RÉCIT ÉPIQUE
(a l'instar de FRANÇOIS COPPÉE)
Jules, fils de Michel, est vidangeur.
Son père Fut ce grand bernatier qui, trente ans (j*obtempère A la simplicité lorsque je dis trente ans, Car la grandeur de l'œuvre implique un plus long
[temps), Vidangea tout, — palais, maison bourgeoise, bouge, *- Dans le pays qui va de Montmartre à Montrouge« Passé maître en son art, quoiqu'il fut compagnon Seulement, il fut sobre, etdinaîtd*un oignon. A la Villette on garde encore sa mémoire; Quand on parle de lui, le parfum de sa gloire Embaume les discours de ceux qui Tont connu.
Ce rude travailleur eut un cœur ingénu ; Quelle âme échappe aux doux sortilèges des roses, Aux poèmes que Dieu met dans toutes les proses, A l'aube, à la chanson éternelle de mai^ Il aima follement, et, se croyant aimé.
Le pauvre homme donna son nom à sa maîtresse. Mais Tâme de la femme est une âme traîtresse, A qui la fraude est chère et le mensonge doux; Et quand elle reçoit les baisers de Tépoux,
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Elle ne comprend rien à Tardeur qui Pinspire. Bref, Michel fut cocu, merde ! il fieiut bien le dire. Du moins il eut un fils, Jules, auquel, songeur. Il inculqua l'austère état de vidangeun Cet enfant ne fut pas de ceux qu*un père gâte, Et, tout petit encor, mit la main à la pâte.
Mais quel orgueil emplit le cœur du bernatier Quand il vit que Tenfant mordait vite au métier.
Le temps passa. Michel sentit sa fin prochaine. Il appela son fils et lui fit jurer haine Et mépris pour le sexe exécrable et charmant ; Puis mourut.
Jules fut fidèle à son serment.
Il Técut seul, fuyant la femme ingrate et 'fausse. Défà vieux, il penchait son âme vers la fosse. Et semblait un taureau fatigué de labour.
Un soir, il vidangeait dans le Noble Faubourg.
Faubourg, — soit. Pourquoi : noble, -^ alors que cette
[terre Respire uniquement Tinceste et l'adultère.
Et que le crime étend sur elle son linceul
Funèbre ?
Cependant Jules vidangeait, seul.
La fraîcheur de la nuit venait baiser ses tempes. Son œil allait des toits où scintillaient les lampes Que les vierges du peuple, au cœur humble et vaillant. Allument chaque soir devant elles, — veillant - Pour gagner leur trousseau de noces et leurs voiles -» A la fosse, où dansait le reflet des étoiles.
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A âcur du gouffre obscur et liquide à demi, Soudain il aperçut un enfant endormi.
Pur sommeil ! Cest ainsi qu*en son berceau, Moïse, — Qui, malgré Pharaon, vers la terre promise. Devait un jour guider les pas du peuple hébreu, — Exposé sur le Nil, dormait sous le ciel bleu. L*abandonné voguait sur la fosse profonde.
Jules flaira sur Fheure un forfait du grand monde : Quelque orgueilleuse dame, à Tantique blason. Avait là^ dans les lieux de sa propre maison, Jeté ce misérable enfant L.»
Qu'allait en faire Jules? Il l'aurait pu porter au commissaire.
Mais, rempli de dédain pour la société, 11 leva ses regards vers Tazur, moucheté De Por éblouissant des étoiles sans nombre, Et cria dans le vent, dans la fosse et dans i*ombre : *- O mon père ! j*étais solitaire ici-bas :
Aucun but ne s^ofiTrait au hasard de mes pas ; Je n*avais point d*amour et j*ignorais la joie; Mais, grâce à Torphelin que le destin m'envoie* Je sens enfin, le cœur frissonnant de plaisir. Une paternité sublime m*envahir!
Alors, tranquille ainsi qu*un marin sur son lougre, II adopta Tenfant et en fit un bon bougre.