LE MAIRE
il la représentait aux Etats. Il avait certainement, sur la marche des affaires municipales, une influence décisive. Aussi voyons-nous la municipalité se montrer très reconnaissante envers les maires qui se sont distingués dans leurs fonctions, et particulièrement envers le maire Le Normand. Elu pour trois ans en 1771, elle lui continue en 1774 ses pouvoirs pour les trois années suivantes, et, quand il se retire, en 1777, elle lui offre une magnifique épée, du prix de 657 1. 15 s., aux armes de la ville, et une gratification de 1.800 livres d). Bien plus, en 1780, dans des circonstances difficiles, la communauté a encore recours à Le Normand, et, pénétrée de gratitude, le 27 janvier 1781, elle demande pour lui des lettres de noblesse qui récompenseront ses longs et excellents services, et que le roi lui. accorde &).
Le choix du maire est donc une des questions importantes que la municipalité doit résoudre : chaque élection de maire est entourée de nombreuses formalités que nous allons étudier en détail, et donne lieu à des, incidents curieux, qui nous renseigneront sur l'état d'esprit des bourgeois de Brest au XVIII9 siècle.
Le maire doit être pris parmi les membres du corps municipal 0). Le maire est élu pour trois ans, en conformité de l'arrêt du Conseil d'Etat, du 25 février 1689, cité plus haut. Le même arrêt décide que, sur trois maires, on en élira deux parmi les habitants de Brest et le troisième parmi ceux de Recouvrance. C'est cet arrêt qui se trouve remis en vigueur à partir de 1747. date à laquelle la communauté rachète le droit d'élire son maire.
Si cette réinstallation de l'ancienne mairie ne souleva aucune difficulté en ce qui concerne la durée de la charge du maire, il n'en fut pas de même quand il s'agit de suivre l'usage antérieur consistant à prendre un maire sur trois à Recouvrance. Aucun des habitants de cette moitié de la ville
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 134, et Arch. d'Ille-et-Vilaine, C. 573.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 185, et BB. 35, fol. 128.
(3) Condition rappelée à chaque nomination de maire, dans le procèsverbal de l'élection.
n'avait été nommé depuis 1733 G) par suite des vicissitudes continuelles éprouvées par l'Administration municipale. Aussi en 1747 avaient-ils formulé, sans obtenir satisfaction, le vœu que le nouveau maire fût pris parmi eux ®h
A la fin de 1750, il devait être procédé à l'élection d'un nouveau maire. Dès le 30 septembre les habitants de Recouvrance commencèrent des démarches en vue d'obtenir cetle fois la reconnaissance de leurs droits à la mairie. Ils s'y prenaient trois mois à l'avance, car ils voulaient avoir le temps de soumettre le cas au duc de Penthièvre. Ils consignèrent sur le registre des délibérations de la communauté les raisons qui militaient en leur faveur (3). Recouvrance a reçu en 1681 les mêmes privilèges que Brest et supporte les mêmes charges, mais Brest «• trouve le secret de rendre ces prérogatives illusoires pour Recouvrance, au préjudice des lettres patentes de 1681 et de l'arrêt du Conseil du 25 février 1689; la municipalité a été rendue élective en 1737, et depuis cette date jusqu'en 1743 le maire a été choisi à Brest; de 1743 à 1747 la mairie fut de nouveau vénale, mais, la communauté ayant acquis l'office de maire le 30 septembre 1747, le nouveau maire a encore été choisi à Brest pour le triennal 1748-49-50, malgré la protestation des habitants de Recouvrance. » Séance tenante les habitants de Brest répondent : puisque la mairie, supprimée plusieurs fois, a été rendue élective en 1747, c'est comme si la mairie n'avait jamais existé à Brest et n'avait commencé qu'en 1747. Le premier maire, nommé alors, appartenait à Brest, le second doit lui appartenir aussi, et l'on prendra le suivant à Recouvrance.
Arguments spécieux, auxquels les gens de Recouvrance répondent le 19 octobre 1750 : la mairie de Brest existe depuis fort longtemps; liberté a été donnée aux communautés d'acquérir les anciens offices pour élire les maires selon les anciens usages. Et ils ajoutent cette phrase, qui montre à
(1) Levot, op. cit., t. III, p. 103.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 29.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 17, fol. 137.