LA REINE, MA BLANCHISSEUSE
A E. Gillet.
Ah! c'est toi, chameau! lui dis-je. Parbleu ! jeune callipyge, Depuis tantôt dix-sept ans Je t'espérais, pour te dire Que c'est bien fini de rire.
Avec mon linge. Il est temps.
« Tu peux le garder ton linge — Fit-elle — espèce de singe!
Je m'en fous, et... faudrait voir A me parler moins à l'aise, Car je suis, ne t'en déplaise La reine de mon lavoir. »
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Ah ! fichtre ! bouffre ! une reine !
Eh bien donc, ma souveraine, Je suis votre humble sujet.
Sa Majesté veuille croire Que me moquer de sa poire N'entre pas dans mon projet.
Mais dis-moi, ma pauvre fille,
Ornement de ta famille,
Pour être reine, tu n'en
Es pas moins ma blanchisseuse?
Et c'est à la blanchisseuse
Que je parle maintenant :
Écoute! de quoi me plains-je?...
Eh bien, de ce que mon linge Connaît le pire destin, S'effrite sous tes doigts roses, Et ne vit, comme les roses, Que l'espace d'un matin.
Regarde-moi ces chemises;
Je les ai quatre fois mises,
Elles ont tantôt vécu;
Et, sans les croire éternelles,
Je te livre des flanelles,
Tu me rends des torche-culs !
Mes mouchoirs sont tout en miettes.
Que dire de mes chaussettes!
Or, je voudrais bien savoir De quelle étrange lessive, Furieuse et convulsive, Tu te sers à ton lavoir?
Mais, si je fais des grimaces,
C'est surtout pour mes « limaces. »
Je me demande comment,
— Soit dit — entre parenthèses, —
Il se fait que tu m'empèses
Chacune différemment?
En voici, par exemple, une, Molle comme un clair de lune, Qui vous filtre entre les doigts ; Cette autre est une cuirasse, Du Moyen Age... De grâce, Répartis mieux ton empois.
A part ça, comme personne, Au fond, ne m'impressionne Autant comme fait un roi, Sinon pourtant une reine, Je n'ai plus, ma souveraine, Qu'à m'incliner devant toi.