‹ La muse au cabaretChapitre 22 sur 139 · OUVRIER SANS TRAVAIL · texte numérisé non relu

OUVRIER SANS TRAVAIL

C'est pour eux, qui meurent de faim, Qu'il implore un léger service De votre bon cœur. Puis, enfin...

Il vient de sortir de l'hospice.

Pour que vous ne vous y trompiez, Il vous exhibe, probatoires, On ne sait quels crasseux papiers, Couverts d'illisibles grimoires.

Comme vous devez bien penser, C'est de la pure faribole; Mais, pour vous en débarrasser, Vous y allez de votre obole.

Et vous vous dites : « Après tout, S'il a vraiment faim? » C'est possible, En tout cas, il a soif surtout:

Je le jurerais sur la Bible.

Dès qu'il a de vous obtenu Quelques sous, à toute vitesse, Chez le premier bistro venu, Il court oublier sa détresse.

Pas 'plus tard que le lendemain, Et toujours à la même place, Il vous tend de nouveau la main, Étant en la même disgrâce :

Gomme la veille, c'est fatal, Il vous tient le même langage :

Il sort toujours de l'hôpital, Il est encore sans ouvrage.

La première fois qu'on le voit, On lui donne, aussi la deuxième, Mettons la troisième... Mais, quoi!

Tu lui dis, à la quatrième :

c — Non, mon vieux, pas de boniment Ne me prends pas pour une poire.

Si tu veux des sous, franchement, Dis-moi que c'est pour aller boire...

« Et tu les auras. Les voici.

Mais, vois comme il faut que je t'aime,

Car je suis bien capable aussi

De les aller boire moi-même. »

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