‹ La muse gauloiseChapitre 36 sur 60 · PIRON · texte numérisé non relu

PIRON

La pube

Au dortoir,

Siu* le soir,

La sœur Luce, En ciieiuise et sans iiiouclioir.

Cherchait du blanc au noir, A surprendre une puce.

A tâton.

Du téton

A la cuisse, L'animai ne fait qu'im saut, Ensuite, un peu plus haut

Se glisse Dans la petite ouverture.

Croyant sa retraite sûre.

De pincer

Sans danger

Il se flatte, Luce, pour se soulager Y porte un doigt léger

Et gratte ;

En ce lieu.

Par ce jeu,

Tout s'humecte; A force de chatouiller.

Venant à se mouiller.

Elle noya l'insecte.

Mais enfin

Ce lutin

Qui rend l'âme.

Veut faire xm dernier efifort Luce, grattant plus fort

Se pâme.

Les deux rats

Au bon vieux temps, lorsque Berthe filait.

Et que mainte bête parlait, Mieux que ne font nos docteurs en Sorbonne,

On dit que certaine mitronne,

Un soir, corne elle pétrissait, Se sentit vivement mordre par une puce,

Sur le bord d'un certain endroit.

Par où l'ermite frère Luce Fit croire que d'agrès un pape sortirait.

Sur-le-cbamp la mitroime adroite

Surprit cette puce indiscrète.

La prenant, le col lui tordit.

Puis après sa besogne faîte, Auprès de son mitron, elle se mit au lit.

Or, quand la puce elle avait dénichée, La pâte de ses doigts qui s'était attachée Aux pltunes de l'oiseau que je ne nomme pas.

Attira dans le lit deux rats

Dont le nez fin l'avait flairée,

En tapinois venus pour en tâter.

Ils commençaient à grignoter.

Quand le mitron, sentant sa pâte bien levée.

Se mit en devoir rf'enfouraer.

Les rats, le voyant se tourner,

L'un étourdi de peur, tremblant, tête baissée. Dans le plus prochain trou brusquement se jeta.

Et l'autre, auprès, tapi, resta.

Le mitron, besogne achevée,

Se recoucha sur le côté.

Les prisonniers en liberté S'enfuirent au grenier, à leur gîte ordinaire.

Les voilà se questionnant

L'un à l'autre, se deiuiindanl

Comme ils s'étaient tirés d'affaire :

« Moi, dit l'un, j'ai donné dedans le pot au noir :

Je ne crois pas qu'on puisse avoir

Une plus risible aventure.

Je me suis fourré dans un trou.

Où j'ai cru ma retraite sîire.

Mais le mau-dit mitron m'a bourré tout son saoul. Avec je ne sais qu'il poussait, à mesure

Que pour sortir, je voulais avancer.

Il m'a cogné le nez et m'a fait le tapage,

Tant que, lassé du badinage,

Ce gros et long je ne sais quoi,

Prenant enfin congé de inoi.

M'a craché par mépris au milieu du visage.

Le vilain m'a presque aveuglé.

— Et moi, dit l'autre tout troublé,

Dans l'encoignure dune cuisse

Sans grouiller, m'était (cantonné, Témoin impatient d'un si fort exercice,

Pendant qu'il le cognait le nez.

Avec sa cheville ouvrière,

Qui te causait tant de souci.

Deux boules qui pendaient à son chien de derrière Sans cesse, allant, venant, cognaient mon nez aussi. »

Le mari raisonnable

Roland, allant faire voyage, Laissa son épouse à Paris ; Elle, usant du droit de veuvage.

Pour un, retrouva dix maris.

A son retour, en homme sage, Roland, loin de faire tapage, Comme tant d'époux convaincus Par leur faute de cocuage, Dit, l'exploitant de grarxd courage « Ali ! que je fais là de cocus ! y)

t t -ï Rondeau

L'aimable cul de Briséis N'a point de pareil, ni de prix.

Plus rond qu'une boule d'ivoire, Le croira qui voudra le croire.

J'en ai presque mes sens ravis;

Mon coeur de joie en est épris ; Et j'ai toujours dans ma mémoire L'aimable cul.

Celui de la reine des ris, Mille fois blanc que les lis.

Couronné de grâce et de gloire N'est pas si vanté dans l'histoire Que le sera dans mes écrits L'aimable cul.

Epigramrne

Uu couple amoureux s'exerçait Au jeu d'amour dans un bosquet, Croyant n'avoir que les dryades Pour témoin de ses accolades.

Au plus fort du trémoussement, Quelqu'un parut : « Ha, dit l'amant.

Fuyons ! — Nenni, répond la belle, Va ton train. — Mais on nous verra.

— Eh ! qu'importe, répliqua-t-elle.

Je ne connais point ces gens-là ! »

Le frère et la sœur

« Mon clier frère, disait Sylvie,

Si tu quittais le jeu, que je serais ravie !

Ne le pourras-tn pas abandonner un jour ?

— Oui, ma sœur, j'en perdrai l'envie.

Quand tu ne feras plus ramoin-.

— Va, méchant, tu joueras tout le temps de ta vie. y)

La perruque du curé

La nuit, un coche ayant versé,

On tomba les ims sur les autres.

Chacun se crut le cou cassé

Et dépêchait ses patenôtres.

Dans l'entre-deux d'un gros fessier,

Un curé fut pris par la nuque.

Il retira sou chef entier,

Mais il y laissa sa perruque ;

Il la cherclie en l'obscurité.

Une dame, fort étonnée,

Se plaint de sa témérité :

« Monsieur, suis-je assez tâtoinnée ?

Le curé s'excusa beaucovip.

Et pour apaiser son murmure,

Lui dit : « Je la tiens pour le cou[>,

Car j'ai le doigt dans la tonsure. »

L'i grec

Marc, une béquille avait Faite en fourche, et de manière Qu'à la fois elle trouvait L'œillet et la boutonnière.

D'une indulgence plénière.

Il crut devoir se munir.

Et courut, pour l'obtenir.

Conter le cas au Saint-Père, Qui s'écria : u Vierge mère !

Que ne suis- je ainsi bâti !

Va, mon fils, b..., prospère, Gaudeant hene nati. »

Le mal d'aventure

Alison se onourait <1 uu mal

Au bout du doigt, mal d'avcnlure :

« Va trouver le père Pascal,

Lui dit sa sœur, et plus n'endure.

Ses remèdes sont excellents.

Il te guérira, je t'assure.

Il en a pour les maux de dents.

Pour l'écorcliure et pour l'enflure.

Il fait l'onguent pour la brûlure.

Va donc sans attendre plus tard,

Le mal s'accroît, quand on recide.

Et donnedui le bonjour de ma part. »

Elle va, frappe à la cellule

Du révérend frère Frappart.

« Bonjour, mon frère. Dieu vous gard,

Dit-elle, ma sœur vous salue,

Et moi qui suis ici venue,

Lasse à la lin de trop souffrir.

Mais ma sœur vient de me promettre

Que vous voudrez bien nie guérir

Un doigt qui me fera mourir ;

Non, je ne sais plus où le mettre.

— Mettez, dit Pascal, votre doigt.

Les matins, en certain endroit

(^ue vous savez. — Uélas, que sais- je

Dites-le luoi, frère Pascal,

Tôt, car mou doigt me fait gran<l mal.

— O ! l'iunoceute créature !

Avez-vous la tête si dure ?

Certain endroit que connaissez ; Puisqu'il faut que je vous le dise.

C'est l'endroit par où vous pissez.

Eh bien, m'entendez-vous, Alise ?

— Mon frère, excusez ma bêtise.

Répond Alix, baissant les yeux.

Suffit, j'y ferai de mon mieux ; Grand merci pour votre recette ; J'y cours, car le mal est pressé.

— Quand votre mal sera passé, Venez me voir, Alisonnette,

Dit le frère, et n'y manquez pas. »

Soir et matin, à la renverse.

Elle met remède à son mal.

Enfin l'abcès mûrit et perce.

Alison, ravie, va soudain Rendre grâce à son médecin Et du remède spécifique, Lui vante l'étonnant succès.

Pascal, d'un ton mélancolique, Lui repart : « Un pareil abcès Depuis quatre jours me tourmente.

Vous seriez ingrate et méchante.

Si vous me refusez le bien Que vous avez par mon moyen.

Alix, j'ai besoin de votre aide, Puisque vous portez le remède.

Qui sans faute peut me guérir.

Eh quoi ! me verrez-vous mourir

Après vouâ avoir bien guérie ?

— Non, dit Alix, non sur ma vie, Je ferais un trop grand péché

Tel crime... allez donc, je vous prie.

Guérissez-vous, frère Pascal,

Approchez vite votre mal. »

A ces mots, Dom Pascal la jette.

Sans marchander, sur sa coiichette,

L'étend bravement sur le dos.

Et l'embrasse. « Oh Dieu qu'il est gros.

Dit Alix ; quel doigt ! eh ! de grâce

Arrêtez... Je le sens qui passe.

— Ma chère Alix, attends un peu.

Je me meurs, souffre que j'achève.

— Ah ! répond Alix, tout en feu.

Vous voilà guéri, l'abcès crève. »

Sonnet

Pour éviter l'ardeur du plus grand jour d'été, Catin dessus un lit dormait à demi luie. Dans un état si beau, qu'elle eût même tenté L'humeur la plus pudique et la plus retenue.

Sa jupe perxnettait de voir en liberté

Ce petit lieu charmant, qu'elle cache à la vue.

Le centre de l'Amour et de la volupté,

La cause du beau feu (jui m'enflamme et me tue.

Un si sensible objet, en C€tte occasion, Bannissant mon respect et ma discrétion. Me fit i'..tre à l'instant cette belle doameuse.

Alors, elle s'éveille à cet effort cliarmant.

Et s'écrie aussitôt : « Ah ! que je suis heureuse !

Les biens, comme l'on dit, me viennent en dormant î »

La Juste Plainte

La mariée, au saut du lit jasait Sur l'instrument de la paix du ménage.

Et discourant du marié disait :

« De son fétu neuf pouces sont Tannage. Neuf sont en gros. Quelle honte à son âge; Car entre nous, il a viiigt ans et plus. Et notre ânon, qui n'a pas davantage Que dix-huit mois, porte lui bon tiers de plus !

Le Florentin

Avec sa chèvre, un Florentin Fut surpris dans un cas vilain.

D'abord on saisit le coupable Avec sa chèvre misérable :

Brûlé sur l'heure. « Ah ! monseigneur,

Criait notre homme tout en pleurs,

Daignez m'écouter, je vous prie;

Je ne l'ai pas fait méchamment.

Je voulais faire seulement

Un monstre pour gagner ma vie ! »

Le jubilé

Au jubilé, comme sage.

Je voulais, selon l'usage,

Faire mes dévotions.

Suivant l'ordre du Saint Père,

Je me dépêchais de faire

Trois ou quatre stations.

J'allais d'église en église.

Quand d'un air tout de franchise.

Une gneuse m'aborda :

A cette attaque imprévue.

D'abord je baissais la vue.

Mais le diable me tenta.

ElJe me co-nduit chez elle,

Kt je fus de la donzelle.

Passablement régalé.

Si bien, qu'en cet exercice.

Je perdis le jubilé

Ft gagnai la ch,.-p„s8e.

Impromptu

Piron passait dans la rue pendant un gros orage et était très mal équipé ; deux dames, le voyant dessous un balcon, lui demandèrent des vers sur le temps ; il leur adressa cet impromptu :

Vous du haut du balcon

Qui riez de ma misère,

S'il pleuvait du jus de co...ons,

On vous verrait sous la gouttière.

Epigramme

Aux pieds d'un vieil ermite, un jeune adolescent Le carême dernier, dit en se confessant.

Que par un accident sinistre.

Dont il avait bien du regret,

Il avait trois fois en secret p

F... la femme d'un ministre.

Alors, le bon ermite, homme plein de savoir. Lui dit : « F... une femme est lin crime bien noir.

Quand c'est celle d'un catholique.

Lorsqu'on s'en dit coupable, à l'instant, je frémis.

Mais pour celle d'un hérétique.

Bougre, c'est autant de pris sur l'ennemi. »

La Muse Gaui^oise 223

Le pieux souhait

La Miuliiiiùre, aux pieds d'iiii capiieii),

Se coulcssait qu'uii jeune iioniiaiu

L'avait prié de l'amoureuse affaire.

« Le liles-vous ? — Ncnni, <\c par Saint l*jei rc

Je ne nie suis* souillé de tels forfaits.

— Dieu d'Iéraëi, dit le révérejid père,

Conduis ce gibier dans mes rèls.

l'uis tu verras, si je n'ose le faire ! «

Complies

Lji (Jor^lelier faisait 1 œuvre de ciiair, l'A s'éhatUiit c» festoyant sa mie.

Son compagnon lui dit : a Frère très elier. 11 faut pourtant aller ehantrer Complies, » Lors le pater dit : ce Parhlen, je m'oublie Sus, liant le eul, dépêchons-nous, Gogo, Je revien^ilrai si Dieu me prêle vie, Dès (pie j'aurai chanté J'antitni crgo ».

226 La ilusE Gauloise

La veuve inconsolable

Un Carme qui était chez une veuve en pleurs,

Et de son mieux sermonnait la matrone,

La Rhétorique ayant semé ses fleurs,

Le tout sans fruit, mon xihaud vous La prône

A la façon du soldat de Pétrone,

Une, deux, trois, quatre, cinq et six fois.

Rien n'opéra : donc le moine aux abois,

Sort en donnant cette pleureuse au diable.

Chacun s'enquiert : « Eh bien, père Courtois ?

— Cette femme est, dit-il, inconsolable. »

-^ 'If ^

La maîtresse de plain-chant

Une abbesse instruisait une jeune novice Dans le chant propre à 1;^ communauté, Sur certain mot latin dans un psaume usité, Qu'elle chantait mal par malice. Ce mot, à ce qu'un auteur dit, Est celui-ci : Conculcavit.

« Entonnez bien, lui disait-elle, Tenez-moi bien ferme ce con :

Haussez le cul ; fort bien, la belle Un peu plus haut encore, la;, c'est bon. Pour le vit, faites-le bien long.

— - De cette syllabe allongée Je connais la mesure à fond.

Père Biaise, après le sermon.

Me l'a plus d'une fois montrée. »

Rondeau

Vivent les bruns, en dépit des blondins. Vive la brune, en dépit de la blonde.

Dans tes tournois, dites-nous. Dieu des jaidina, Des deux couleurs, laquelle est plus féconde. En beaux faits •d'armes et gentils paladins.

Blondes auront ibeaux doigts incarnadins, Blonds auront bien jolis airs grenadins ; Mais quant au point où ta gloire se fonde. Vivent les bruns.

Du ciel, un jour laissant les citadins, Vénus ta ta des galants de ce monde.

Pour tous les blonds, elle n'eut que dédain. Si qu'on l'ouït, en finissant sa ronde. Dire tout liaut, en se plaignant des reins : « Vivent les bruns. »

Le Diable

Il a la peau d'un rôt qui brûle,

Le front cornu.

Le nez fait, comme une virgule.

Le pied fourchu.

Le fuseau dont filait Hercule

Noir et tortu.

Et pour comble de ridicule

La queue au cul.

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