‹ La muse au cabaretChapitre 56 sur 139 · ALLIANCE FRANCO-RUSSE · texte numérisé non relu

ALLIANCE FRANCO-RUSSE

A Paul Verola

Étant à la table d'hôte D'un hôtel très fréquenté Sur je ne sais quelle côte Où l'on se baigne l'été,

Ma surprise fut extrême

Quand, tout de suite, je vis

Que beaucoup mieux que moi même

Mes voisins étaient servis.

Un sinistre majordome Leur passait les fins morceaux, Tandis que ce diable d'homme Me refilait tous les os.

Si j'attrapais quelque miette, Ce n'est qu'en catimini.

Mais il prenait mon assiette, Avant que j'eusse fini.

Je pensais : c'est un usage Qui ne m'était pas connu, De faire mauvais visage Au dernier client venu.

On veut peut-être, ô mystère!

Devant que de l'accueillir, Lui tâter le caractère, Le laisser un peu vieillir.

Je n'y prêtai, je dois dire, Davantage attention, Etant plus enclin à rire, En pareille occasion.

Plus tard, quand je dus inscrire, Au livre des voyageurs, Mon nom de très pauvre sire, Je demeurai tout songeur :

Avec une véritable Stupéfaction j'appris Que tous mes voisins de table Etaient des clients — de prix,

Page 1