LES MAÇONS
Devant une maison, au quatrième étage, Un maçon est monté sur un échafaudage.
Insouciant, tranquille et sifflant un refrain. L'homme travaille avec sa truelle à la main ; Son auge esta côté de lui, pleine de plâtre.
Être entre ciel et terre ainsi, » c'est peu folâtre* Enfin, c'est le métier, n'est-ce pas ? qui veut ça.
Pour voir si son ouvrage est avancé déjà.
Voici que tout à coup l'ouvrier se recule.
Il pose à faux le pied; une planche bascule, L'homme voit devant lui comme un rideau de feu. Et tombe dans le vide, en criant c nom de Dieu ! »
Le corps sur les pavés s'abat comme une masse; Et l'on voit, hors de la tête qui se fracasse Dans l'efiroyable choc, la cervelle jaillir.
Quelques muscles pourtant font encore tressaillir Cette chair, qui n'est pas tout à fait un cadavre.
La foule, que ce drame affreux consterne et navre. Se rassemble; on relève, hélas! tant bien que mal. Le mourant qu'à pas lents on porte à Thôpital.
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Pendant tout le trajet, péniblement s'exhale
De la poitrine ouverte et défoncée un râle :
Et, quand dans Phôpital on va pour pénétrer.
On s*aperçoit que rhomme enfin vient d*ezpirer.
Il ne reste plus qu'à rapporter à sa femme
Son corps, d*os et de chairs broyée rouge amalgame.
Quelques heures plus tard, un second ouvrier, Sur le même échafaud en train de travailler, A repris la besogne interrompue. Il songe Au sort du camarade et parfois son œil plonge Dans Tabîme et regarde à quelle place, en bas, L'autre est tombé.
Prudent, il prend garde à ses pas, D'abord ; et puis le temps fuit sans mésaventure, Et petit à petit le maçon se rassure.
Se sent plus brave... Il vient de laisser échapper De sa main un outil : il veut le rattraper, Il fait un mouvement brusque... et perd l'équilibre.
Un cri, •«- cri surhumain, — dans Tair déchiré vibre, Et rhomme sur le sol est lancé lourdement.
La foule, autour de lui, forme un rassemblement : Comme Tautre on le porte à l'hôpital, et comme L'autre, peadant que Ton chemine, le pauvre homme Agonise.
On arrive; on le met sur un lit.
Respirant encor. — Mais tout son corps se raidit Aussitôt. L'ouvrier pousse un hoquet suprême. Puis expire.
Ainsi^ deux victimes dans la même Journée. Et cependant, demain, d*autres maçons Devant cette maison, devant d'autres maisons, Grimperont d'un pied leste et d'un cœur intrépide, Sur leur échafaudage, et, séparés du vide Par de minces planchers, mal fixés et peu sûrs. Exposeront leur vie aussi, héros obscurs !
O rudes et vaillants garçons, je ne puis dire Combien vous m'étonnez, combien je. vous admire. Vous qui donnez à tout le monde, incessamment. Le spectacle d'un calme et simple dévouement; Vous à qui le péril semble chose vulgaire, Et qui, récompensés par un mince salaire.
Bravez d'horribles morts, d*ignobles crevaisons. Pauvres gens ! pour bâtir aux riches des maisons.