‹ La municipalité de Brest de 1750 à 1790Chapitre 104 sur 120 · QUESTIONS DE DETAIL · texte numérisé non relu

QUESTIONS DE DETAIL

l'escrime, à condition qu'il recevra les militaires le matin et les bourgeois l'après-midi (1).

Lors de la naissance, de la venue à Brest, ou de la mort de grands personnages, le siège de police ajoute ses prescriptions à celles de la communauté et des autorités militaires. De même, lors de la guérison du Dauphin, en 1752, il ordonne à tous les habitants de faire allumer deux chandelles au moins à chaque fenêtre de leur maison, sous peine de dix livres d'amende au profit des hôpitaux W. La même illumination est ordonnée à chaque fête célébrée par la municipalité, sur l'invitation du gouverneur. Lorsque le comte d'Artois vient à Brest en 1777, les habitants doivent, sur son passage, tendre leurs maisons comme pour une procession, et il leur faut illuminer pendant cinq jours de neuf heures à minuit W.

A la mort de Louis XV, le siège ordonne le 20 mai 1774 « à tous habitants de l'un et l'autre sexe de se vêtir en grand deuil, de jour à autre, le plus promptement possible..., savoir : les hommes en habit, veste et culotte de drap noir, et tout le reste de l'habillement dans le plus grand deuil possible, jusques et compris le 24 juin prochain ; et, pour les femmes, il est ordonné qu'elles seront vêtues de même deuil jusqu'à la dite époque, tel qu'elles ont coutume de le porter pour leur défunt père (4). »

Nous venons de passer rapidement en revue de multiples attributions de la communauté considérée soit comme corps municipal, soit comme formant la plus grande partie du siège de police.

Durant presque toute la période que nous avons envisagée, l'exercice de la police appartient à la communauté, concurremment avec le sénéchal, mais ce dernier s'abstient assez souvent de paraître aux audiences d'un siège où ses fonctions

(1) Arch. du Finistère, B. 2380, fol. 68.

(2) Arch. du Finistère, B. 2369, fol. 21.

(3) Arch. du Finistère, B. 2378, fol. 51

(4) Ce grand deuil sera suivi d'un petit deuil. Dix livres d'amende aux réfractaires (Arch. du Finistère, B. 2376, fol. 3).

sont gratuites. La police, partagée entre une vingtaine d'officiers municipaux et de juges, n'en est pas mieux administrée, au contraire. Cet inconvénient disparaît en partie lorsqu'un seul membre de la communauté, Guesnet, est chargé de l'application des règlements, bien que ses collègues ne lui laissent pas toujours la liberté d'action nécessaire.

Le premier soin du tribunal de police réorganisé en 1754, c'est de rédiger un règlement, document assez étendu et soigneusement établi. Les dispositions de ce règlement sont souvent rappelées aux habitants, et maintes fois elles sont complétées par des prescriptions de détail que nécessitent les circonstances. L'action la plus importante de la police s'exerce sur le commerce et plus particulièrement sur celui des subsistances. En temps ordinaire le siège de police fixe, toutes les fois que les cours le nécessitent, le prix des différentes espèces de pain et de viande. Lorsque le prix du pain s'élève trop, la communauté intervient, emprunte aux magasins de la marine de grandes quantités de blé qu'elle cède aux pauvres, à un prix inférieur au cours du marché : opération qui tourne toujours au désavantage de la caisse municipale, mais qui peut empêcher la disette de se produire.

Le siège de police taxe en outre les bois de chauffage ; il entame contre les marchands de bois, pour y arriver, une lutte dans laquelle il n'a pas toujours le dessus.

Le siège de police réglemente encore les processions, le théâtre, le service d'incendies, concurremment avec la communauté qui solde les dépenses et avec les autorités militaires et maritimes qui prêtent leur concours en cas de sinistre.

Dans une ville se développant aussi rapidement que le fait Brest, il arrive constamment des habitants nouveaux, aux antécédents douteux : la police s'occupe de surveiller ces nouveaux venus, ainsi que les nombreux mendiants et gens sans aveu qui composent la partie inférieure de la population. La présence du bagne oblige à une surveillance étroite sur les parents ou amis des forçats ; ces gens, venant s'établir à Brest, sont toujours disposés à vivre de rapines et grossissent l'armée des malfaiteurs. Enfin, les nombreuses troupes

de l'armée de terre ou de la marine favorisent à Brest le développement des cabarets, du jeu et de la débauche. La police s'efforce, en vain semble-t-il, de lutter contre ces plaies, et particulièrement contre le jeu.

Enfin la salubrité publique est aussi l'objet des soins du siège de police en ce qui concerne les détails de la vie urbaine, et de ceux de la communauté à l'égard des navires venant de pays contaminés. La communauté nomme, pour les visiter, un bureau de santé présidé par le maire, juge de santé ; elle les met, s'il y a lieu, en quarantaine dans une anse de la rade.

Toutes ces attributions W constituent pour les membres de la communauté une charge très absorbante. Il leur faut occuper leur activité, déjà accaparée par leurs propres affaires et par l'administration de la ville, à tant d'objets divers, que nous les voyons sans étonnement obtenir en matière de police des résultats médiocres. Nous ne pouvons voir, semble-t-il, de progrès appréciable au cours des quarante années que nous étudions, et le tableau que le comte de Langeron trace de Brest en 1776 montre que les efforts de la police ont été à peu près vains. Disons, à la décharge de la communauté, que ses efforts n'en ont pas moins été considérables, et que son échec provient en grande partie de la situation spéciale de la ville : son accroissement rapide y amène de nombreux inconnus qui se soumettent difficilement à une police régulière ; les soldats et les marins forment en outre une population peu disciplinée ; de plus, le contingent habituel des malfaiteurs que l'on trouve dans toute grande ville se trouve accru à Brest par suite de la présence du bagne.

(1) Mentionnons encore en passant que la communauté s'occupe des intérêts des habitants dans les circonstances' les plus diverses. Nous la voyons en 1782 les soutenir dans leurs réclamations lors de la faillite de la banque des princes de Rohan-Guémené. Les habitants avaient porté avec confiance leurs fonds à un établissement si bien patronné. La communauté appuie leurs requêtes au roi, aux commissaires chargés de la liquidation; elle s'adresse aux Etats; comme les intéressés députent à Paris, pour suivre l'affaire, l'échevin Gillart, la communauté lui donne des pouvoirs plus généraux, un titre plus officiel, afin qu'il sollicite au nom de la ville. « Organe des pères de la cité, il élèvera sa voix gémissante; le cri de votre douleur parviendra jusqu'au trône », dit Guesnet dans sa remontrance à ce propos (Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 139,

140, 141. — Fonds Langeron, carton VII).

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