‹ La muse au cabaretChapitre 52 sur 139 · LA QUESTION CULINAIRE · texte numérisé non relu

LA QUESTION CULINAIRE

A Jean Bouchor.

Le Tsar est de tous les souverains celui qui paie le plus cher son cui-

II a raison, le petit père.

Il ne saurait, qui peut le faire, Payer trop cher son cuisinier.

De tous les serviteurs, j'estime, Le premier, le plus légitime, C'est assurément ce dernier.

Toujours la cuisine fut chère

Aux cœurs bien nés. La bonne chère

Plaît aux Dieux. Et, les malheureux

Qui ne s'en soucient sont des oies,

Méconnaissant une des joies

De ce monde. Tant pis pour eux.

Il6 LA MUSE AU CABARET.

Etre grossier — va-t-on me dire — Que la gastronomie attire!

Pardon!... Je ne prétends pas qu'il Faille faire un dieu de son ventre, On ne doit pas, non plus, que diantre Le traiter comme un seigneur vil.

Pourquoi faudrait-il que je fisse

Le ridicule sacrifice

De mon goût? Pourquoi de mon goût?

Il a même voix au chapitre,

Et m'intéresse au même titre

Que mes autres sens, après tout.

Qu'un savant, tout à ses problèmes, Comme un poète à ses poèmes, Ne mangent que pour le « besoin »

Ils n'en font pas moins leur ouvrage?

Mais ils en feraient davantage S'ils mangeaient avec plus de soin.

Oh! cette indifférence atroce

De gens qui soignent leur carrosse,

Et ne s'attardent du tout pas

A ce qu'ils mangent ou qu'ils boivent;

Et qui, de ce fait, ne conçoivent

En quoi consiste un bon repas!

Page 1