‹ La muse au cabaretChapitre 43 sur 139 · VIVE L EAU · texte numérisé non relu

VIVE L EAU

Sans eau, que deviendrait la Vigne?

— Vive la Vigne I mes amis. — Hien que d'y penser, j'en blêmis, Et du même coup je me signe.

Sans eau,, l'on verrait avant peu Ses gracieuses branches tortes, Ainsi que des couleuvres mortes Se vider sous un ciel de feu.

Sans eau, plus de rouges automnes !

Partout en France, c'est la nuit.

Plus de vendanges! tout est cuit.

Plus de vin chantant dans les tonnes !

Adieu les fastueux coteaux, Pourpre et or ainsi que des chapes!

Autour des ceps non plus de grappes Que sur des manches de couteau.

Plus de cabarets sous les treilles !

Et que boiriez- vous, dites-moi, Ivrognes de malheur? Et quoi Mettriez-vous dans les bouteilles?

Crions donc en chœur : Vive l'eau!

L'eau dont le bon Soleil lui-même Consent à faire son carême, Pour nous la rendre en picolo.

OftaviensiL

Vive l'eau courante des fleuves !

L'eau qui sommeille au fond des puits,

La rosée intime des nuits,

La pluie animant les fleurs neuves!

Vive l'eau des lacs, des ruisseaux!

L'eau des fontaines, l'eau des sources, Où, la nuit, vont boire les ourses, Et, le jour, les petits oiseaux !

Vive l'eau, là-bas, vers les saules,

Qui baigne avec amour les lis

Et les roses de nos Philis.

C'est même un de ses plus beaux rôles.

Oui, que l'eau vive à tout jamais !

Je sais qu'elle se meurt de honte D'être l'eau, mais au bout du compte, La malheureuse n'en peut mais.

Il faudrait être plein de vice Pour ne la point prendre en pitié.

Moi, qui ne l'aime qu'à moitié, Comme elle rend quelque service,

• Je jure sur mon lavabo, Devant le Seigneur qui m'écoute, D'en boire parfois une goutte, Quand il pleuvra sur mon tombeau.

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