‹ La muse au cabaretChapitre 78 sur 139 · POUBELLES DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

POUBELLES DANS LE BOIS

A Jean Slevens.

Un fanatique du bois de Boulogne propose de disposer çà et là des boîtes à ordures, afin que le pnblic puisse y jeter ses papiers gras et détritus de toute sorte.

C'est cela. Compte sur tes boites, Mon ami, pour sauver le Bois.

Surtout, qu'elles soient adéquates A leur objet, et de boa poids 1

Quelle candeur ! ma vieille branche.

Sais-tu pas que les Parigots, En particulier — du dimanche — Sont d'incurables saligauds.

Ouvrier, bourgeois ou satyre,

Enfin, en général, tous ceux

Que la belle nature attire,

Sont des seigneurs, hors de chez eux,

Quand ils vont déjeuner sur l'herbe, Ils se moquent bien, après tout.

En leur sérénité superbe, De semer leurs déchets partout.

Ils font comme le Shah de Perse, Quand il dîne chez ses cousins, Lequel nonchalamment disperse Ses os rongés sur les voisins.

Ils savent bien que des ilotes, A l'aube, dès le lendemain, Munis de crochets et de hottes, Viendront, et dans un tour de main,

Glaneront toutes les ordures Qui déshonorent le gazon, Et repeigneront la verdure.

Ils y comptent. Ils ont raison.

Et tu peux leur mettre des boîtes Un peu partout, ici et là, Dès qu'ils en verront une à droite, Ils iront à gauche. Et voilà !

Mais, j'admire fort ta constance, Si tu crois qu'ils feront un pas, Pour aller porter à distance Les détritus de leur repas.

Page 1