‹ La muse à BibiChapitre 17 sur 40 · SONNET SUR LE MIRLITON · texte numérisé non relu

SONNET SUR LE MIRLITON

Belle, vous demandez mon âge.

Il faut satisfaire à ce vœu, Et, quelque dur que soit l'aveu.

Dire le chiffre avec courage :

Doui(e heures. Mon Dieu, oui. — Parbleu l Vous m'auriez donné davantage.

Vous interrogez mon visage Et vous semblez douter un peu.

Songe pourtant que l'instant même Où ta bouche m'a dit : « je t'aime »

Vit naître mon plus cher amour,

L'amour qui date l'existence.

C'était hier; En conséquence, Je n*ai pas vécu plus d'un jour.

Dire que j*aime cette gueuse!...

Elle a seize ans, la malheureuse, Et deux yeux noirs comme Tenfer, Deux yeux de froide charmeresse, .

Où jamais pitié ni tendresse N'allumeront le moindre éclair.

Aveugle et stupide nature Qui la créas pour ma torture, Pourquoi, dans le marbre idéal Ayant sculpté sa forme d*ange.

As-tu pétri dMgnoble fange Le cœur de ce monstre fatal ?

Ah! pourquoi Tai-je rencontrée?

Comment Tai-je tant adorée?...

Elle a détruit tout mon orgueil.

Elle a jeté sur toutes choses, L*Amour, les bois, l'Art et les roses, Le yoile d'un immense deuil.

Voilà près d'un an que la fièvre Brûle mon sang, sèche ma lèvre.

La douleur a tordu mes nerfs ; J'ai sangloté, j'ai crié grâce :

Rien n'a tressailli sur sa face, Rien n'a troublé ses yeux pervers.

- LA MUSB^ A BlBl *?

Que de fois j'ai senti, farouche.

Pour un mot cruel de sa bouche La sœur d'angoisse m'envahir.

Le cœur comme un marteau de forge Me sauter jusque dans la gorge...

Comme je devrais la haïr !

Je Paime ! Chaque heure à mesure Fait plus profonde ma blessure Et mon front plus désespéré.

Et je n'y puis rien et je «ouffre Et je suis tout au fond du gouffre...

Oh! cet hiver^ je.la tuerai!

Alors son âme empoisonnée

S'en ira par la cheminée

S'éparpiller dans les vapeurs

Qui flottent sur Paris infâme,

Puis, dans le corps d'une autre femme

Un jour torturer d'autres cœurs.

Et moi, fou de Pavoir perdue.

Près de mon idole étendue, Couché pour mourir à mon tour, La bouche sur sa bouche pâle, J^étoufFerai son dernier râle Dans un dernier sanglot d'amour !

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