‹ La muse au cabaretChapitre 122 sur 139 · LA REINE, MA BLANCHISSEUSE · texte numérisé non relu

LA REINE, MA BLANCHISSEUSE

A E. Gillet.

Ah! c'est toi, chameau! lui dis-je. Parbleu ! jeune callipyge, Depuis tantôt dix-sept ans Je t'espérais, pour te dire Que c'est bien fini de rire.

Avec mon linge. Il est temps.

« Tu peux le garder ton linge — Fit-elle — espèce de singe!

Je m'en fous, et... faudrait voir A me parler moins à l'aise, Car je suis, ne t'en déplaise La reine de mon lavoir. »

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Ah ! fichtre ! bouffre ! une reine !

Eh bien donc, ma souveraine, Je suis votre humble sujet.

Sa Majesté veuille croire Que me moquer de sa poire N'entre pas dans mon projet.

Mais dis-moi, ma pauvre fille,

Ornement de ta famille,

Pour être reine, tu n'en

Es pas moins ma blanchisseuse?

Et c'est à la blanchisseuse

Que je parle maintenant :

Écoute! de quoi me plains-je?...

Eh bien, de ce que mon linge Connaît le pire destin, S'effrite sous tes doigts roses, Et ne vit, comme les roses, Que l'espace d'un matin.

Regarde-moi ces chemises;

Je les ai quatre fois mises,

Elles ont tantôt vécu;

Et, sans les croire éternelles,

Je te livre des flanelles,

Tu me rends des torche-culs !

Mes mouchoirs sont tout en miettes.

Que dire de mes chaussettes!

Or, je voudrais bien savoir De quelle étrange lessive, Furieuse et convulsive, Tu te sers à ton lavoir?

Mais, si je fais des grimaces,

C'est surtout pour mes « limaces. »

Je me demande comment,

— Soit dit — entre parenthèses, —

Il se fait que tu m'empèses

Chacune différemment?

En voici, par exemple, une, Molle comme un clair de lune, Qui vous filtre entre les doigts ; Cette autre est une cuirasse, Du Moyen Age... De grâce, Répartis mieux ton empois.

A part ça, comme personne, Au fond, ne m'impressionne Autant comme fait un roi, Sinon pourtant une reine, Je n'ai plus, ma souveraine, Qu'à m'incliner devant toi.

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