‹ La muse à BibiChapitre 18 sur 40 · SUR LA FALAISE · texte numérisé non relu

SUR LA FALAISE

L'air était frais, Therbe fleurie ; J'avais au bras ma jeune amie; Je la conduisais voir la mer.

Dans le passé parfois amer C'est un doux moment de ma vie.

Je la guidais, grave et joyeux, Un mouchoir noué sur ses yeux, Le rire à sa bouche de fraise, Vers le sommet de la falaise.

L'aurore montait dans les cieux.

Au bord du roc nous arrivâmes.

A rhorizon rouge de flammes Le soleil surgissait ; en bas Une barque de pêche, au ras Des flots, chantait son chant de rames.

Éparpillés en tourbillons, Dans les rayons, les papillons Passaient, voltigeantes étoiles.

Sur rOcéan, l'essaim des voiles Traçait d'étincelants sillons.

Nous étions là, seuls sous la nue/ Tremblants d*une ivresse inconnue ; Et soudain, levant le bandeau Qui voilait encor le tableau Sublime à Tenfant ingénue,

Je lui dis : regarde, voilà La mer..* Une larme trembla Dans ses yeux rêveurs en silence, Et tomba dans le goufifre immense.

Il me doit cette perle-là.

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Pauvre toutou, petit chien blanc Qui geins et qui cherches sans cesse Depuis que ta blonde maîtresse Fit notre deuil en s'en allant.

Cesse d*errer l'oreille basse; Assez de regrets superflus.

Celle qu'on aimait ne vient plus; C'est la loi du monde : tout passe !

Ainsi tes bonds, tes cris joyeux, Les longs baisers, les gaîtés folles, Et la chanson de ses paroles Et le mirage de ses yeux.

Sa main souple en tes flancs de soie Se jouant amoureusement, Tout ce badinage charmant Qui de ta chair faisait la joie,

Il n'y faut plus songer... Voilà La fin du jour ; le ciel est sombre ; Â l'heure de rentrer dans l'ombre Il faut oublier tout cela !...

LA MUSE A BIBI 3l

Logis muet, porte fermée.

Étends-toi près du morne feu Dans les plis de ce peignoir bleu Qui garde son odeur aimée ;

Et dors^ mon chien^ dors jusqu^au jour»

Qu*un rêve consolant t'enchante !

Oublie^ en dormant^ la méchante.

Et qu^avant d'avoir son amour,

Ton sort avait été bien rude ; Et que Ton souffre d'autant plus Des espoirs, des bonheurs perdus Qu'on en avait moins l'habitude,

Qu'un poison naît souvent des fleurs.

Qu'elle était rose, la jolie !...

Et si rien n'éteint ta folie.

Si tu ne peux oublier, meurs !...

Ou plutôt reprends ta nature Espiègle ; nargue cet ennui Cruel, mais qui n'est aujourd'hui, Quelque tourment que l'on endure,

Pour la foule sceptique, rien Qu'un travers ridicule en somme, Et sois courageux comme un homme Puisque je pleure comme un chien.

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