‹ La musique à l'égliseChapitre 45 sur 75 · MESSE DE M, NIEDERMEYER · texte numérisé non relu

MESSE DE M, NIEDERMEYER

Mettons donc au nombre des belles œuvres de musique sacrée la messe de M. Niedermeyer, que, pour mon compte , je ne puis entendre sans en être vivement touche; c'est que cette œuvre se dis lingue par le caractère qui convient surtout à la prière ; elle recueille doucement l'âme sur elle-même; elle lui parle un langage intime et la pénètre par mille accents profonds.

Cette puissance d'accent se fait surtout remarquer dans le Kyrie, en si mineur. Tout est sentiment et grâce dans ce beau morceau.

Le Gloria est une hymne qui s'élance pompeusement sur un mouvement vif, à trois temps, et se développe comme un morceau symphonique dans une unité parfaite. De belles mélodies s'enchaînent sur les paroles Laiidamus te, adoramus te. Toutefois, au Qui tollis, le mouvement allegro moderato est suspendu pour faire place à un largo majestueux ; le premier motif reparaît ensuite, et le morceau se termine par une belle et large fugue : In gloriâ Dei patris, amen. Qui n'a présente à l'esprit la noble exposition du Credo, à laquelle succède VIncarnatm , quatuor sans accompagnement, dans le style alla Palestrina, en contre-point double; tour de force harmonique, qui par bonheur n'enlève rien à ce morceau de son expression austère et profonde? Le drame commence avec Je Crucifixus , murmuré par les voix, tandis que les instruments gémissent dans de longues tenues, sous un dessin des basses en pizziccato, gravement rhylhmé. On ne saurait trop admirer ici la persistance de la forme principale, malgré les changements de mouvement motivés par les paroles, jusqu'à ce que le premier motif du Credo reparaisse avec un nouvel éjciat.

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Le Sanctus est un beau chant de triomphe; je n'aime pourtant pas le mot sabaoth rejeté aux basses sur le second temps de la mesure, après qu'il a été attaqué sur le premier temps par les autres voix. C'est le seul passage de l'œuvre dont l'effet me semble vulgaire. Mais, en revanche , rien de plus distingué, de plus élégamment gracieux que la mélodie du Benedictus , et les nobles et belles vocalises dans lesquelles elle s'entrelace.

VAgnus Dei est un des plus beaux morceaux de celte messe, quoiqu'il soit, à mon avis, d'un caractère un peu trop sombre ; mais ce défaut, car c'en est un, est racheté par une ampleur de dessin, une harmonie de contours, une force d'expression et une élévation de pensées dignes des plus grands éloges.

L'exécution de cette messe a été excellente; elle a produit une vive impression sur le nombreux auditoire. On n'applaudit pas sans doute dans une église, mais on est attentif, recueilli, ému; on n'applaudit pas, mais un frisson qui court, des larmes qui mouillent les paupières, trahissent ce qu'on éprouve. Les chœurs, composés des choristes de la paroisse et des élèves de l'école de musique religieuse dirigée par M. Nicdermeyer, et l'orchestre de l'Opéra -Comique, ont fait merveille. L'église a de la sonorité, trop de sonorité peut-être, mais par cela même elle offre aux compositeurs l'avantage de produire beaucoup d'effet avec peu de frais et des moyens restreints. Il y a là de quoi ranimer la veine de nos musiciens religieux. Puissent-ils nous donner d'aussi belles œuvres que celles dont je viens de rendre compte !

Juillet 1857.

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