‹ La muse noireChapitre 23 sur 26 · LES IMMORTELS I^I · texte numérisé non relu

LES IMMORTELS I^I

Comme ils ont acclamé Molière Après l'avoir tant blasphémé, Ils feront ta statue en pierre, Un jour, mon Maître bien-aimé !

Alors, un Vengeur — un Apôtre — Leur clamera : — « Taisez ce nom !

Rien ne manque à sa gloire, non ; Mais je veux qu'il manque à la vôtre! ))

Juin 1882.

E pitre à ^oileau

kA Emmanuel 'Briard.

O Nicolas Boileau, toi dont les œuvres sages, Qu'émaillent, par endroits, de prudentes images, Offrent à nos regards, rarement éblouis, Sous un voile discret, les splendeurs de Louis ; Toi dont la voix très ferme, encore que timide. N'a pu faire jamais une paupière humide, Comment de grands esprits, sous ton joug prosternés, Ont-ils pris le sentier où tu les as menés ? Comment, se dépouillant du manteau de trouvère, Et pratiquant la loi de ton code sévère, Ces dociles géants ont-ils pu se mouvoir

Dans cet étroit enclos où tu les as fait choir ?

— C'est qu'ils ont reconnu, dans ta manière rude.

Et de la symétrie et de la plénitude ;

Ah! c'est que, Magister, tu n'es pas sans beauté

Dans la perfection de ta rigidité !

Vois : ma modeste Muse, aujourd'hui plus soumise,

T'obéit un instant, et se régularise

Jusqu'à parler ta langue, et jusqu'à s'incliner

Devant le dieu-tyran qui la veut bâillonner.

A tes vers cependant permets une critique.

Je ne suis pas de ceux dont l'ardente esthétique,

Traitant de 7'ococo ton style tant vanté.

Insulte impudemment à ta sobriété.

Mais pourquoi, dans ton œuvre égale, froide et belle,

L'Émotion est-elle à la Rime rebelle ?

Oh ! pourquoi, Despréaux, ne sais-tu pas pleurer ?

Si je sentais ton cœur, je pourrais t'admirer.

Il faut que la Pitié, fécondant la Matière, Donne un vaste soupir à la Nature entière. Et que la Gaîté même ait une larme à l'œil. L'Insensibilité, c'est le morne cercueil

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