‹ La muse au cabaretChapitre 55 sur 139 · LE JOURNAL COMESTIBLE · texte numérisé non relu

LE JOURNAL COMESTIBLE

Le soir, il se pourrait que la faim me minât.

Avant que je me couche, Alors, je souperai d'un peu de Femina :

Ça, pour la bonne bouche.

Sans compter, qu'une fois le principe trouvé,

Vous verrez tout à l'heure, Un journal succulent, raffiné, relevé

D'encre supérieure.

Après qu'il l'aura lue, un chacun mangera

Telle ou telle rubrique :

La Chambre, les échos, les sports, et caetera...

Les nouvelles d'Afrique...

Il est bien évident que pour le bon bourgeois,

Un article de tête, Signé d'un nom connu, sera morceau de choix,

Une chère parfaite.

Madame, au feuilleton trouvera son profit,

Quelle qu'en soit l'usine.

Les annonces, les chiens écrasés, les on-dit...

Seront pour la cuisine.

Pour les repas de corps, les noces, les festins, La Revue des Deux Mondes

Peut en boucher deux coins aux pires intestins, Ou le Ciel me confonde!

L'Officiel aussi sera là pour un coup, Qui coûte cinq centimes,

Et saurait apaiser cinq appétits de loup, Et plus, à mon estime.

Que vous dirai-je encorP... Remarquez bien aussi

Que les propos de table Seront plus imprévus. Déjà, j'entends d'ici

L'amphitryonne aimable

Dire à son invité : « Mais vous ne mangez pas,

Vous êtes donc malade?

Vous savez, nous n'avons que ces roses Débats

Avec une salade. »

Et l'invité : « J'ai bien dîné, je vous promets.

La chère fut exquise.

Tenez, je mange encor ce bout d'article, mais,

C'est pure gourmandise. »

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