‹ La muse au cabaretChapitre 16 sur 139 · LES DEUX TROTTOIRS · texte numérisé non relu

LES DEUX TROTTOIRS

A Gustave Babin.

Les marchands de vins songent à se mettre en grève, M. Cochery parlant d'augmenter leurs impôts.

Depuis qu'à travers la Grand'Ville Je vais musant et badaudant, Y semant mon cheveu, ma dent, Ainsi que ma liste civile;

Je m'étais toujours demandé Pourquoi tel trottoir d'une rue Voit se presser la foule drue, Tandis l'autre est moins fréquenté?

Vous l'avez comme moi, sans doute, Mainte et mainte fois remarqué; L'un est nombreux, animé, gai, L'autre est morne comme une route.

Sur celui-ci vous trouverez La moitié moins d'espèce humaine, On ne sait quel diable la mène... Les gens y passent affairés.

Sur celui-là, plus sympathique, Faut croire — on se tient volontiers, On y flâne des jours entiers, On s'arrête à chaque boutique.

A toute heure, et dès le matin, Vous y constatez la présence De figures de connaissance...

Enfin, il est un fait certain,

C'est cette absurde préférence De la foule pour un trottoir.

Je ne pouvais pas concevoir D'où venait cette incohérence.

Les deux trottoirs ne sont-ils pas D'une rue — à peu près semblables?

Aussi loûgs, aussi confortables?

Et propres aux mêmes ébats ?

Que leur ligne soit courbe ou droite, Tous les deux ne tendent-ils point Au même but, au même point?

A moins que mon esprit ne boite?

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