CONCLUSION
Le Consulat lyonnais est une des plus curieuses institutions de l’ancien régime. Il fut unique dans toute la France et par son organisation originale et par son pouvoir considérable. Véritable Etat dans l'Etat, il députait ses membres soit auprès du roi de France, soit auprès des nations voisines pour traiter avec eux des questions politiques et commerciales de la plus haute importance. Le Consulat, aux xiv° et xv° siècles, fut plus qu’un corps municipal, ce fut un corps gouvernemental. Sa juridiction s’étendait sur toutes choses, il jugeait, il administrait, il était en un mot l’image même du pouvoir absolu.
A côté de lui avait grandi un autre pouvoir qui peu à peu allait l’étouffer : le pouvoir royal. Nous pouvons maintenant, en quelques mots, montrer le phénomène curieux qui s’est produit dans la lutte du roi et du Consulat. Au début, consuls et roi, unissent leurs efforts pour lutter contre le pouvoir ecclésiastique ; cet ennemi commun réduit à l'impuissance, les deux nouveaux vainqueurs vont chercher à s'emparer de l'administration de la ville et de la justice; pendant plus d’un siècle il s'établit un équilibre entre les deux forces, puis la centralisation se faisant, l'ennemi du dehors étant repoussé,
l'équilibre se rompt, le roi ne respecte plus rien, intervient dans la vie intime de Consulat et lui signe par ce fait son arrêt de mort.
Ce sont alors les emprunts, les ventes d’offices, les dons gratuits, c’est partout la main royale fauchant des institutionsséculaires, remplaçant ledroit par l'arbitraire, supprimant l'indépendance politique du Consulat pour ne lui laisser qu’un pouvoir d'administrateur perpétuellement surveillé par l’intendant et le gouverneur.
Malgré tout, nous devons dire, pour l'honneur des anciens conseillers etéchevins, que, si parfois ils furent obligés d’endetter la ville de Lyon, poussés par les demandes pécuniaires du roi toujours de plus en plus pressantes, ils ont néanmoins administré sagement, ils se sont occupés avec beaucoup de zèle du développement industriel et commercial de la ville, ils ont créé des hôpitaux, les ont admirablement organisés, ils ont enfin contribué dans une large mesure à assurer à Lyon la place qu’elle occupe aujourd’hui parmi les villes françaises.
Vue Lyon, le 9 mai 1900.
Le Doyen de la Faculté, President de la Thèse