‹ La muse noireChapitre 20 sur 26 · LA PHILOSOPHIE DES CHATS I · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DES CHATS I

Mais qu'un bruit imprévu vienne à se faire entendre : Le chat qui sommeillait, insoucieux et tendre,

Comme un petit baby qui dort, Le chat tressaille, en proie à l'âpre inquiétude, Et, méfiant, troublé dans sa béatitude.

Ouvre son œil pailleté d'or.

Son œil vert, net et plein de bénigne malice, Jusqu'à l'intrus — sur un rayon lumineux — glisse

Un regard troublant et pipeur :

C'est qu'il est clairvoyant, cet œil doux et sceptique, Où s'allume parfois un feu cabalistique

Qui vous charme — et qui vous fait peur.

En vos longs corps soyeux que votre langue lustre, O chats, un dieu fantasque alluma comme un lustre

D'esprit càpricant et maHn, Et, quand vous ronronnez, discrets, prés de la flamme, Nul ne sait si vos cœurs ne recèlent point l'âme

D'un Voltaire ou d'un Poquelin.

Sans doute, méprisant la facile faconde Des orateurs du club et des poseurs du monde, Vous ne daignez parler jamais.

Vous n'en pensez pas moins, — et la Sottise humaine, Entraînée au torrent de la parole vaine. Vous fige la langue au palais.

Vous surtout, si choyés de nos folles maîtresses, Vous, ô chats du boudoir, qu'enivrent les caresses

D'une petite et blanche main.

Silencieusement, oh ! vous devez bien rire. Si vous entr'ouvrez l'œil, — et si vous savez lire

Au grimoire du cœur humain !

Juillet 1882.

Aux Chercheurs de Tierreries

kA Oscar V^Cétenier.

VOTRE demeure est l'Ombre noire, et votre lit Le granit. — La lanterne entre vos mains pâlit Et de l'obscurité lève à peine les voiles, Et vous creusez sans cesse, opiniâtrement. Dans l'espoir de percer au sombre firmament Où des rubis sont les étoiles.

Vous dédaignez, mineurs — mineurs audacieux ! — L'irradiation du soleil dans les cieux, Les couchants purpurins, les aubes irisées; Aux jasmins, aux œillets vous préférez, mineurs, Les saphirs ; — à l'éclat des végétales fleurs, L'éclat des fleurs cristallisées.

Vous trouverez peut-être un antre souterrain, Trésor caché de la Nature, immense écrin Où gisent, par milliers, des roches d'émeraude. Des monts de saphir clair, des tas de diamants Si gros, que l'on pourrait, avec quelques fragments, Édifier une pagode.

Mais, pour que resplendisse et rayonne, ô mineurs, De son éclat et de ses feux enlumineurs, Ce monstrueux amas de rares pierreries, 11 faudra le frapper des flèches du soleil : Le plus riche joyau, sous la terre, est pareil Aux plus viles verroteries.

L'Amour est un soleil. — Poète, il luit pour toi. Veux-tu te dérober à l'inflexible loi ? Vainement dans de l'or tu sertiras l'opale : La gemme est pâle et terne à l'abri des rayons ; A l'abri de l'Amour, et quoi que nous fassions, La Poésie est terne et pâle.

Décembre 1882.

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Les Immortels

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