LES CANTIQUES DU P. BRÏDAYNF
dayne avait prolesté autrement que par ses sermons, je veux dire par des œuvres spéciales , contre celte fausse dévotion toujours si voisine du faux goût. Et puisque l'élégante homélie que noire collaborateur nous a faite à ce sujet, non en style de mandement, grâce à Dieu, mais dans la forme la plus légère et la plus piquante de la causerie , présente une lacune , nous lui demanderons la permission de la combler.
Personne autant que le père Brydayne n'a compris l'importance du cantique vulgaire comme moyen de prosélytisme religieux et de gagner les âmes au service de Dieu. « Qui ne sait que le père Brydayne , montant en chaire , débutait parfois par un cantique qu'il chantait d'une voix harmonieuse et sonore, et qu'alors, plein de son sujet, il en paraphrasait les strophes, et tirait de ce texte une foule de réflexions propres à produire la plus vive impression sur les esprits ' ? » Brydayne faisait composer des cantiques par un des prêtres de sa mission qui avait du goût pour la versification ; il en composait lui-même qu'il mettait ensuite en musique, bien qu'il ne fût nullement musicien dans le sens théorique du mot. Il y a des temps où les types du beau sont empreints dans tous les esprits , où les moindres détails de l'architecture et de la sculpture, dans les constructions civiles, sont de bon goût, où les mélodies populaires , les cantilènes que tout le monde répète, sont d'un tour naturel et musical, expressives et naïves. Brydayne a été le contemporain de Rameau ; ses dernières années ont été celles des commencements de Gluck. La veine musicale d'alors était au simple et au
' La Muilhse du l.S uclolue 1859.
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vrai. Il est tels cantiques de Brydayne qui sont de véritables chefs-d'œuvre, et que ni Rameau ni Gluck n'eussent désavoués, u Plusieurs de ces cantiques, dit l'historien du père Brydayne, l'abbé Carron, entre autres ceux qui commencent par ces mots : Plein d'un respect mêlé de confiance, sur le saint sacrifice de la messe, et cet autre, si touchant et si beau : Sur cet autel, sont dans toutes les bouches, et de célèbres musiciens ont mis l'air de ce dernier à trois ou quatre parties , avec accompagnement. »
Pendant fort longtemps ces cantiques sont restés populaires dans le midi de la France; quelques-uns se popularisèrent môme à Paris; ils s'y popularisèrent si bien qu'un des airs du père Brydayne a passé sur nos théâtres de vaudeville et a été de plus égayé par une chanson de Désaugiers. Pauvre père Brydayne ! Ce n'est pas là la destination qu'il avait rêvée ! pas plus que celle que Lulli, au rebours, avait rêvée pour quelques-uns de ses motifs d'opéras qu'il entendit un jour dans une église ajustés sur les paroles saintes^. Cette fois, le vaudeville s'est vengé sur le père Brydayne des larcins que trop souvent l'Eglise avait faits à la scène, et l'air de ce cantique, si pieux et si recueilli, tant qu'il était resté dans l'enceinte du temple, a pris, depuis son émancipation sur le théâtre, une physionomie évaporée et je ne sais quelle allure de carrefour qui rendront désormais impossible sa réapparition dans l'église.
Heureusement il n'en a pas été ainsi de tous les airs des cantiques du père Brydayne. Les plus originaux, les plus religieux et les plus populaires sont restés
^ Voir ci-dessus, pages 18H.