LES ÉLUS
Vous n'arrêtez jamais
Leurs pas têtus, leurs pas rythmés vers les sommets.
Certes, elle était douce au fond de leur, vallée, L'existence, parmi les gestes et les voix, Dans la chambre de joncs et de soleil dallée. Entre les brocs de g-rès et les vieux bancs de bois. Elle était simple, elle était franche.
Avec ses buissons bruns de labeur ou de peine Au long" des jours de la semaine; Avec ses floraisons rouges et blanches, Chaque dimanche,
Quand les cloches, dans les matins, sonnaient ; Quand les filles, le soir, étaient plus belles Et que leurs corps, sous les baisers, rebelles, Tout en se défendant, soudain s'abandonnaient.
Mais ceux, ceux qui gagnent de loin en loin les cimes, Par un pauvre sentier pendu sur un abîme,
l38 LA MULTIPLE SPLENDEUR
Ivres de joie et d'avenir, n'écoutent pas
Les souvenirs chanter dans les maisons d'en bas.
Leur g-este solitaire est incompris, qu'importe!
Plus tard, le monde entier passera par la porte
Qu'ils ont ouverte, au bord des cieux, sur l'infini.
Aucun ne se demande où son rêve finit.
Et seuls, là haut, ils érig-ent plus haut encor
Que les sommets dont ils foulent la neige et l'or,
Toujours, vers plus d'espace et de clarté,
Les blocs de leur ardeur et de leur volonté.