‹ La muse au cabaretChapitre 44 sur 139 · LE VIN SUISSE · texte numérisé non relu

LE VIN SUISSE

Les Anglais auraient résolu de ne plus acheter de vin chez nous, et de s'adresser à la Suisse,

Il paraîtrait que les Anglais, Dont on connaît la tempérance, Pour se venger de nos pamphlets, Ne veulent plus des vins de France

Ni Bourguignon, ni Bordelais.

Je veux que m'emporte le Diantre, S'ils ne boudent pas leur palais, S'ils n'en veulent point à leur ventre.

Nos vins généreux et subtils, Ils vont nous les laisser pour compte, Ils ne boiront plus — disent-ils — Que du Vin Suisse, à notre honte,

Je ne sais si vous avez bu Jamais du vin de l'Helvétie, Ou seulement même entrevu ?

Quant à moi, je vous remercie...

N'en déplaise au docteur Pelet, Qui l'insinue à ses victimes, C'est un vin quelconque, incomplet, Sans nulles qualités intimes.

Il est lunaire, sépulcral, Et de dégustation brève; Aussi vague que l'amiral Croisant sur le lac de Genève.

C'est à boire du « Cortaillod »

Et du « Yinzel » et de Y « Yvornc »r Peut-être bien qu'Edouard Rod Est, en somme, un auteur si morne.

C'est grâce à son vin malplaisant Que la Suisse est pauvre en esthètes, Et qu'on trouve si peu d'accent Aux meilleurs chants de ses poètes.

(Extrait d'un journal suisse.)

Monsieur Ponchon, dans son « Journal »

Dénigre les vins Helvétiques.

Il faut croire que l'animal

N'en a jamais bu d'authentiques.

LE VIN SUISSE. io3

Il plaisante le « Dézaley »

Et se gausse de nos « Yvornes ».

Qu'il vienne donc dans nos caveaux, Tàter un peu de nos bouteilles.

Il verra bien si ses Bordeaux Valent le nectar de nos treilles,

Il jugera si nos « Cully »

Méritent ses calembredaines

Et je l'attends aux clairs « Vinzel »

Aux « Fécby », au doux « Villeneuve ».

C'est ce vin-là, méchant vantard, — On en garde ici souvenance — - Qui jadis sauva vos lignards Par FAllemand chasses de France.

(Tissot. Lausanne.)

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