‹ La multiple splendeur, poèmesChapitre 16 sur 22 · LES ÉLUS · texte numérisé non relu

LES ÉLUS

La sag^esse s'assied à mi-côte des monts ;

Les flots pâles des rivières intercalées,

Parmi les rocs de la vallée,

Inquiètent son long- reg-ard sentencieux,

Par les mille tours

Et les détours

Qu'ils font ;

Mais les calmes et réguliers villages

Dont elle voit passer les attelages,

En bon ordre, vers leurs travaux.

Réinstallent la paix et ses fixes flambeaux,

Dans le palais symétrique de son cerveau.

l36 LA MULTIPLlî SPLENDEUR

Le paysage est calme et ses aspects ne boug-crit.

A ceux qui Tobservent d'en bas

La sag-esse, d'un g-este lent, désigne

Les chemins bien tracés et les routes insignes.

D'aucuns vers son appel accélèrent leur pas ;

Mais ceux dont les vouloirs sont rouges

Et qui veulent, où qu'ils montent, monter encor.

Ceux dont les. fronts sont faits pour les vertiges d'or

N'écoutent rien, sinon leur âme, au fond d'eux-mêmes.

La joie est le tremplin de leurs élans suprêmes,

La joie âpre d'être en péril, d'être en danger,

Et de sentir leur cœur bondissant et léger

Au moindre appel des clairons noirs de la tempête.

La vie est un combat qu'ils ont changé en fête ;

Où l'on a peur d'aller en troupe — eux s'en vont seuls;

Neige aveuglante et toi, profond linceul.

Sur le visage aigu de l'altitude blanche ;

Râpes du vent, étaux du froid

Mordant les doigts crispés, raclant les torses droits ;

Et vous les bonds, de roc en roc, des avalanches,

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