‹ La muse au cabaretChapitre 23 sur 139 · GLOSE SUR 8 VERS DE FALLIÈRES · texte numérisé non relu

GLOSE SUR 8 VERS DE FALLIÈRES

A Emile Lutz.

f< Le feuillage le plus joyeux,

« A la plus merveilleuse ligne,

« Au contour le plus gracieux,

(( C'est celui qui pousse à la Vigne.

« Le breuvage le plus vermeil,

a Le plus cordial, le plus digne,

« Est celui que le gai soleil

(( Nous prépare au fruit de la Vigne. »

Le présidant Fvllières.

Si je m'en rapporte à mes yeux, C'est à la Vigne, don céleste !

Qu'appartient, encor que modeste, Le feuillage le plus joyeux.

En outre, et sans que je barguigne, J'ajoute, vigneron têtu, Que cet excellent « bois tortu »

^1 la plus merveilleuse ligne.

Je la préfère — disons mieux — Au plus plaisant galbe de femme.

Et Dieu sait pourtant, ô mon âme!...

Au contour le plus gracieux.

Des fruits dont la terre bénigne Nous comble si royalement, Le meilleur, à mon sentiment, C'est celui qui pousse à la Vigne.

Inégalable, sars pareil, C'est lui qui, pressé dans la tonne, Nous do*me, au retour de l'automne, Le b) euvage le plus vermeil,

Le Vin! Le reste est jus de guigne.

Le Vin, qui fait, de nous Français, Ce peuple qui rime à succès, Le plus cordial y le plus digne.

Aucun élixir, jeune ou vieil, Près du Vin, ne vaut qu'on le nomme.

Le seul nectar digne de l'homme Est celui que le gai soleil,

Depuis Suresnes jusqu'à Digne, En passant par mon « Loupillon »

Son patelin d'élection Nous prépare au fruit de la Vigne !

BAPTÊME DU « METEOR »

A Paul de Scellier.

Miss Roosevelt, accompagnée du prince Henri de Prusse, le parrain, cassa la bouteille de Champagne « allemand » sur le flanc du navire, en disant ; « Je te baptise Meteor. »

Je la vois d'ici, la marraine, Vraie altesse républicaine, Svelte et fine comme un glaïeul, Près de son lourdaud d'Allemagne, Cassant la fiole de Champagne Sur le flanc du yacht, son filleul.

Je l'entends prononcer, de même,

La formule de ce baptême,

D'une voix — je veux croire en or,

Et dans son spécial idiome :

« Au nom de l'empereur Guillaume,

Je te baptise « Meteor » !

5o LA MUSE AU CABARET.

Ah! ah! le beau foutu baptême Que voilà! Je dirai, que même Jamais aux chais de nos Bercy On n'en a « commis » d'aussi moche.

Car, si le parrain. était boche, Le Champagne l'était aussi !

Des esprits fols et chimériques, Si nombreux dans les Amériques, Diront : « Qu'est-ce que cela fout?

Du moment que ledit Champagne, Qu'il vînt de France ou d'Allemagne, N'était pas pour boire, après tout? »

Vous en parlez bien à votre aise.

Hé ! messieurs, ne vous en déplaise, Puisque le vin est adopté Pour ce baptême symbolique, Il le faut choisir « catholique », Sans quoi, c'est un geste raté.

Et puis, monsieur, et vous, madame, Un navire! C'est, corps et âme, Quelqu'un. Et, ce « Meteor »-ci 1 dû tressaillir sur sa quille, Comme frappé d'une torpille, De se voir baptiser ainsi!

LE BAPTEME DU (( METEOR ». 5l

Qu'en penses-tu, Scellier, mon brave?

Est-ce que jamais dans ta cave Entra du Champagne allemand?

Admets -tu celte marchandise?

Non... mais, vois-tu qu'on nous hantise Avec un pareil lavement?.

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