‹ La muse à BibiChapitre 39 sur 40 · LE NOUVEAU NÉ · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU NÉ

Quand l^homme fut chassé du Paradis natal

Il erra par la plaine et sur le roc brutal,

Broutant Therbe sauvage et s'abreuvant d*eau vive

Avec les animaux. Et la femme pensive

A ses côtés pleurant l'Eden évanoui,

Voyait, de jour en jour en un trouble inouï,

Devant ses pieds plus las fuir plus large son ombre.

Et c'est ainsi qu'après des angoisses sans nombre,

Eve, prise soudain de frissons inconnus.

Se coucha : la douleur étreignit ses flancs nus.

Adam vit s'accomplir à genoux sur la terre

Pour la première fois le sublime mystère.

Il leur vint un enfant. Et l'ayant dans leurs bras

Tour à tour, tous les deux se sentirent moins las.

Or, tandis qu'ils erraient de nouveau dans les plaines.

Le Dieu d'alors, avec ses passions humaines.

Se prit à regretter son œuvre de beauté,

La plus pure, la Femme ; et s'étant présenté

Tout à coup devant elle, à ses yeux seuls visible.

Enveloppé de foudre, adorable, terrible

Il lui dit : Quitte l'homme et reviens près de moi

Je veux rouvrir ton âme à Téternel émoi

Des extases, donner mes aurores pour voiles

A ta chair, et semer tes cheveux blonds d'étoiles.

Et — faisant apparaître aux regards éblou!8

De la Femme, PEden, plein de chants inouïs,

Où des anges charmants passaient les formes blanches.

Où la joie et Tazur croulaient en avalanches,

Il ajouta :

Choisis ou de l'humanité ur la terre ou du ciel pendant Téternité, Du Dieu qui t'a créée et qui t'a faite belle, Ou de rhomme chétif, éphémère et rebelle Qui te souille.

Elle, pâle, et le front incliné.

Regardait, hésitant*..

Soudain, le nouveau-né Fit entendre son doux cri d'enfant. Alors, Eve Tressaillit, comme on fait lorsque s'envole un rêve ; Et, levant ses yeux pleins de larmes, un moment Contempla le divin séjour, le firmament Radieux, le cristal des eaux, les champs de roses. Les fruits d*or, la splendeur ineffable des choses. Le lumineux éther, Tazur jamais terni.

Et les astres bercés dans un rhythme infini. Et Dieu lui-même; puis répondit :

— Je préfère Celui quim*a donné la gloire d'être mère.

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