‹ La muse au cabaretChapitre 77 sur 139 · LES POIRES DU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LES POIRES DU LUXEMBOURG

Ils sont entourés de grillages, (Je parle des fruits) de papier...

Pour que les guêpes, les orages Ne puissent les estropier.

De plus, des jardiniers farouches, Du matin au soir embusqués, Vont épiant tous regards louches Et tous gestes un peu risqués.

Mais vous voudriez bien connaître

Où vont ces fruits quand ils sont mûrs ?

On les laisse pourrir peut-être,

Le long des espaliers, des murs?...

Pas du tout... Qu'est-ce qu'ils deviennent Alors? Vous plaît-il d'y songer?

Ces superbes fruits qui contiennent Autant à boire qu'à manger.

Vous croyez, ô contribuables ! Sans vous fatiguer à chercher, Qu'on les donne à de pauvres diables Qui n'ont jamais rien à mâcher...

Ou même, que la République, Farce à ses heures volontiers, S'en sert pour flanquer la colique Aux enfants des humbles quaitiers...

Ce serait trop beau! Mais sans doute, C'est à quoi l'on pense d'abord.

Et bien, c'est faire fausse route.

Ces fruits ont un tout autre sort.

Ils vont chez de grands dignitaires, Etant nommément destinés A ces messieurs des ministères, Aux fins d'égayer leurs dîners.

Ces « duchesses » et ces « calvilles Sont pour ces rongeurs, ces lapins ; Quant à nous, multitudes viles, Ils nous repassent les pépins.

Et pourtant, avec la galette, Sotte France ! que tu leur sers, Ils pourraient, sans faire de dettes, Se payer des fameux desserts.

Las ! nous raisonnons, pauvres hommes.

Trop vite — c'est notre défaut.

Ce sont précisément ces pommes, Ce sont ces poires, qu'il leur faut !

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