FÊTES PUBLIQUES
et parfois le commandant et le sénéchal •*). Lorsque l'événement fêté est particulièrement important, on ajoute à la cérémonie. A la naissance du duc de Bourgogne, outre la fête ordinaire, on vote 1.800 livres pour doter douze filles à raison de 150 livres pour chacune ®h On fait de même à l'occasion du sacre de Louis XVI : il était d'usage en pareille circonstance de distribuer du pain aux pauvres de la ville, mais cela ne les soulage qu'un instant, et « plusieurs de ces misérables vendent le pain qu'on leur distribue pour se livrer à la débauche. » La communauté trouve préférable de doter quatre filles, deux pour chaque côté de la ville ; chacune recevra 300 livres, et elles « se rappelleront toujours avec joie cette heureuse époque qui fit leur bonheur en même temps qu'elle était l'objet de l'allégresse publique f3). »
La communauté leur remet leur dot après la bénédiction nuptiale, et elle paye en plus la musique pour le bal de noce et le repas de cinquante invités Ui\
La naissance du Dauphin, si longtemps attendue, provoqua plus d'enthousiasme encore : on répéta la fête habituelle ; le maire dut en outre se procurer la meilleure symphonie possible pour accompagner le Te Deum et pour jouer ensuite
(1) Voici la liste de ces événements, et la date des délibérations les concernant :
Naissance du duc de Bourgogne, 5 octobre 1751 (BB. 18, fol. 35, 40). Bétablissement de la santé du Dauphin, 16 septembre 1752 (BB. 18,
fol. 96).
Naissance du duc d'Aquitaine, 22 septembre 1753 (BB. 19, fol. 5). Naissance du duc de Berry, 10 septembre 1754 (BB. 19, fol. 39). Naissance du comte de Provence, 12 décembre 1755 (BB. 19, fol. 59). Naissance du comte d'Artois, 10 novembre 1757 (BB. 19, fol. 105). Sacre du Boi, 26 juin 1775 (BB. 23, .fol. 71) Heureux accouchement de la reine, 31 décembre 1778 (BB. 24, fol. 8).
— Coût : 514 livres.
Naissance du Dauphin, 6 novembre 1781 (BB. 24, fol. 101). Naissance du duc de Normandie, 14 novembre 1785 (BB. 25, fol. 37).
— Coût : 169 livres.
Les ordres du roi et du duc de Penthièvre forment les liasses AA. 33 bis, 34, 34 bis, aux Arch. mun. de Brest.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 35.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 71.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 23, fol. 89.
sur la place et amuser le peuple ; l'hôtel de ville fut illuminé de lampions « dont les feux traçaient : Vive le Roi, la Reine et Mgr le Dauphin. » On avait pensé doter quatre filles de chacune 600 livres W, mais cette partie de la délibération ne put être exécutée, car l'intendant la supprima en conseillant à la communauté de ne pas sortir d'une sage économie W.
Aux frais occasionnés par ces réjouissances viennent s'ajouter ceux des cérémonies funéraires en l'honneur de grands personnages : à la mort de l'intendant Le Bref, on dépense pour le service 333 livres <* ; à la mort de Louis XV on consacra, par ordre, 300 livres à l'achat de pain pour les pauvres, au lieu de faire célébrer un service coûteux (*).
Ajoutons que la communauté paya en 1772 une somme de 569 livres pour l'enterrement de l'ancien maire Kerbizodec- Lunven.
Il ne nous reste plus à étudier maintenant que des dépenses irrégulières, tout accidentelles. Nous n'avons pu relever que les plus importantes, car, nous l'avons dit, les menus déboursés sont faits par le maire qui se fait rendre le montant de ses avances.
La première en date est causée par le rachat du four banal. On demandait la suppression de ce four depuis 1743 <5>, et depuis ce temps on ne le louait plus que pour de courtes
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 24, fol. 101, et AA. 37 bis.
(2) Arch. mun. de Brest, AA. 80. Lettre du 2 décembre 1781. La communauté avait déjà demandé à l'intendant la permission de proportionner ses dépenses à ses ressources (BB. 31, lettre du 7 novembre).
En 1779, lors de l'accouchement de la reine, on avait dépensé 514 livres. L'intendant trouva que c'était trop; il permit 50 livres pour l'illumination et 30 livres pour le feu de joie à l'avenir. — Cf. Dupuy, op. cit., p. 414, et Arch. d'Ule-et-Vilaine, C. 577 et 540.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 21, fol. 41, du 15 juin 1765.
(4) L'intendant Dupleix recommande de ne pas faire trop de dépensas à cette occasion. La communauté ayant assisté déjà aux prières publiques, elle devra employer au soulagement des pauvres seulement le tiers eu le quart de ce qu'il en aurait coûté pour un service (Arch. mun. de Brest, A A. 35 bis). Comme on aurait dépensé 1.200 livres en cérémonies, on distribuera aux pauvres pour 300 livres de pain (BB. 23, fol. 18).
(5) Arch. mun. de Brest, BB. 15, fol. 100.
Frais divers. 271
périodes, dans l'espoir de le voir supprimé bientôt. Il constituait pour les habitants une gêne considérable, car on ne pouvait cuire son pain ailleurs, sous peine de confiscation de ce pain et de 10 livres d'amende (5 1. pour le fournier et 5 1. pour l'hôpital), et il fallait payer la cuisson en donnant un seizième de la pâte (r>.
La communauté recevait du fermier 2.000 livres environ par an et payait au sieur Cornet, propriétaire du droit de banalité, une rente de 800 livres. Par arrêt du Conseil du 5 décembre 1747 la ville fut autorisée à rembourser cette rente au denier 24 ,2> ; après de longues formalités, elle put verser les 19.200 livres dues, le 29 mars 1753, et devenue ainsi propriétaire de la maison du four et du droit de banalité, elle supprima celui-ci et loua celle-là au mieux de ses intérêts (3).
En 1757, le duc d'Aiguillon fit part à la communauté de son intention de mettre une garnison à Ouessant, et lui ordonna de fournir pour cette île quatre-vingts lits. L'adjudication eut lieu le 3 mars 1757, à raison de 140 livres par lit M. Ce fut pour la communauté une dépense de 11.264 1. '5K L'épidémie de 1757-58 devait coûter beaucoup plus cher ; nous avons enregistré déjà une somme de 353 livres payée aux forçats ; la communauté dut venir en aide aux hôpitaux, payer médecins et médicaments pour les malheureux, secourir les veuves et les orphelins ; pour tout cela elle dépensa 53.100 livres. Craignant de voir la peste qui régnait aux pays barbaresques importée à Brest par les navires, la communauté fit fonctionner à diverses reprises un bureau de visite qui coûta en 1785 une somme de 1 .848 livres f6) ; pour servir de marque clistinctive au canot affecté à ce service, on avait
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 1G, fol. 3G à 38.
(2) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 47.
(3) Arch. mun. de Brest, BB. 18, fol. 132.
(4) Arch. mun. de Brest, BB. 19, fol. 85 et suivants.
(5) 11.200 livres pour les lits, 64 livres de frais divers.
(6) Arch. mun. de Brest, BB. 25, fol. 29 et 34.
acheté en 1773 une bannière de Saint-Roch coûtant 150 livres U).
Enfin, de 1785 à 1788, la communauté eut à payer des grains empruntés aux vivres de la marine en temps de disette : elle solda 5.600 livres de grain pour les deux hôpitaux ($\ et, en 1786, elle se trouva devoir à la marine 56.452 1. 17 s. 9 d. qu'elle avait à payer en six annuités de chacune 9.408 1. 16 s. 3 d. 0).
L'intendant surveille de très près, nous l'avons vu au cours de toute cette étude, l'emploi des deniers municipaux. Maintes fois il engage la communauté à se montrer économe, ne négligeant pas de descendre jusqu'aux plus petits détails f*>. Parfois même il menace de ne pas rembourser une dépense qu'il juge excessive (f>). C'est une doctrine constante pour le gouvernement de considérer la municipalité comme inapte à engager la moindre dépense sans autorisation (6>. L'intendant d'Agay écrit en 1769, en approuvant la nomination du maire : « Il ne devra faire aucune dépense sans mon approbation. Je n'en passerai aucune, de quelque nature que ce soit i7>. » Et, en 1774, l'intendant Dupleix répète : « Les communautés ne sont pas libres de disposer de leurs fonds et je dois veiller moi-môme à l'emploi qu'elles en font fg) ». « Une communauté doit user d'économie jusque dans ses libéralités », dit encore l'intendant Gaze de la Bove en 1783, en
(1) Arch. mun. de Brest, BB. 22, fol. 184.
(2) Cinq mille boisseaux pour Brest, six cents1 pour Recouvrunee.
(3) Voir plus loin, chap. VIII, p. 323, l'étude détaillée de cette affaire.
(4) Le vêtement du tambour, qui coûte 329 livres, devra être ménagé pour qu'on ne le renouvelle que rarement (Arch. mun. de Brest, BB. 30, no 4). — La communauté doit prendre pour habiller ses archers une étoffe plus solide qu'auparavant. Comme le blanc est trop salissant, il faut choisir une autre couleur. Il faut faire durer les vêtements six ans au lieu de trois (Arch. mun. de Brest, FF. 38, n08 4, 6 et 7).
(5) Arch. mun. de Brest, AA. 80, n<> 35.
(6) Arch. mun. de Brest, FF. 38, n° 3. « Le Conseil exige que les- communautés mettent la plus grande économie dans toutes leurs dépenses. »
(7) Arch. mun. de Brest, BB. 30, no 1.
(8) Arch. mun. de Brest, BB. 35, fol. 65.
SURVEILLANCE DE L'iNTENDANT. 273
môme temps qu'il réduit de i.500 livres à 1.000 livres la gratification demandée par le corps municipal pour les soldats et marins qui ont combattu un incendie en ville W.
Si nous nous rappelons quelles sommes le fisc royal prélevait, directement ou indirectement, sur le budget municipal, nous verrons dans cette surveillance inlassable et minutieuse plus que le souci d'une bonne gestion des finances. Nous croyons qu'elle est intéressée, et que le gouvernement oblige la communauté à ménager ses revenus pour trouver dans le budget municipal une source à laquelle il peut puiser aussi souvent qu'il en a besoin.
En examinant le tableau que nous avons dressé des budgets de Brest de 1757 à 1788, on est surtout frappé par l'irrégularité que présentent les recettes, les dépenses et l'encaisse.. Nous avons, dans notre précédent chapitre, montré les causes de cette irrégularité dans les recettes. Or celles-ci déterminent les dépenses, et la communauté ne peut demander à entreprendre des travaux importants qu'autant que la caisse du miseur est convenablement garnie au début de l'année. Les dépenses urgentes ne laissent que des disponibilités insuffisantes, et la communauté se trouve constamment gênée.
Lorsqu'elle connaît quelques années prospères, comme cela se produit de 1780 à 1787, elle en profite pour s'occuper à la fois de tous les travaux délaissés depuis longtemps, et alors l'encaisse diminue rapidement, si bien que le budget de 1788 se solde au 31 décembre par un déficit de 813 livres, alors qu'en 1782 l'encaisse finale était de 142.824 livres. On vit donc au jour le jour, dépensant un peu à la légère quand on a de l'argent, au contraire se refusant les crédits les plus utiles dans les mauvaises années.
La même impossibilité pour la communauté de fournir un effort financier continu se dégage plus clairement encore des graphiques que nous avons établis, et qui retracent la courbe des dépenses afférentes aux travaux publics, au service des eaux et aux corps de garde. Le premier de ces graphiques
(1) Arch. mun. de Brest, DD. 3, n° 21.
nous présente en effet une suite d'ascensions et de chutes brusques tout à fait caractéristiques. En le comparant avec le second on voit de plus que les maxima de l'un correspondent souvent aux minima de l'autre, par exemple en 1769 et 1784. Si, par hasard, les deux ordres de dépenses sont ensemble en voie d'accroissement, comme nous le constatons en 1761, en 1774 et en 1781, il en résulte une baisse générale l'année suivante. Enfin, nous avons placé à côté de ces deux graphiques celui qui fait connaître les dépenses affectées aux corps de garde, car, outre l'intérêt qu'il présente par luimême, il nous permet de remarquer que l'année où il atteint son point culminant, en 1777, correspond à une absence de dépenses pour les eaux et à un médiocre crédit pour les travaux publics.
Ainsi, malgré la surveillance étroite de l'intendant, le budget ne permet pas de mener de front les diverses dépenses utiles (^ : il faut sacrifier les eaux quand on construit de nouvelles rues, et inversement. La gêne est à peu près continuelle. Cependant la communauté, poussée par l'intendant et surtout par le duc d'Aiguillon, montre un réel souci d'embellissement et d'assainissement de la ville. Elle fait tous ses efforts pour suivre le mouvement général de la province en ce sens ; efforts peut-être trop considérables d'ailleurs, puisque le dernier budget se solde par un léger déficit.
(1) On constate la même détresse en consultant le budget de 1772 que nous avons reproduit à titre d'exemple. Il est manifestement impossible à la communauté de supporter ses charges, et elle ne peut mettre à exécution aucun de ses projets. Disons toutefois qu'elle exagère, sans doute à dessein, dans cet état adressé à l'intendant, les charges qu'elle doit supporter. (En particulier 90.000 livres pour le pavage, 16.000 livres pour le matériel d'incendie, 10.000 livres pour la banlieue; de plus les dettes aux églises et à l'hôpital, bien que payables par annuités, sont comptées pour leur total). Notre restriction ne fait d'ailleurs que diminuer le déficit, qui reste encore considérable.
Budgets annuels de la ville de Brest, de 1757 à 1788, d'après les comptes du Miseur (Arch. munie. Brest, Liasses CC. 126 et 127) W.
VNNÉE