‹ La muse au cabaretChapitre 26 sur 139 · DISTIQUE ÉTRUSQUE · texte numérisé non relu

DISTIQUE ÉTRUSQUE

A Emile Bergerat.

M. Martha, des Inscriptions et Belles-Lettres, vient de traduire un Distique étrusque.

Vous saviez, n'est-ce pas? que jusque A ces jours- ci, la langue étrusque Laissait à ce point interdits Nos savants les plus érudits, Qu'elle n'était, à les en croire, Qu'un indéchiffrable grimoire,

— « Nous sommes pourtant — disaient-ils —

Des polyglottes fort subtils

Et d'incomparables linguistes;]

Il n'est a sabir » qui nous résiste ;

Nous avons la prétention,

Nous autres, des « Inscriptions »,

De pénétrer toutes les langues,

Les plus mortes, les plus exsangues,

Et l'on nous doit quelque crédit,

Si donc cet étrusque maudit,

En tant que langue nous échappe,

Nous pouvons, sans risquer beaucoup,

Affirmer qu'il n'est qu'un attrape-

INigaud, inventé, tout d'un coup,

Par une folle créature,

Pour donner de la tablature

A tous les lettrés à venir. »

Ainsi parlaient nos polyglottes,

Sans plus de ce jargon languir

Que de leur première culotte.

Ils s'en tenaient là, quand voilà

Qu'à leur réunion dernière

Sous la Coupole familière,

L'un d'eux, dil : «. Messieurs, halte là!

Je viens de traduire un distique

De ce langage étrurien.

Il n'a rien d'apocalyptique,

De Mallarméen... Aussi bien,

Admirez ce qu'il signifie,

En sa douce philosophie :

« Le Vin, pour noyer le chagrin Est un remède souverain ».

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