MOUVEMENTS ABDOMINAUX
Ces préliminaires une ibis établis, passons aux expériences relatives aux conditions qui influencent les mouvements respiratoires dans leur fréquence, leur rhythme et leurs rapports de npmbre avec les mouvements du cœur.
Rapports des mouvements respiratoires dn thorax avec ceux de l'abdomen.
L'une des premières questions qu'on ait à se poser avant d'instituer des expériences sur la forme graphique des mouvements respiratoires est celle-ci : « En quel point faut-il appliquer la ceinture destinée à recevoir ces mouvements? est-il indifférent de l'appliquer sur le thorax ou sur l'abdomen? »
Pour résoudre cette question, nous avons recueilli simultanément, avec deux appareils semblables, les courbes fournies par les mouvements thoraciques et celles que donnent les mouvements abdominaux. Nous avons vu, dans toutes nos expériences, que les tracés obtenus sont sensiblement parallèles. La seule différence qu'on rencontre ordinairement porte sur l'intensité du mouvement, c'est-à-dire sur l'amplitude de la courbe tracée dans les deux cas. La figure 277 représente, ligne T, un tracé fourni par les mouvernents thoraciques, et ligne A un tracé des mouvements abdominaux. La seule différence notable entre ces deux ordres de courbes consiste en une amplitude plus grande de celle de l'abdomen. On eût pu, dans ce cas, diminuer la sensibilité* de l'appareil à levier correspondant aux mouvements abdominaux, et l'on eût eu deux tracés identiques, parfaitement superposables.
Peut-être ce parallélisme des mouvements thoraciques et abdominaux n'est-il pas constant, même à l'état physiologique ; il faudra multiplier les recherches à cet égard. En tout cas, on peut, sous l'influence de la volonté, modifier les mouvements thoraciques et abdominaux, jusqu'à les rendre alternants. Mais ce n'est pointlà un type normal de la respiration ; le parallélisme de ces mouvements nous a paru constant à l'état normaF.
1. On fait varier la sensibilité de l'instrument, c'est-à-dire l'amplitude du tracé fourni par un mouvement quelconque, en faisant avancer ou reculer le tambour avec la pièce qui soulève le levier, de manière que celle-ci agisse plus ou moins pj-.ès d,e i'aji.e de rotation de ce levier. (Voir ïeciiniqu.e, p. 447.)
2. Dans de récentes expériences, Luciani a obtenu de singulières alternances entre
. 548 TECHNIQUK. — CHAPITRE VI.
Il résulte de là que le point auquel on devra appliquer la ceinture pour recueillir les mouvements respiratoires est inditïérent. La seule indication est de choisir le point où ces mouvements ne soient ni trop forts ni trop faibles, pour s'enregistrer facilement.
Rapport des iiiouvcmeiits respiratoires avec ceux de l'air respiré.
Cette question présente une grande importance et ne peut se résoudre à priori ; en effet, il serait bien possible que les mouvements de la respiration n'eussent pas toujours une efficacité proportionnelle à leur amplitude, c'est-à-dire que l'air expiré ou inspiré ne correspondît pas exactement à l'étendue du déplacement d'un point de la poitrine ou de l'abdomen. A certains moments, la dilatation thoracique pourrait être neutralisée par quelque mouvement inverse, comme l'enfoncement des espaces intercostaux ou la diminution du diamètre longitudinal de la poitrine. Pour déterminer, s'il en était ainsi dans les conditions normales, nous avons procédé de la manière suivante.
En même temps que s'enregistraient les mouvements de la poitrine, nous avons recueilli un autre ti^acé exprimant les rapports de volume d'air qui entrait dans la poitrine et qui en sortait à chaque instant. A cet effet, on prend un grand réservoir d'une capacité de deux cents litres environ, on y adapte deux tubes, l'un très-large, qui se place dans la bouche pour respirer, l'autre plus étroit, qui se rend au tambour d'un enregistreur. A chaque inspiration, l'air du réservoir se raréfie, et cette raréfaction, transmise par le tube au tambour de l'appareil, produit un abaissement du levier; à chaque expiration, cet air est com])rimé et le levier s'élève.
Si l'on sensibilise les deux instruments enregistreurs de manière à donner la même amplitude aux deux tracés, on voit que ceux-ci sont parfaitement superposables ; d'où l'on peut conclure que les mouvements extérieurs de la respiration ont une intensité proportionnelle aux quantités d'air que la poitrine aspire ou expulse à chaque instant ^
les pressions mesurées dans le thorax et dans l'abdomen; j'ai dit comment ces alternances me semblaient pouvoir s'expliquer par un défaut des instruments employés. 1. On pourcait croire que le mouvement de l'air qui s'échappe de la poiliine ne doit
MOUVEMENTS DE l'AIR RESPIRÉ. 549
Ce parallélisme entre les mouvements thoraciques et les mouvements de l'air respiré n'est parfait que dans les conditions de liberté complète de la respiration. Pour que le volume d'air appelé par le thorax ou chassé au dehors soit en i^elation directe avec l'action musculaire qui s'est in'oduite, il faut que le passage de cet air soit assez large pour présenter une résistance insigniliante. Si par exemple, au moment d'une, expiration puissante, l'air ne trouve pas une issue facile, il sera comprimé dans le poumon et perdra de son volume, ce qui permettra à la cage tho racique de se resserrer plus que ne le comporte le volume de l'air expiré. Inversement, dans une inspiration énergique, la poitrine pourra se dilater en raréfiant l'air contenu dans le poumon.
Poussons à l'extrême ces conditions de difficulté au passage de
Kii;'. 278. Courbe des mouvenienls tlioraciques oblcruie eu n'spiraut par un tube trùs-étruit.
l'air, et supposons, pour rendre le phénomène plus sensible, que les voies aériennes soient complètement fermées : la poitrine pourra encore exécuter quelques mouvements de dilatation et de resserrement, mais ceux-ci n'auront d'autre effet que de raréfier et de condenser l'air qu'elle renferme. La cavité thoracique présente donc, dans ces conditions mécaniques, une différence fondamentale avec les cavités cardiaques; celles-ci, en effet, agissent, dans leurs diastoles et leurs systoles, sur un fluide incompressible et non dilatable, de telle sorte que le changement de volume du cœur correspond toujours à une diminution ou à une augmentation réelle de son contenu, tandis que, dans l'appareil respirapas sfi transniettre d'une manière instanlaiiée à travers le vaste réservoir et le tube de caoutchouc jusqu'au levier de l'enregistreur; mais nous avons pu constater que cette transmission est parfaitement instantanée, et que toute saccade produite dans les mouvements thoraciques se traduit par une saccade simultanée dans le tracé des mouvenienls lie l'air. Il faut en excepter loulefois les légers mouvements produits dans le (racé thornciijne par les liattoments du (d'ur.
toire, le tluide sur lequel agissent les mouvements thoraciques est éniirieiïimeiit cornjaressible.
La, figure 278 représente le tracé des mouvements thoraciques obtenus eii respirant par tin tube très-étroit. On y voit d'abbixl une ascension brusque qui veiit dire que le resserrement du thorax s'est produit en comprimant l'air contenu dans le poumon; puis, l'ascension devient lente, cè qui exprime que toute contractibri nouvbllë est impossible, à moins qu'il ne sorte de l'air par le tube, ce qui se fait très-lentement.
A partir tlii sôitimet, là ciiute brusque exprime une raréfaction de l'air dii poumon par lès forces iiispiràtrices, puis la descente se continue lehtènient, par suite du passage de l'air inspiré à travers le tube.
|»iiir la méthode ginpliifiuc.
(jd séill j)oinl est prouvé jusqu'ici : c'est que les mouveineîits respiraigii-és oiit des effets proportionnels à leur intehsité. Âmsi l'on peut, à l'inspection de la courbe, reconnaître à quel moment l'air pénètre dans la poitrine avec plus d'abondance: à quel moment son mouvement s'arrête ou change de direction. Mais ces mêmes tracés peuvent-ils nous donner une idée du volume absolu de l'air entré dans le poumon? C'est ce qu'il s'agit de déterminer, soit un tracé des mouvements de l'air inspiré et expiré obtenu à l'aide du réservoir précédemment décrit; il est facile de déterminer la quantité d'air qui a été mise eh mouvement par chaque respiration.
Il suffit pour cela de déterminer quel est le volume d'air qui, foulé dans le réservoir, produit une élévation du levier correspondante à celle qui existe dans le tracé. Pour cela, on met le réservoir en communication avec le tube insufflateur du spiromètre à cloche de Hutchinson, et l'on presse sur la cloche jusqii'à ce que l'air expulsé ait soulevé le levier enregistreur au niveau du maximum de la courbe qu'on évalue. On note sur la graduation de la clbclié le hlveaii dé l'éà'ii à. ce mohaênt; Ori gdulevé éhsuile la cloche jusqu'à ce que le levier soit redescendu au niveau du minimum de la courbe, et l'on note de nouveau le niveau dè l'eâù. Dé ces deux notations extrêmes se déduit le volitme dé l'air qui est