LES IMMORTELS I
N'avez-vous jamais vu, dans un flot de lumière, Passer la vision de nos grands écrivains Qui furent étrangers à ce temple : Molière Et Gautier, poètes divins?
Et Balzac! Et Flaubert!... Et tous ceux qui flamboient Au milieu des vivants, mais ici pas encor! Écoutez : les la Harpe et les roquets aboient Contre eux, qui vomissent de l'or !
Dans l'Azur étoile, leur gloire Rayonne avec sérénité :
Ils ont conquis, dans notre histoire, Une vraie immortalité.
Bien que jamais dans cette salle N'ait résonné leur grande voix.
Dressant leur taille colossale.
Ils resplendissent : je les vois!
Quoique Villustre Académie Ait renié leurs noms si beaux, Et que la cabale ennemie Ait sali jusqu'à leurs tombeaux,
Par dessus ces têtes livides, — Crânes couverts de parchemin, Mesquins comme des coffres vides, — Ils planent, se donnant la main !
Une belle et vaillante troupe De ceux que la Muse enrôla Autour d'eux vient former un groupe, En chantant : — « Saluez ceux-là ! »
O Gautier, source de lumière.
Les immortels ont beau couvrir Leurs yeux d'une opaque paupière :
Ils finiront par les ouvrir !