ailleurs ses paroles sont pleines d'un si grand bon sens, qu'elles font autorité par cela même. Il faut ou se rendre ou se résigner à compter parmi les incurables.

Le latin païen est une langue morte, impossible de plaider une cause moderne dans la langue de Cicéron, défaire un poëme mo derne dans la langue de Virgile ou d'Horace.

Le latin chrétien est nne langue vivante, dont chaque mot a. sous sens précis ou défini, témoin Saint Bernard, Saint Thomas de Villeneuve, Saint Isidore de Séville, Saint Thomas, Suarez, les documents pontificaux, quoi de plus précis et de plus clair et de plus élégant que le latin de l'imitation. C'est la langue dans laquelle le Souverain Pontife et plusieurs autres, les généraux d'ordres adressent à leurs inférieures des instructions si claires et si précises. Règles de Saint Augustin, constitution des divers ordres religieux toutes écrites en latin correct et clair, latin chrétien.

Quant à la poésie, Saint Bernard, Saint Bonaventure, Saint Thomas, Sôdulius, Saint Ambroise, nous révèlent une poésie dans un latin Chrétien aussi correct que le latin d'Horace et de Virgile et incomparablement plus profond, plus précis, plus onctueux.

Les pièces oratoires et poétiques en latin de Cicéron, de Vir* gile et d'Horace, en latin de l'Université Moderne de France, qui te comprend, qui le lit ? Et cependant ces doctes professeurs critiqueront le latin chrétien, et quand ils trouveront les mots chrétiens, fides ejus, charitas, humilitas, sacramentum, "penitentia, eucharistia, confirmatio, extrema onctio, ils crieront au latin de cuisine, vive le latin de Cicéron, aucun de ces mots ne

sera employé par les Cicéroniens, ni les Virgiliens, m' les Horatiens.

Késumé et conclusions pratiques de tout le chapitre.

Nous ne savons pas le latin païen ; nous ne pouvons pas même le savoir : la raison le dit, l'expérience de plus de trois siècles vient le confirmer. Donc nos systèmes d'éducation, qui sont presque uniquement basés sur l'étude du latin païen, sont, comme le dit le savant abbé Martinet, de vrais chefs-d'œuvre de folie. Conséquemment il faut, si nous voulons agir en hommes raisonnables, renoncer à la méthode suivie jusqu'ici ou du moins la modifier considérablement.

Le seul latin qu'on puisse apprendre, qu'on puisse parler correctement et convenablement, eu égard aux changements qu'a subis l'ordre social depuis le siècle d'Auguste, est le latin chrétien, c'est-à-dire, le latin de la Bible, de l'Evangile, des Pères et des docteurs de l'Eglise. Ce latin diffère essentiellement du latin païen ; mais en son genre il est du bon, du beau, du trèsbeau latin. Etudions-le donc et avec ardeur, d'autant plus que les pensées qu'il revêt ne sont pas, comme celles qu'habille le latin païen, creuses, niaises, vides de choses et de sens, dangereuses et funestes, mais tout-à-fait propres à nourrir le cœur et à fortifier l'intelligence.

Pour rassurer ceux qui ne peuvent se familiariser avec l'idée que l'étude du latin chrétien est la seule raisonnable et que de plus elle est nécessaire, nous entrerons ici dans quelques détails et nous leur indiquerons quelques-unes des principales sources où ils peuvent puiser abondamment.

On s'extasie devant les chefs-d'œuvre de l'éloquence paie mit1. Mais sans parler des magnifiques discours de Moïse, de Josué, et d'autres grands personnages de la Bible, soyons sincères : Peuton encore admirer Démosthène après qu'on a lu les homélies de saint Jean Ghrysostôme, ou admirer Gicéron après avoir lu les sermons de saint Léon et de saint Fulgence sur les Mystères ; les sermons ou les traités de saint Augustin sur saint Jean, et les homélies de saint Grégoire sur les Evangiles?

Quant à l'éloquence didascalique. les livres Sapientiavx, les traités moraux de saint Basile, l'ouvrage que saint Ambroise a écrit Sur les devoirs pour faire oublier l'ouvrage que Gicéron avait écrit sous le même titre ; et rien que le livre -immortel de limitation, indépendamment du fond, ne l'emportent-ils pas

mémo par la forme si exacte, si philosophique, si brillante et si variée, sur tous les plus éloquents traités des moralistes du paganisme ?

Pour le style épistolaire, la supériorité des auteurs chrétiens sur les auteurs païens est un fait incontestable et incontesté. L'unique recueil païen réputé classique dans ce genre, c'est la correspondance de Cicéron. Rien, il est vrai, de plus élégant au point de vue de la latinité ; mais rien aussi de plus ennuyeux et de plus fade au point de vue du goût ; rien de plus vide au point de vue de l'intérêt ; et rien de moins édifiant au point de vue de la morale. Tout y respire l'intrigue des plus basses passions, ce sont les épanchements les plus cyniques d'amitiés hypocrites, n'ayant que l'égoïsme pour mobile et pour base.

Il en est bien autrement des Lettres des Pères de l'Eglise. Voulez-vous de la correspondance diplomatique ? Pour ne rien dire des Pères Grecs, saint Léon et saint Ambroise en sont un modèle achevé : ce sont leurs lettres qui ont créé la diplomatie chrétienne. Les Epîtres de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Grégoire, sont, elles aussi, des types parfaits de correspondance entre des amis sincères et chrétiens. C'est à l'école de saint Bernard que la France a puisé ce goût délicat et cette perfection de style épistolaire dans lesquels elle n'a pas de rivaux. Enfin, ceux qui connaissent les Lettres des auteurs chrétiens savent bien qu'aucune lecture n'est en même temps plus agréable, plus pleine d'intérêt, plus instructive et plus édifiante.

Nous pouvons encore affirmer que les vrais maîtres de la niamère d'écrire l'histoire sont les historiens sacrés et les historiens ecclésiastiques. Les biographies des Patriarches, dans la Genèse, et les appréciations de leurs grandeurs dans l'Ecclésiastique ; rbistoire de Ruth et de Tobie ; les histoires politiques des Livres des Rois et des Machabées, ne sont-elles pas la perfection du genre ? Y a-t-il rien de plus attrayant, en fait d'histoire, que les Actes des Martyrs et les Vies des Saints, écrites par des Saints. Après leur lecture, tout ce qu'ont écrit les historiens les plus célèbres grecs et romains ne devient-il pas insupportable ? Que devient Tite-Live, ayant écrit l'histoire de Rome au point de vue purement humain, en comparaison de saint Augustin, écrivant dans sa cité de Dieu l'histoire des empires au point de vue divin, et par là créant, lui le premier, la philosophie de l'histoire ?

Sulpice Sévère et Orosius n'ont rien à envier à Salluste et à César, et la verve de Tertullien efface celle de Tacite. C'est que dans nos auteurs seulement on rencontre l'histoire ayant la vérité pour base, l'édification pour but ; l'avantage temporel et éternel de l'humanité pour résultat ; tandis que les historiens grecs, comme les Latins leur en faisaient le reproche, ne se distinguent que par la hardiesse du mensonge ; et que les historiens latins ne sont pas plus véridiques. Dans les uns et dans

les autres, même le vrai est altéré par les exagérations du langage, par les prétentions à l'esprit et par l'intérêt de la vanité auquel on les fait servir. Aussi ce n'est pas une petite besogne pour le critique que d'y découvrir la vérité, enveloppée et perdue au milieu des nuages du faux et des petites passions.

Que dirons-nous maintenant de la poésie ? Est-ce que toute la poésie païenne ne pâlit pas devant la poésie des Prophètes ? Est-ce que les odes de Pindare et d'Horace, dans lesquelles la recherche des mots et la difficulté de la phrase tiennent lieu bien des fois de l'élévation de la pensée, et dans lesquelles trop souvent on prend l'ampleur pour de la majesté et l'obscurité pour du sublime, est-ce que ces odes peuvent soutenir la moindre comparaison avec les cantiques de la Bible ? Adam de Saint- Victor, le plus grand poète du moyen-âge, ne vaut-il pas à lui seul bien des poètes de l'âge d'Auguste ? Les petits poëmes de saint Bonaventure, que le fameux Gerson voulut faire entrer dans le nombre des livres classiques de la jeunesse, comme les plus propres à élever et à spiritualiser les âmes, ne respirent-ils pas une véritable et délicieuse poésie ? N'en est-il pas de même des Hymnes et des proses de Saint Thomas. Santeul n'a-t-il pas dit : « Je donnerais toutes mes poésies pour cette strophe du poète Angêlirjue : Se nasccns dédit sochim, Convescens in edulium, Se mofiiem in prelium, Se regnans clat in pretium ?

On a beau dire et beau faire, celui qui ne sait pas que la poésie chrétienne est la vraie poésie, ou la poésie de l'enthousiasme et du sublime des choses, et qu'à côté d'elle la poésie païenne, ou la poésie de l'enthousiasme et du sublime des formes, n'est qu'un jeu d'enfants, celui-là n'entend rien à la poésie et doit garder le silence dans la présente question. Or, si l'on faisait passer les sept ou huit ans que la jeunesse est forcée de consacrer à l'étude des auteurs païens à expliquer, à méditer, à apprendre par cœur ces chefs-d'œuvre de la littérature chrétienne, ces vrais modèles du beau comme du vrai, nul doute que les jeunes intelligences ne se trouvassent, dans un âge plus avance, mieux en état de distinguer l'or du fumier dans les auteurs païens; de s1en approprier les formes en en dédaignant les peu sées ; d'en saisir les élégances et les beautés sans tenir compte de leur doctrine et sans se laisser entacher par le souffle infernal de leur esprit. Nul doute qu'elles ne sussent en juger et en disposer en maîtres ; c'est-à-dire qu'elles ne pussent en tirer un profit réel au point de vue du goût littéraire, sans le moindre danger pour leur croyance et leur vertu. C'est ainsi que la méthode chrétienne, tout en formant de vrais disciples de Jésus- Christ, formerait mieux et donnerait en plus grand nombre de vrais littérateurs, et formerait un nouvel argument en faveur de la vérité de cet axiome de saint Paul: L'esprit de piété est vtile a tout ; piéton ad omnia utilis est.

La question des classiques considérée relativement à son importance particulière pour le Canada .

Il faut employer la méthode chrétienne en Canada pour faire contrepoids aux mauvais principes qui nous envahissent.

La sortie que nous venons de faire contre le beau latin du siècle d'Auguste rend nos adversaires de fort mauvaise humeur ; ils n'aiment pas qu'on dirige les attaques de ce côté. Aussi méditent-ils de terribles représailles, et les voici qui s'avancent avec un argument tellement décisif en leur faveur, qu'ils sont persuadés qu'il ne nous laissera plus rien à répondre. « Tous vos coups portent à faux, disent-ils ; le Canada n'est pas la France, n'est pas l'Europe. Notre société ne présente pas, il s'en faut, les même caractères que la veille société européenne ; elle n'est pas comme elle profondément imbue de principes faux et subversifs, minée jusqu'en ses fondements par les eaux croupies d'une longue corruption. Par conséquent nous n'avons pas besoin de recourir aux moyens extrêmes.

« De plus, l'éducation en Europe est aux mains des laïques ; ici elle est surtout dirigée par le clergé ; différence essentielle dont vous ne tenez pas compte et qui devrait modifier considérablement vos conclusions. Enfin, vous ne voyez pas qu'il faut non seulement former des ecclésiastiques, mais aussi des citoyens ; les auteurs chrétiens iraient bien pour les premiers ; mais pour ceux-ci il faut de toute nécessité se servir des auteurs païens,»

Nous allons essayer de repondre à ces graves objections ; nous nous flattons même que notre réponse sera plus que suffisante pour faire disparaître tout doute et détruire toute hésitation.

D'abord ce qui a été dit de l'étude du latin vaut pour le Canada comme pour la France et l'Europe entière : rien de plus clair, de plus évident N'y eut-il pour déterminer un changement de système que cette seule raison, qu'il faut bien employer le temps, rendre les études fortes et profitables, elle suffirait et au-delà, à notre avis. Mais il y a beaucoup d'autres raisons encore à faire valoir.

N'est-il pas vrai, demanderons-nous d'abors, que le" système d'études en vigueur dans nos collèges ou maisons d'éducation est le même que celui que l'on a généralement suivi en Europe

depuis la Renaissance ? La réponse ne peut-être qu'affirmative, car tout le monde sait que depuis longtemps on tient à honneur de marcher à la remorque des grands établissements européens, de l'Université de Paris surtout, vieille bicoque où domine l'esprit antichrétien. Le système que l'on suit en Canada est donc celui qui fait des livres païens la base de l'éducation de la jeunesse. Or, comme il a déjà été dit, la transmission des idées se fait principalement par les livres qu'étudient les enfants ; l'éducation se fait par cette transmission des idées; l'éducation, c'est l'homme ; et l'homme enfin, c'est la société. Ces principes sont vrais et incontestables, quelle que soient la latitude sous laquelle on respire. Donc, l'éducation qui se donne dans notre pays étant en grande partie païenne, le virus païen s'infiltre peu à peu dans le cœur de notre société, et conséquemment nous verrons tôt ou tard se produire des fruits qui révéleront toute la grandeur du mal qu'on s'obstine à nier aujourd'hui. Ne seraitce pas faire preuve de bon sens et de sagesse que de profiter des terribles leçons que Dieu nous a données en flagellant les peuples qui ont voulu se faire à l'imagé de ceux de l'antiquité païenne, par suite de l'éducation qu'avaient reçue les classes lettrées ? Parceque l'Europe n'a ouvert les yeux sur les causes qui la conduisait à l'abîme, qu'après avoir été bouleversée par des révolutions sans exemple dans le passé, faudra-il attendre, comme elle, à faire l'expérience du feu pour dire que le feu brûle ?

Notre société, dit-on, ne renferme pas encore en son sein tons les principes dissolvants des sociétés européennes. Mais ne remarquons-nous pas cependant qu'il y en a plusieurs qui ont obtenu le droit de cité parmi nous, que les autres viennent tout doucement frapper à notre porte et que bientôt ils jouiront des mêmes droits que les premiers ? Les idées démocratiques et socialistes, par exemple, ne marchent-elles pas déjà la tète haute, et, sans parler de plusieurs autres erreurs qui bourdonnent chaque jour autour de nos oreilles, n'entendons-nous pas dire el affirmer que la religion n'a rien à faire avec la politique.

Ne remarquons-nous pas encore cette tendance qu'a notre société de se faire toujours à l'image des vieilles sociétés européennes? La facilité qu'elle a de se mettre en rapport avec elles, depuis quelques années, ne favorise-t-elle pas cette tendance, et ne devient-elle pas une cause nouvelle de dégénération rapide ? Tous ceux qui ont des yeux pour voir, voient le mal et les dangers que nous signalons ; l'avenir leur inspire de l'effroi.

Qu'allons-nous donc opposer à ce torrent dévastateur qui chaque jour va se grossissant ? La foi, la raison, l'histoire interrogées nous répondent. La seule digue qui puisse arrêter ce torrent dans sa marche, c'est la religion connue dans ses dogmes, dans sa morale, dans sa nécessité comme principe civilisateur eî conservateur de tout ce qui fait la vie des sociétés. Or, cette

connaissance de la religion, absolument nécessaire pour conjurer les maux qui nous menacent, elle ne s'acquiert pas par l'étude de Virgile, d'Horace ou de Cicéron. Pour l'avoir, il faut puiser aux véritables sources qui sont les Livres Saints, les écrits que nous ont légués nos Pères dans la foi.

Et qu'on ne dise pas que les élèves compléteront leurs études religieuses plus tard, lorsque leur cours classique sera terminé. C'est une sotte raison inventée pour pallier une conduite plus sotte encore. Rien dans le passé d'abord ne justifie cette espérance. Ensuite comment espérer qu'au sortir de leurs classes, les jeunes gens, nourris de frivolités pendant de longues années, se sentiront de suite pris d'une telle passion pour les choses sé rieuses, qu'ils consacreront plusieurs heures chaque semaine ou môme chaque mois, à l'étude de la religion ? Mais pour cela il faudrait qu'ils fussent dans des conditions tout autres que ceux où les a placé le système actuel d'éducation. Il faudrait d'abord qu'ils soupçonnassent au moins la nécessité de pareilles études, ensuite qu'ils eussent de l'estime et du goût pour elles ; enfin qu'ils sussent où puiser pour les faire.

Or, les élèves peuvent ils soupçonner leur ignorance en matière de religion lorsqu'ils ont suivi un cours complet dans des maisons où l'on prétend ne leur laisser rien ignorer de ce qui leur est indispensable, et que l'on proclame de plus que la religion a occupé dans leurs études la place qu'elle était en droit de revendiquer. Peuvent-ils estimer et goûter une matière qu'ils n'ont guère vu traitée ailleurs que dans des maigres abrégés de doctrine chrétienne, par demandes et par réponses; quand ils sont de plus sous l'impression que tous les livres sortis de la plume des Pères de l'Eglise ou des docteurs catholiques, sont écrits dans un style barbare ? Peuvent-ils enfin savoir où puiser quand bien loin de connaître les noms des grands écrivains formés par le Christianisme, ils savent à peine ceux des apôtres !

Dans une discussion sérieuse, comme l'est celle-ci, et qui doit surtout avoir un but pratique, il faut prendre le réel de la vie, les hommes tels qu'ils sont, tels que notre éducation les fait, et partir ensuite de là pour raisonner contre la thèse que nous défendons. Mais il est souverainement ridicule de nous objecter perpétuellement un idéal qu'on a jamais et qu'on ne verra jamais réalisé.

Dans l'ordre de choses qui règne en Canada, la méthode chrétienne est un des principaux moyens de salut.

Notre société, dit-on toujours, ne renferme pas encore dans son sein tous les principes dissolvants de la société européenne.

Mais c'est une raison de plus pour ne pas perdre de temps. La bonne semence que l'on répandra croîtra plus facilement, rencontrant moins -d'obstacles ; elle ne courra pas le danger d'être étouffée par les ronces et les épines. C'est lorsque le mal n'a pas encore jeté de profondes racines qu'on l'arrête plus efficacement dans ses progrès. Pourquoi différer et différer toujours ? N'avons-nous pas tout à perdre en temporisant et tout à gagner en nous hâtant. L'ennemi, soyons en sûrs, profite de nos retards et de nos lenteurs pour se fortifier. Faut-il attendre qu'il soit devenu maître de toutes les places fortes pour le combattre ? Faut-il attendre que pas un bon principe ne reste debout pour sentir la nécessité d'affirmer la vérité ? Les intelligences ne doiventelles pas toujours être nourries de la vérité, d'abord pour vivre de la vie qui leur est propre, ensuite pour reconnaître l'erreur sitôt qu'elle se présente, la combattre et la repousser? Est-ce le résultat que l'on obtiendra en soustrayant l'âme de l'enfant à la continuelle influence de la vérité chrétienne, pour la mettre en contact journalier avec l'esprit de mensonge qui parle dans les livres païens ? Reconnaissons-le avec douleur : nous lui laissons ignorer le christianisme ; il ne connait guère la religion que par certaines pratiques extérieures qui agissent sur ses sens plutôt qu'elles ne parlent à son esprit. Les convictions, qui naissent d'une étude longue, sérieuse et approfondie, peuvent seules faire contrepoids aux dangers de toutes sortes qui assiègent le jeune homme à son entrée dans le monde.

On a beau dire, il en est dans notre pays comme partout ailleurs : ce sont les classes instruites qui battent la marche et forment l'opinion. La perte de la foi, la corruption ne montent jamais d'en bas, elles descendent toujours d'en haut. Si nos classes lettrées sont croyantes et religieuses, le peuple tiendra à sa foi, à sa religion, il "respectera l'autorité sacerdotale ; conséquemment tout ira mieux, même au point de vue purement humain, car là où la religion a le plus d'empire, là aussi l'ordre civil est le plus stable, et le pouvoir peut agir avec plus d'empire et d'efficacité. Aujourd'hui que la religion a encore de l'ascendant sur un certain nombre d'esprits, qu'elle exerce encore un peu de son ancien prestige, que ceux même qui n'ont plus la foi sont en quelque sortes forcés de la respecter extérieurement, il faut en profiter pour la réintégrer dans tous ses droits. L'impiété, de timide et craintive qu'elle était d'abord, devient bientôt audacieuse, exigente et tyrannique.

Et puis, dans un pays comme le nôtre où règne le parlementarisme, où nous sommes exposés à tout moment à avoir pour législateurs ceux qui hier encore étaient sur les bancs de collège, ne devrions-nous pas donner par tous les moyens possibles une éducation profondément religieuse, foncièrement catholique au x élèves qui nous sont confiés? A l'heure qu'il est, c'est le cri

d'alarme que laissent échapper tous les hommes de bien qui s'occupent un peu d'affaires publiques : « Nos hommes politiques sont, pour la plupart, sans principes arrêtés, sans convictions, d'une ignorance phénoménale en fait de connaissances religieuses, Us nous poussent, sans s'en apercevoir, â l'abîme, à la révolution, )>

Malgré cela, on suit toujours la routine en fait d'enseignement ; du malin au soir on explique Horace, Virgile, Cicéron, etc.; une fois par semaine on donne une leçon de cathéchisme, et des plus maigres qu'on puisse imaginer. Grand Dieu ! il faut bien lâcher le mot : quelle stupidité ! Des hommes à qui doivent être confies les plus chers intérêts de l'Eglise et de l'Etat, on leur laisse ignorer justement ce qu'ils devraient savoir, et en revanche on leur farcit le cerveau d'un tas de niaiseries qu'ils devront se hâter d'oublier, qui les rejettent vingt siècles en arrière de leur époque. Tout cela, c'est en l'honneur d'un beau latin qui n'est pas même compris. Mais il y a là de quoi faire crier vengeance jusqu'à se rompre les veines ! Oui, on nous laisse à la merci de mille passions que tout a contribué à rendre plus vives ; â la merci d'une profonde ignorance qui, de tous les ennemis, est peut-être le plus à redouter, car elle conduit à l'indifférence religieuse d'anord, puis ensuite à l'impiété. Dans la vie publique aujourd'hui, par une conséquence naturelle de la mauvaise éducation qui se donne, il n'y a plus rien de sacré ; tout devient vénal ; tout ne se fait que par intrigues. On ne respecte nullement la religion que l'on ne connaitpas, et si parfois on veut bien en tenir compte, c'est plutôt pour lui rendre de stériles hom mages que pour mettre ses enseignements en pratique.

Que résulte-il enfin de l'éducation qui se donne à la jeunesse laïque du Canada ? Des énormités sans nom, des outrages incessants contre ce qu'il y a de plus saint et de plus respectable. Le moins pour nous, c'est d'avouer qu'à tout instant nous avons à rougir de l'indigence d'un véritable savoir dans ceux mêmes qui sont les mieux intentionnés et les plus disposés à servir la cause du bien. En Europe, au moins, la vérité attaquée sur toute la ligne, trouve un assez grand nombre de défenseurs dignes d'elle. Ici, ils sont en si petit nombre, qu'on peut bien dire qu'ils font défaut. Une expérience de tous les jours est là pour affirmer que les connaissances les plus élémentaires du dogme catholique sont profondément oblitérés chez ceux qui, par l'importance de leur position, ne devraient jamais les perdre de vue.

Maisons d'éducation, voulez-vous savoir au juste ce que vaul l'éducation que vous donnez, malgré tout votre zèle, tout votre dévouement, malgré vos intentions si pures et vos nobles efforts. Jetez un coup d'œil sur ces feuilles dégoûtantes et malsaines, qui vont porter la pestilence et la mort jusque dans les recoins

les plus obscurs de nos campagnes. Qui les rédige ? Vos anciens élèves. Voyez et comptez, s'il est possible, tous les lecteurs assidus des romans les plus immondes? Qui sont-ils? Vos anciens élèves, qui ne font que lire les commentaires de Virgile et d'Horace. Quels sont ceux qui hurlent ici: « Le clergé est trop à Taise, les églises sont trop ornées ; les dîmes sont une charge, dignes des temps barbares; les prêtres ne doivent paraître qu'à la sacristie et à l'autel ; la religion ne doit exercer aucun contrôle sur la politique ? » Vos anciens élèves, à qui les auteurs païens ont fait oublier le respect qu'ils devaient aux prêtres, à la religion, et qui leur ont fait accroire que l'Etat peut se passer' de Dieu et de ses ministres. Qui sont ceux enfin qui ameutent la populace contre toute autorité légitime, qui prêchent le dévergondage, l'immoralité, l'ivrognerie au temps des élections, et l'ont de ces jours où l'avenir de tout un peuple est en cause, des bacchanales dignes des pourceaux de Rome et d'Athènes ? Vos anciens élèves, qui s'efforcent de marcher sur les traces des héros païens que vous leur avez fait admirer. Sans doute, il y a d'honorables et de trèsdionorables exceptions ; mais il est cependant bien douloureux d'avoir à l'avouer que les bons citoyens qui sortent de nos maisons d'éducation comptent dans les exceptions. Les rôles devraient être intervertis, d'après l'ordre voulu par la Providence, et c'est là ce que nous voudrions obtenir.

Qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée : nous ne voulons pas, par ce que nous venons de dire, injurier nos maisons d'éducation, les chefs qui les dirigent. Les véritables auteurs du mal ont échappé à leur clairvoyance, enfermés dans les pupitres des élèves, invisibles presque, et cachés sous l'extérieur le plus humble. Quoi ! ces classiques païens en lambeaux seraient des conspirateurs dangereux ? Eh ! mon Dieu, oui ! ce sont eux qui rendent la jeunesse sceptique, incrédule, ingouvernable. Maintenant que les auteurs du mal sont connus, on serait coupable si l'on n'en faisait pas justice.

Notre mélange avec les Protestants rend encore la méthode chrétienne plus nécessaire.

A toutes les considérations précédentes, il faut en ajouter une autre d'une très-grande importance pour nous. Par le seul fait que nous vivons au milieu des sectes protestantes, notre éducation plus qu'ailleurs encore doit être en tout marquée au coin de la

religion. Nous avons, eu égard à notre situation, un besoin journalier de bien connaître notre sainte religion dans ses dogmes, dans son histoire, dans sa morale. Seules, à l'heure qu'il est, les intelligences fortes et robustes dans la foi, peuvent être à l'abri des atteintes du subtil poison de l'erreur qui se glisse partout ; seules, elle peuvent déjouer les ruses de l'ennemi, éviter ses pièges, reconnaître ses perfides caresses, le cornbattAenfin avec avantage, s'il en vient à demander une lutte corps-à-corps. A-t-on compté le nombre considérable de journaux protestants qui sont en circulation dans le pays ; qui chaque jour attaquent nos croyances directement ou indirectement, et qui malheureusement sont lus par une foule de jeunes catholiques ? Les moins fanatiques en apparence ne sont-ils pas encore extrêmement dangereux, par cela même qu'ils démolissent sans avoir l'air d'y toucher ?

A quoi cependant aboutit notre système actuel d'éducation ? Il nous laisse presque sans défense aux mains de l'hérésie : nous connaissons au parfait l'idolâtrie des Grecs et des Romains, et nous n'avons pas la science religieuse nécessaire pour faire face aux dangers du présent. Aussi, comme la foi s'alfaiblit rapidement parmi nous ; elle ne jette plus de profondes racines dans le sol; elle s'éteint; elle se meurt ; bientôt elle aura cessé d'être

Voyons encore les terribles conséquences de l'affaiblissement de ce principe de vie. En perdant l'antique foi de nos pères, nous nous faisons peu à peu à l'image de nos maîtres ; nous devenons égoïstes, cupides, intéressés, passionnés pour le bienêtre matériel, auquel nous pouvons sacrifier tout ce qu'il y a de plus noble et de plus saint sur la terre. Ah ! que les temps sont changés pour le Canada par suite de l'action continue de tant d'influences délétères que rien ne neutralise ! S'ils revenaient au monde, nous reconnaîtraient-ils pour leurs enfants, avec toutes nos pensées basses et matérielles, ceux qui ont combattu pour nous laisser intact le dépôt de la foi ? Ne l'oublions pas, tout ce que nous avons de vie et de force comme peuple, nous vient de la religion : d'elle nous sommes nés ; par elle et avec elle nous avons grandi ; c'est encore elle qui nous fera goûter les joies de l'âge mûr, si nous savons la traiter comme il convient.

Pour ramener la foi parmi nous, la rendre vivace comme aux beaux jours de notre histoire, il faut nous adresser aux nouvelles générations; faire pénétrer chez elles, au moyen de l'enser gnement chrétien, les vrais principes, les maximes dictées par la Sagesse éternelle, la vérité tout entière ; les passionner pour le bien et leur montrer où réside la véritable grandeur, en leur faisant connaître la vie des saints, des héros du christianisme, en comparaison desquels les héros païens ne sont pas même, des pygmées ; les former en un mot pour la société telle que la vent

fi

Celui qui est venu régénérer le monde au prix du plus pur de son sang.

Encore une fois, il ne faut pas se le dissimuler, la question d'enseignement est une question de vie ou de mort pour nous; de sa solution dépend tout notre avenir. Malheur, mille fois malheur à ceux qui la compromettraient par légèreté, par insouciance ou par orgueil. Il est temps, plus temps que jamais d'ouvrir les yeux, de reconnaître le danger et de prendre les moyens de le prévenir. La noble terre du Canada, terre arrosée par les sueurs des saints et le sang des martyrs, menace de devenir une terre de trafic, un bazar d'industrie. Hâtons-nous, car Jésus peut-être prendra le fouet de l'indignation et du mépris pour donner la chasse aux agioteurs et renverser leurs tables par une de ces secousses que nous appelons dévolutions.

Le clergé ne peut rien avec la méthode païenne ; il peut tout avec la méthode chrétienne. Cette dernière seule est la sauvegarde de sou influence.

Pour se rassurer on dit: "L'éducation est ici entre les mains du clergé, il n'y a rien à craindre."

0 âmes simples, dirons-nous, avez-vous donc oublié qu'en Europe le clergé a toujours été maître de l'enseignement jusqu'en 1789 ? Et cependant, le clergé a-t-il pu empêcher le protestantisme, le voltairianisme, le rationalisme de naître des études classiques et d'exercer une influence à jamais désastreuse? A-t-i] empêché la grande révolution française, et les petites révolutions italiennes et espagnoles, ses filles, de naître aussi et d'aller toujours leur chemin ? C'est donc nier l'évidence de la vérité que d'affirmer que l'éducation, parcé qu'elle est entre les mains du clergé, est, par là même, un remède puissant contre des maux qu'elle n'a pu prévenir, qu'elle n'a pu empêcher, mais qu'au contraire elle a môme engendrés.

Espère-ton aujourd'hui être plus habile que tant de maîtres si pieux, si instruits, si exercés dans l'art difficile d'élever la jeunesse, et qui n'ont pu, malgré toutes leurs grandes qualités, empêchés le virus païen de corrompre ce qu'ils avaient tant à cœur de conserver ? Se natte«J>on de prendre des précautions qu'ils ont négligés, de donner des contre-poisons qu'ils n'ont pa€

nus? A-ton un moyen sûr, efficace, éprouvé. Je neutraliser

les effets de l'iernseignemont classique et païen sur l'esprit et le cœur des enfants ?

Si on a trouvé ce moyen, c'est un crime d'en faire mystère ; et si on ne L'a pas découvert, comment ose-t-on dire : u Continuez d'enseigner comme ont enseigné vos pères; continuez d'enseigner comme les pieux instituteurs des mains desquels sont sortis tous les Voltairiens et tous les révolutionnaires; il n'y a rien à changer."

Il est donc clair comme le jour que les bons professeurs ne suffisent pas et que la grande question de l'éducation n'est pas une question de personnes, mais une question de méthode. Que les professeurs soient pieu.; et habiles autant qu'il est possible de le désirer, ni leur art, ni leurs excellentes intentions ne psitt . eu: changer la nature des choses; tant qu'ils jetteront la jeunesse dans le monde du paganisme, ils formeront des générations païennes. Penser le contraire, c'est une erreur. Cette erreur, nous la commettons depuis longtemps, nous la commettons chaque jour ; voilà la cause principale du mal qui nous dévore.

Une reflexion se présente ici naturellement : tôt ou tard l'édueafcion dans notre pays passera des mains du clergé en celles des laïques, si l'on continue à la donner d'après le système païen. L'illusion n'est plus possible ; ce qui a eu lieu en France depuis 1781) aura lieu ici et pour les mêmes raisons. Tout nous donne à penser et à croire que non seulement la chose est possiblemais qu'elle se réalisera dans un avenir assez prochain. On ne tardera pas à dire tout haut que pour enseigner du latin et du grec, purement et simplement, pour commenter et faire goûter les classiques anciens, les laïques sont aussi habiles, sinon plus que les ecclésiastiques; qu'il n'est pas besoin de porter soutane et rabat pour faire des cours de bonne et excellente littérature. Qu'aura-i-on à répondre à un pareil argument si la méthode d'enseignement reste ce qu'elle est? Rien absolument, à notre avis.

Si donc le clergé veut rester maître de l'éducation, ce que nous souhaitons autant et peut-être môme plus vivement que lui, qu'il la donne chrétienne comme lui seul peut et doit la donner. On n'aura plus de raisons à faire valoir contre lui. En outre, les hommes d'état, qu'il aura formés, seront tellement convaincus, par une conséquence inévitable des principes qu'une éducacation toute chrétienne aura déposé en eux, de la nécessité de son action sur renseignement, qu'ils regarderont comme une profanation et un sacrilège de changer cet ordre de choses.

Aujourd'hui surtout qu'on ne songe pas encore à contrôler l'action du clergé sur l'enseignement, qu'il fait en cette matière absolument comme il veut et comme il l'entend, qu'il se hâte de prendre ses mesures pour rester toujours maître de la position. De là, il exercera la plus heureuse et la plus salutaire influence ;

il formera un peuple fort et puissant ; destiné à jouer un grand rôle sur le contiment d'Amérique, car, d'après les desseins de Dieu, le sceptre et l'empire appartiennent aux nations catholiques.

La méthode chrétienne peut seule former de bons citoyens.

On dit enfin, pour s'autoriser à suivre la méthode païenne, que les •maisons d'éducation n'ont pas seulement mission de former des clercs, mais encore des citoyens.

Nous avons p'eu de choses à répondre à un semblable argument ; sa faiblesse se trahit de suite.

Nous dirons d'abord que la méthode chrétienne a pour but de former des chrétiens ; or, par la môme qu'elle formera des chrétiens, elle formera des citoyens. On ne conçoit pas un bon citoyen qui n'est pas bon chrétien.

Nous ajouterons ensuite que s'il est nécessaire d'entourer de soins si nombreux les jeunes enfants qui se préparent au sacerdoce, leur donner une éducation si profondément religieuse, à fortiori faut-il qu'il en soit ainsi pour les jeunes gens qui n'ont pas dessein d'embrasser l'état ecclésiastique. Pour eux, en effet, l'instruction religieuse finit avec le cours classique, tandis qu'elle se continue pour les autres, et, en entrant dans le monde, ils rencontreront des dangers tels qu'ils succomberont infailliblement, s'ils ne sont pas robustes dans la foi. En faveur de ces jeunes gens, le cours classique doit donc être organisé à un point de vue entièrement chrétien, puisqu'ils n'auront-plus guère occasion par la suite d'étudier le christianisme. Et puis, le citoyen, l'homme d'état n'a-t-il pas, d'après les desseins de Dieu, un véritable apostolat à remplir, et, pour le remplir dignement, ne doit-il pas connaître la religion aussi parfaitement que possible ?

On sera forcé, nous l'espérons, d'avouer qu'il y a du bon sens et du bon sens chrétien en cela. Par suite, on voudra bien accorder que là où il y a bon sens chrétien, là aussi il y a vérité.

Nous voici maintenant arrivé au terme de notre travail. Puissions-nous avoir atteint le but que nous ambitionnons par dessus tout : le triomphe du bien, le règne de la foi, la gloire de Dieu.

Malheureusement les obstacles que nous rencontrons à l'accomplissement de nos desseins viennent de la part de personnes qui devraient naturellement marcher avec nous et même à notre tête. Si nous avons usé d'expressions fortes parfois, nous ne le regrettons pas ; nous avions à qualifier une conduite qui les méritait et au-delà. Les faits sont connus : on a persécuté, calomnié de très-dignes et très-savants professeurs ; on a même privé la jeunesse laïque et cléricale de leurs précieux enseignements, par cela seuls qu'ils étaient trop franchement catholiques. En revanche, on encourage et on emploie des profes seurs hétérodoxes. La chose n'est guère croyable, cependant c'est ce qui a eu lieu dans certaine maison réputée chrétienne et catholique. A la vue de semblables procédés, il faut protester et faire entendre des réclamations.

Plus tard nous aurons à mettre au jour beaucoup de faits qu'il devient urgent de faire connaître, afin que justice soit rendue et que l'on sache en qui mettre sa confiance.

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