CONTE DE CARÊME
Bah ! — dis-je — c'est sans importance. C'est au petit bonheur, je pense.
Aujourd'hui, je n'en ai que sept...
Demain, j'en aurai huit, qui sait?...
Peut-être même davantage, Si ce n'est six, pour tout potage.
A mon grand étonneraient, j'eus, Le lendemain comme la veille, Sept pruneaux baignés dans leur jus.
Et pendant sept ans, ô merveille I — J'en jure les Dieux infernaux — Je n'eus jamais que sept pruneaux!
C'était son chiffre symbolique, A cette femme — fatidique; Elle vous comptait sept pruneaux, Comme elle aurait fait, somme toute, Mettons... sept péchés capitaux...
Sept merveilles aussi, sans doute, Sept sages de la Grèce encor, Ou sept chefs devant Thèbes?...
Or, Un vendredi saint, à ma table, Je m'aperçus qu'un pauvre diable Venait de manger, comme moi, Des pruneaux. Quel fut mon émoi, En constatant, sur son assiette, Huit noyaux! C'était bien beaucoup :
Pensez, si je faillis, du coup, M'étrangler avec ma serviette !
Car, évidemment, huit noyaux
— -nblaient indiquer huit pruneaux,
— a Je vois bien, monsieur. — hasardai-je Que la patronne vous protège...
— Oh! non — fit-il. — C'est que l'un d'eux • ait pas un noyau, mais deux, n
. la patron M'en servit huit. Simple mal
is bien huit, car sur met Je les comptai jusq o
;e qu'elle devenait folle
dit à croire, rna parole!
Huit pruneaux à la portion!
Eh bien, et la traditi
rigueur... encor pass:
Mais huit, ça lit cocasse.
Comme aussi fait pour in'étonner. . .
Enfin, je payai mon dir- Et m'en allai, la mort dans l'âme, En songeant à la pauvre femme.
Le lendemain, quand je revins Chez cette marchande de vins,
pris, par un mot sur la porte.
Que dans la nuit elle était mor tu à dire à cela y it moi, je que j'en pei>
c/. bien que ce n'est pa- Une simple coïncidence.