‹ La muse gauloiseChapitre 6 sur 60 · CLEMENT MAROT · texte numérisé non relu

CLEMENT MAROT

Lfi Frère Thibaud

Frère Thibaïul, séjourné gros et gras.

Tirait, de nuit, une garce en chemise

Par le treillis de sa chambre, où les bras

Elle passa, puis la tête y a mise,

Puis tout le sein. Mais elle fut bien prise

Car son fessier y passer ne sut onc (jamais) :

« Par la morbleu, ce dit le moine, atlonc

Il ne me chaut (n'importe) de bras, téton, ni tête ;

Passez le c, ou vous retirez donc :

Je ne saurais sans lui vous faire fête.

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De cinci points en amour

Fleur de quinze ans, si Dieu vous sauve et gard.

J'ai en amours, trouvé cinq points exprès.

Premièrement, il y a le Regard,

Puis le Devis et le Baiser après : v

L'Attouchement, le Baiser suit de près :

Et tous ceux-là tendent au dernier point

Qui est... — Et quoi? Je ne le dirai point.

Mais s'il vous plaît en ma chambre vous rendre,

Je me mettrai volontiers en pourpoint,

Voiro tout nu, pour vous le faire apprendre.

Epigranthfie

à Pierre Marrel en le merciant d'un couteau

Ton vieux couteau, Pierre Marrel, rouillé, Semble ton v..., jà retrait et mouillé : Et le fourreau tout laid où tu l'engaines, C'est que toujours a aimé vieilles gaines ; Quant à la corde, à quoi il est lié, C'est qu'attache seras et marié :

Au manche aussi de corne, connaît-on Que tu seras cornu comme un mouton.

Voilà le sens, voilà la prophétie De ton couteau, dont je te remercie.

De Alix et de Martin

Martin était dedans un bois taillis Avec Alix qui, par bonne manière, Dit à Martin : « Le long de ces paillis T'amie Alix d'Amour te fait prière. »

Martin dit lors : « S'il venait par derrière Quelqvie lourdaud, ce serait grand vergogne! Du c..., dit-el[le], vous ferez signe : Arrière! Passez chemin, laissez faire besogne... s

Epigramme

Marliu menait son pourceau au marché

Avec Alix, qui en la plaine grande

Pria Martin lui faire le péché

De l'un sur l'autre : et Martin lui demande

« Mais, qui tiendra notre pourceau, friande?

— <,)ui. dit Alix? l)on renitVle il y a. »

Lors le pourceau à sa jambe Tîa,

Puis Martin juche, et loirrifcment cngaine.

Le porc eut peur, et Alix s'écria :

« Hé la! Martin, notre pourceau m'entraîne «.

Epigramme à une laide

Toujours voudriez c[ue je l'eusse tout droit, Ma lai<leron, et vous semble, je gage.

Que j'en puis faire, ainsi comme du doigt Vous avez beau le flatter de langage.

Voire des mains, ce diable de visage Dégoûte tout et à vous-même nuit.

Par quoi devriez, si vous étiez bien sage, Ne me chercher seulement que de nuit.

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Epigramme

Maoée me veut faire accroire Que requise cet de maintes gens:

Plus envieillit, plus a de gloire, Et jvue comme un vieux sergent, Qu'on n'embrasse point son corps gent Pour néant. Et dit vrai Maoée:

Car toujoiirs elle baille argent, Quand elle veut être embrassée.

D'une épousée farouche

L'épousé, la première nuit.

Assurait sa femme farouche :

a Mordez-moi, dit-il, s'il vous cuit.

Voilà mon doigt en votre bouche. »

Elle y consent, il s'escarmouche.

Et après qu'il l'eut déhoussée :

« Or çà, dit-il, tendre rosée,

Vous ai- je fait du mal ainsi?

— Adonc, répondit l'épousée,

Je ne vous ai pas mors (mordu) aussi, a

Epigramme

Un jour Robin vint Margot empoigner

Et lui montrant l'outil de son oiivrage,

Et sur-le-champ, la voulut besogner.

Mais Margot dit : « Vous me feriez outrage.

Il est trop gros et long à l'avaniage.

— Bien, dit Robin, tout en votre fadasse

Ne le mettrai; » et soudain il l'embrasse.

Et la moitié seulement y transporte.

« — Ah ! dit Margot, en faisant la grimace.

Mettez-y tout ; aussi bien suis- je morte ».

Epigramme

Un jour d'hiver, Robm, tout éperdu, Vint à Catin présenter sa requête, Pour dégeler son chose morfondu Qui ne pouvait quasi lever la tête.

Incontinent, Câlin fut toute prête.

Robin, aussi, prend courage et s'accroche On se remue, on se joue, on se hoche Puis, quand ce vint au naturel devoir : « Ha, dit Catin, le grand dégel approche — Voire, dit-il, car il s'en va pleuvoir. »

Epitaphe d'Alix

Ci-gît, qui est une grande perte,

En culetis, la plus experte

Qu'on sut jamais trouver en France.

C'est Alix, qui dès son enfance,

Quand sa noiu-rice l'allaitait,

Dedans le berceau culetait;

Et de trois jusques à neuf ans,

Avec garçons, petits enfants,

Allait toujours, en quelque coin,

Guleter au grenier au foin.

Et à dix ans tant fut culée,

Qu'en culant fut dépucelée.

Depuis grosse garce devint

Et lors culetait plus que vingt.

Et après devint toute femme,

Et inventa la bonne Dame

Mille tordions avenants

Po'Ux culeter à tous venants :

Vrai est, quand n'eut plus dents en gueule

Qu'elle culeta toute seule.

Mais afin que le monde vit

Son grand savoir, elle écrivit

Un beau livre de culetage,

Pour ceux qui étaient en grand âge.

Et xm autre de culetis,

Pour ceux qui étaient plus petits.

Ces livres fit en s'ébattant

Et puis mourut en culetant.

Encor, dit-on, par grand merveille,

Que si on veut mettre l'oreille

Contre sa tombe et s'arrêter,

On ouïra ses os culeter.

Epitaphe de Martin

Ci-gît, pour Alix contenter,

Martin qui soûlait (usait) plus que dix

A la rengette culeter,

Par champagnes, bois et taillis!

Prie Dieu, toi qui ceci lis.

Mettre l'âme du Trépassé

En quelqiie lieii bien loin rf Alix,

Afin qu'il repose in Pace.

Epjgramme

L'autre jour, un amant disait A sa maîtresse, en basse voix.

Que chaque coup qu'il lui faisait Lui coûtait deux écus ou trois.

Elle y contredit : toutefois Ne pouvant le cas nier Lui dit : ce Faites-le tant de fois Qu'il ne vous coûte qu'im denier! »

Epigramme

Robia mangeait un quignon de pain bis,

Par un matin, tout petit à petit.

Cardine lors, en gardant ses breibis.

Qui, ce matin, avait grand appétit.

Lui dit : « Robin, donne-m'en un petit (peu)

Et je ferai tout ce que tu voudras.

— Non, dit Robin, ne lève pas tes draps,

Mon pain vaut mieux! » Et aussi s'en alla.

Et si l'avait aussi igros que le bras !

Ne dût-on pas le pendre pour cela ?

Catin veut épouser Martin C'est fait en très fine femelle :

Martin ne veut point de Catin Je le trouve aussi Fin, comme elle.

A une dame de Piémont,

qui refusa six écus de Marot

pour coucher avec elle

et en voulait dix

Madame, je vous remercie

De m'avoir été si rebourse (insensible).

Pensez-vous que je m'en soucie

Ni que tant soit peu m'en courrouce?

Nenni, non. Et pourcfuoi? Et pour ce

Que six écus m'avez sauvés,

Qui sont aussi bien dans ma bourse

Que dans le trou que vous savez.

Epigramme à Lynote, lingère médisante

Lynote, Bigote, Marmote, Qui couds, Tant note Ta sotte Gringote De nous.

Les poux,

Les loups,

Les clous Te puissent ronger sous la cotte

Trestous

Tes troux

Ordous (sales), Les cuisses, le ventre et la molle.

Epigramme

C'est grand' pitié de ma mie qui a Perdu ses jeux, son passe-temps, sa fête. Non un moineau, ainsi que Lesbia, N'un petit chien, belette, ou autre bête. A jeux si sots mon tendron ne s'arrête ; Ces pertes-là ne lui sont malfaisans.

Elle a perdu, hélas, depuis septembre.

Un jeune ami beau de vingt et deux ans, Qui n'avait pas pied et demi de membre.

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