LE MAIRE
quel point ils avaient peu de confiance en la royauté : « De plus, combien de fois et dans quel temps Sa Majesté permettra-t-elle ou défendra-t-elle les élections ? On sait que ce sera toutes et quantes fois qu'il lui plaira. » Si la municipalité est suspendue de nouveau lorsque les deux maires pris à Brest auront terminé leur mairie, il se produira que des bourgeois de Recouvrance ayant passé trente ou quarante ans au service de la communauté ne pourront devenir maires, alors que ceux de Brest y arrivent bien plus vite (*).
Le duc de Penthièvre fut frappé du bon droit de cette requête et décida en faveur de Recouvrance, par une lettre datée de Bizy, le 26 novembre; la communauté accepta son jugement sans mot dire, désigna aussitôt les candidats à l'élection &) et convoqua pour le 12 décembre l'assemblée générale des électeurs <3).
Cette question fut ainsi définitivement réglée, et jamais plus nous ne trouverons de contestation à ce sujet entre Brest et Recouvrance.
Avant de faire procéder à l'élection, la communauté désigne trois candidats qui, après approbation du gouverneur, seront soumis au choix des électeurs^). La plupart du temps, cette désignation se fait sans incidents sérieux ; les difficultés, quand il y en a, proviennent en général de ce que les candidats désignés demandent à être dispensés de cet honneur coûteux et des lourds travaux qui surchargent le maire &. Ainsi, en 1756, le sieur Betbédat, choisi par la communauté
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 141.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 147.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 140.
(4) La première élection dont nous possédions le procès-verbal eut lieu le premier dimanche de lAvent de 1G63. Nous ne savons pas comment avaient été au préalable choisis les trois candidats à la mairie. Il y avait 13 électeurs formant l'état-major de la place, et 148 électeurs comprenant les habitants et les « vieux maires », suivant l'ancienne coutume (Arch. mun. de Brest, BB. 29, n<> 1).
(5) Remarquons que, pour la période qui nous intéresse, douze maires sur quatorze sont négociants. Il semble donc que le commerce seul puisse donner une fortune suffisante pour supporter les charges qui incombent au maire. Voir le tableau à la fin du chapitre.
le 20 novembre, sollicite sa radiation parce qu'il est infirme, et la communauté le remplace le 1er décembre par Raby neveu. Le même jour, elle refuse de rayer Martret, qui demandait à l'être sans donner de raisons W.
En 1705, le désaccord régnait dans la communauté, pour des causes que nous ne pouvons connaître exactement, car la délibération où elles se trouvent exprimées a été rayée et rendue illisible par le greffier quand l'union fut rétablie, mais probablement parce que le maire Féburier avait géré les affaires municipales avec beaucoup de négligence ®. Le 3 décembre, la communauté se réunit et nomme les trois candidats nécessaires <3). Mais une partie de l'assemblée proteste contre leur désignation qui provient, dit-on, d'une cabale, et la délibération est annulée. Le 15 mars 1706, le maire annonce que l'intendant nommera lui-même un maire si l'on ne peut arriver à conciliation (4). Cette menace suffît; le 31 mars les candidats sont choisis (5). Le duc d'Aiguillon approuve ce choix par une lettre datée de Nantes, le 25 avril <6), et l'assemblée générale, fixée d'abord au 24 mai, puis reportée au 31, peut avoir lieu sans autre empêchement.
La liste des trois candidats parmi lesquels les électeurs auront à choisir un maire est ensuite transmise au gouverneur de la province, qui l'approuve en général sans modifications W. Parfois, le gouverneur y apporte des changements sur la demande des intéressés eux-mêmes. C'est que les fonctions de maire sont absorbantes et onéreuses; il arrive donc assez souvent que l'un des candidats proposés demande au gouverneur la faveur d'être rayé de la liste. Le gouverneur examine les raisons exposées par le requérant, et décide. Ainsi, en 1708, par délibération du 22 octobre, le corps municipal avait proposé comme candidats Kerbizodec-Lunven,
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 10, fol. 74.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 51 à 55.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 58. (4); Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 71.
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 74.
(7) Arch. mun. de Brest, BB. 29, passim.