DISCOURS PRONONCÉ SUR LA TOMBH: DE M. BOELY
blaient découler de cette pure source de l'art classique. Aussi portent-elles le cachet d'un esprit peu soucieux des approbations de la multitude, et l'on sent qu'elles ont été conçues d'après un idéal qu'il s'était fait luimême dans le silence de ses méditations et tout à fait en dehors des données de l'art contemporain. Peutêtre sa pensée n'a-t-elle pas entrevu les beaux développements auxquels l'art devait atteindre entre les mains de Beethoven, de Weber et d'autres compositeurs modernes. Non, sans doute, Boëly ne les a pas vus. Mais aussi, quelle force sa conviction à cet égard ne lui a-t-elle pas prêtée ! De quelle main ferme n'a-t-il pas tenu seul, ou presque seul, le drapeau des traditions classiques de l'école d'orgue et de l'école de piano ! Il n'a pas seulement tenu ce drapeau, il a souffert encore pour la cause qu'il représentait. Nous l'avons vu, plus que sexagénaire, quoique encore dans la force du talent et de la santé, obligé de résigner les fonctions d'organiste dans une des plus anciennes paroisses de Paris, pour céder la place à de jeunes artistes dont les improvisations étaient, avant tout, suivant ce goût brillant, léger et mondain, qui a fait invasion dans la plupart de nos églises. Il se retira calme et souriant, sans murmurer, sans proférer une plainte; il se contenta de dire, avec cette pointe de raillerie qui prêtait à sa bonhomie un nouveau charme, que son goût, à lui, n'était plus à la hauteur du siècle, et qu'il était un peu trop vieux pour en changer.
Pauvre Boëly ! il a été notre contemporain, il a vécu en plein dix-neuvième siècle de la vie de ces grands artistes (lu passé qui ne sortaient pas de leur cabinet et qui ignoraient le bruit que leurs noms faisaient au dehors. Si vous eussiez dit à Boëly qu'une de ses œuvres,