PLUS LOIN QUE LES &ARES, LE SOIR
L'ombre s'installe, avec brutalité ;
Mais les ciseaux de la lumière,
Au long^ des quais, coupent l'obscurité,
A coups menus, de réverbère en réverbère.
La g-are et ses vitraux larges et droits Brillent, comme une châsse, en la nuit sourde, Tandis que des voiles de suie et d'ombre lourde Choient des pignons et des sonnants beffrois.
Et le lent défilé des trains funèbres
Commence, avec ses bruits de gonds
Et l'entrechoquement brutal de ses wagons,
Disparaissant — tels des cercueils — vers les ténèbres.
Des cris ! — et quelquefois de trag^iques sig-naux, Par au-dessus des fronts et des gestes des foules. Puis un arrêt, puis un départ — et le train roule Toujours, avec son bruit de fers et de marteaux.
La campag-ne sournoise et la forêt sauvag-e L'absorbent tout à coup en leur nocturne eflfroi ; Et c'est le mont énorme et le tunnel étroit Et la mer tout entière, au bout du long- voyag-e .
A l'aube, apparaissent les bricks lég^ers et clairs, Avec leur charg'c d'ambre et de minerai rose Et le vol bigarré des pavillons dans l'air Et les agrès menus où des aras se posent.
Et les focs roux et les poupes couleur safran, Et les cables tordus et les quilles barbares, Et les sabords lustrés de cuivre et de guitran Et les mâts verts et bleus des îles baléarcs.