FANTAISIE CÉSARIENNE
Il se dit : — « J'ai l'Empire et la Force infinie. La Pudeur, la Pitié ne parlent plus en moi; Mais je sens, sous mon front, palpiter le Génie!
« Eh bien, je veux en faire un formidable emploi.
Et tordre un Être, dans une telle agonie,
Que tes dents, ô Minos, en claqueront d'effroi!
« On prétend que tu sais, juge du noir Tartare, Lorsqu'un grand criminel chez les Ombres descend. L'affliger d'un tourment épouvantable et rare :
« Je m'exercerai, moi, sur un pauvre innocent! Tu me diras — après — si les dieux du Ténare Torturent aussi bien que César tout-puissant !
« Je veux qu'un jour entier, ma victime rebelle
Se torde, le corps nu, brûlée à petit feu;
Que ce soit une femme — et qu'elle soit fort belle.
« Oh ! supplice très doux à voir, digne d'un dieu ! De douleur jaillira le lait de sa mamelle Sous le regard du ciel ironiquement bleu ;
« Puis son petit enfant la verra, toute nue, Par la flamme léchée abominablement; — Les lueurs du brasier sur sa gorge charnue
« Courront; — elle criera, pleine d'efiarement; — Et l'horreur crispera ta figure ingénue. Jeune fils, à l'aspect du maternel tourment!
« Moi, je rirai bien fort : ma chair voluptueuse Tressaillera de joie, et mon généreux cœur Frémira — comme au vent du nord frémit l'yeuse !
« Alors on comprendra ma force et ma grandeur, Et le peuple, flattant ma cruauté joyeuse, S'écrira : — Vive Rome, et vive l'Empereur ! »