‹ La muse noireChapitre 22 sur 26 · LES IMMORTELS I · texte numérisé non relu

LES IMMORTELS I

N'avez-vous jamais vu, dans un flot de lumière, Passer la vision de nos grands écrivains Qui furent étrangers à ce temple : Molière Et Gautier, poètes divins?

Et Balzac! Et Flaubert!... Et tous ceux qui flamboient Au milieu des vivants, mais ici pas encor! Écoutez : les la Harpe et les roquets aboient Contre eux, qui vomissent de l'or !

Dans l'Azur étoile, leur gloire Rayonne avec sérénité :

Ils ont conquis, dans notre histoire, Une vraie immortalité.

Bien que jamais dans cette salle N'ait résonné leur grande voix.

Dressant leur taille colossale.

Ils resplendissent : je les vois!

Quoique Villustre Académie Ait renié leurs noms si beaux, Et que la cabale ennemie Ait sali jusqu'à leurs tombeaux,

Par dessus ces têtes livides, — Crânes couverts de parchemin, Mesquins comme des coffres vides, — Ils planent, se donnant la main !

Une belle et vaillante troupe De ceux que la Muse enrôla Autour d'eux vient former un groupe, En chantant : — « Saluez ceux-là ! »

O Gautier, source de lumière.

Les immortels ont beau couvrir Leurs yeux d'une opaque paupière :

Ils finiront par les ouvrir !

Page 1