‹ La musique à l'égliseChapitre 25 sur 75 · ANECDOTE DC TEMPS DE PAIESTRINA · texte numérisé non relu

ANECDOTE DC TEMPS DE PAIESTRINA

H y a un livre intitulé : Essai sur les grands événements par les petites causes; c'est un petit ramassis anonyme d'histoires plus ou moins divertissantes et arrangées avec plus ou moins d'agrément, pour justifier l'idée que ce titre fait naître d'abord dans l'esprit. On lit en tête des chapitres des sommaires tels que ceux-ci :

« — Un ordre de se faire raser la barbe causa des troubles en France pendant plusieurs années. »

« — La prononciation d'une lettre de l'alphabet causa une grande dispute dans l'Université de Paris.»

<( — Quelques poules prises à un curé sont cause qu'une terrible sédition est apaisée.»

Toutefois l'auteur (je suis bien aise de faire connaître son nom aux bibliophiles: j'espère qu'il s'en trouvera parmi nos lecteurs), Adrien Richer, à qui l'on doit également un Abrégé chronologique de l'Histoire des Empereurs, a oublié d'insérer dans son recueil une fort jolie anecdote qui nous intéresse particulièrement et qui pourrait figm'er avec ces mots pour sommaire :

in bouquet offert à un cardinal par un jeune enfant

SILVIO AMOMANO. 123

de onze ans est coitse du maintien de la niusiqtie ecclésiastigue dans les temples.

Ceci exjjosé, racontons le fait d'après le docte, le vénérable, le véridique Joseph Buini, qui l'a rapporté tout au long dans ho?, Mémoires historiques et critiques sur la vie et les ouvrages de Palestrina.

Il y avait une fois, à Rome, un jeune enfant de onze ans, un virtuose, un petit prodige comme on dirait aujourd'hui, très-habile chanteur, fnissimocantore, excellent joueur de luth, et par-dessus tout cela, improvisateur merveilleux. Il s'appelait Silvio Antoniano, et, à cause de ses talents, on l'avait surnommé VOrfeo di JRoma.

En ce temps-là, les artistes ne voyageaient pas comme aujourd'hui de Paris à Saint-Pétersbourg, de Londres à Naplcs, de New-York à Calcutta pour chercher fortune. La fortune allait les chercher elle-même ; voici de quelle manière elle se comporta à l'égard d'il giovinetto Siloiuccio.

Environ vers l'an lool, les cardinaux qui composaient le sacré collège, sous le pontificat de Jules HT, étaient un jour rassemblés chez le cardinal Francesco Pisani , issu d'une famille de sénateurs vénitiens. Ce dernier était dans l'habitude de fêter magnifiquement l'anniversaire de sa naissance, en réunissant ses collègues dans •un somptueux gala. P.irmi ceux-ci était le cardinal Othon Truchses, protecteur des arts et des artistes, à qui l'amphytrion, Pisani, avait souvent entendu faire l'éloge des facultés extraordinaires de Silvio Antoniano. Le repas n'était pas à sa fin que l'on vit entrer un jeune enfant, d'une charmante figure, qui, après avoir salué sans gaucherie toutes les Éaiinences, fut invité à faire

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juger de ses talenls comme chanteur, instrumentiste et poëte, ce dont il s'acquitta avec un mélange d'assurance et de modestie qui lui conquit tout d'abord son illustre auditoire. Après son premier air, Silvio fut comblé de caresses par tous les cardinaux; il en fut ainsi, et toujours en redoublant, à mesure qu'il exécuta des morceaux sur son luth ou qu'il se livra à l'improvisation.

Tandis que l'assistance fêtait à l'envi l'Or/eo, le cardinal Renaccio Farnèse s'amusait, auprès d'un riche guéridon chargé des plus belles fleurs, à composer un bouquet, et tout d'un coup, donnant le bouquet h l'enfant, il lui dit d'aller le présenter à celui qui devait un jour monter sur le trône pontifical. L'enfant réfléchit un instant , promena sur l'assemblée un regard scrutateur, et lentement se dirigea vers le cardinal Gian Angelo de Medici, lui offrit le bouquet; puis, détachant le luth suspendu à son cou, il se mit à chanter les louanges de l'Éminence.

Le trait était audacieux, et le cardinal de Medici en fut un peu déconcerté. Il s'en fâcha même, prenant le tour pour une raillerie déplacée, si bien que le cardinal Farnèse, voyant cela, se mordit les lèvres et se reprocha d'avoir agi peut-être inconsidérément. Grâce à l'intervention de quelques cardinaux et surtout à l'air de candeur de l'enfant, ce petit nuage se dissipa, au point que, sur les instances de tous ses collègues, le cardinal Medici consentit de bonne grâce à indiquer à Silvio un nouveau sujet d'improvisation. En ce moment une horloge sonnait : «Eh bien, dit le Medici, puisque tu es « poëte, improvise sur cette horloge.» L'enfant s'en lira à merveille, et qui sait si, usant des privilèges de la poésie, il ne trouva pas le moyen de faire allusion à sa

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