DISCOURS PRONONCÉ
jouée dans un salon, y avait obtenu du succès, ce mot de succès l'eût effarouché. Le mot de popularité, mot magique qui, de nos jours, a donné le vertige à plusieurs heureuses organisations, et a peut-être aussi inspiré tant de fâcheux compromis désavoués par la conscience, ce seul mot de popularité l'eût fait frissonner.
Avec quel soin il se dérobait à ces applaudissements, à ces triomphes qui seraient venus le chercher d'euxmêmes, pour peu qu'il eût voulu s'y prêter! Avec quelle indifférence il parlait de ses compositions, dans lesquelles nous admirions une facture si riche et si habile, un style si large et si plein, souvent une expression si noble et si élevée ! Avec quelle touchante abnégation, dans ces réunions musicales où Boccherini, Haydn, Mozart, brillaient en première ligne, ce même homme s'emparait obscurément d'une partie d'alto ou d'instrument à vent, heureux de concourir ainsi à l'exécution d'un quintette de l'un, d'un quatuor de l'autre, d'un concerto du troisième ! C'était vraiment un artiste patriarcal. J'ajoute, Messieurs, c'était un maître. 11 a été maître dans tous les sens, et, avant tout, maître de lui-même. Il a eu la renommée qu'il voulait avoir. Il a tenu à rester ignoré des gens superflciels. L'estime et l'approbation de l'élite lui ont suffi, et c'est ainsi qu'il a gardé sa propre estime. Il n'a pas eu de vanité; il a eu la vraie, la légitime fierté des forts.
Ah! Messieurs, ne serait-il pas indigne de penser qu'une vie si simple, si modeste, si laborieuse, dût,' par cela môme qu'elle a été telle, nous dispenser de lui payer le tribut d'admiration et de reconnaissance auquel elle a droit? Ne donnons pas un pareil exemple, et, plutôt, contemplons, en finissant, la belle unité de celte