‹ La muse gauloiseChapitre 21 sur 60 · SAINT AMANT · texte numérisé non relu

SAINT AMANT

Sonnet

Entrer dans le bordel, d'une démarche grave. Comme un coq qui s'apprête à jouer de l'ergot ; Demander Jeanneton, faire chercher Margot, Ou la jeune bourgeoise, à cause qu'elle est brave ;

Fureter tous les trous, jusqu'au fond de la cave, Y rencontrer Pierrette, et daubant du gigot. Danser le branle double, au son «lu larigot, Puis y faire festin d'une botte de rave ;

N'y voir pour tous tableaux, que quelque vieux rébus, Ou bien quelque almanach qui sema ses abus. L'an que Pantagruel déconfit les andouilles ;

Et du haut jusqu'au bas, poyr tous meubles de prix Qu'une vieille paillase, un pot et des quenouilles. Voilà le passe-temps du soudard de Cypris.

Sonnet

Me voyant plus frisé qu'un gros comte allemand Le teint frais, les yeux doux, et la bouche vermeille. Tu m'appelles ton coeur, ton âme, ta merveille. Et me veux recevoir pour ton plus cher amant.

Tu trouves mon maintien si grave et si charmant, Tu sens à mes discours un tel goût en Foreille, Que tu me veux aimer d'une ardeur non pareille, Où désormais ta foi sera le diamant.

Pour me donner un nom qui me soit convenable, Cloris, ton jugement est plus que raisonnable. Quand tu viens m'appeler im miroir à putains.

Je n'en refuse point le titre ni l'usage :

Il est vrai, je le suis, tes propos sont certains,

Car tu t'es bien souvent mirée en mon visage.

Sonnet

Je viens de recevoir une belle missive De la nymphe qui prit mon âme au trébuchet. Et qui scellant mon cœur de son divin cachet Y voulut imprimer son image lascive.

Il me fâche déjà que cette heure n'arrive Où je dois embrasser sa taille de brochet,. Et jamais vérole, tapi dessous l'archet. En suant ne trouva l'horloge si tardive.

Phoebus, va-t-en soûler tes paillards appétits

Dans les bras amoureux de la belle Thétis :

Elle se plaint qu'au ciel trop longtemps tu demeures.

Nuit, couvre l'univers de ton noir balandran Et puisque j'ai le mot justement à six heures. Amour, conduis Taiguille, au milieu du cadran.

L'énamouré

Parbleu, j'en tiens, c'est tout de bon.

Ma libre humeur en a dans l'aile

Puisque je préfère au jambon,

Le visage d'une donzelle.

Je suis pris dans le doux lien

De l'archerot italien.

Ce dieutelet, fils de Cyprine,

Avec qui, son arc, nii^courbé,

A féru ma rude poitrine,

Et m'a fait venir à jubé.

Mon esprit a changé d'habit.

Il n'est plus vêtu de revêche,

Il se raffine et se fourbit

Aux yeux de ma belle chevêche.

Plus aigu, plus clair et plus net

Qu'une dague de cabinet,

Il estocade la tristesse.

Et le chassant d'autour de soi

Se vante que la politesse

Ne tïiàxche plus qti'avecque moi.

Je me fais friser tous les jours,

On me relève la moustache

Je n'entrecoupe mes discours.

Que de rots d'ambre et de pistache ;

Tài fait banqueroute au pétmi (tâbàe)j

L'excès du vin m'est importun.

Dix pintes par jour me suffirent ;

Encore, ô falote beauté,

Dont les regards me déconfisent,

Est-ce pour boire à la santé !

Sannet

Avoir vingt ou trente ans naqueté les bordeaux ; Avoir été cent fois dans la bouillante fonte ; Contrefaire la vierge, et n'avoir pas de honte, De se faire fourbir entre quatre rideaux ;

Se parer un beau jour d'accoutrements nouveaux. Puis chacun regarder sans de nul faire conte ; A chicaner l'écu, fort diligente et prompte, Avant que d'endurer qu'on joue des couteaux ;

Avoir le feu au c..., et faire la rebelle ;

Vendre une vierge à cent, s'elle est un peu pucelle,

Puis quand elle a dix ans, l'abandonner à tous.

En donner aux faquins s'ils ont argent et somme, Vouloir autant d'écus, comme on le fait de coups, Sont les perfections des Signores de Rome.

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