‹ La musique à l'égliseChapitre 62 sur 75 · DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE

« Dans l'opinion de beaucoup de personnes, a dit M. Stéphen Morelot ', un organiste n'est qu'un salarié que ses fonctions n'élèvent guère au-dessus d'un sacristain ou d'un sonneur, souvent mieux partagés que lui du côté des appointements. On s'aperçoit tout de suite combien luie pareille manière de voir, qui se trahit nécessairement à quelque degré dans le cours des relations personnelles, est peu propre à faire rechercher ces fonctions par des artistes d'un ordre supérieur. »

Il est triste de dire que l'opinion dont se plaint ici avec tant de raison M. Stéphen Morelot a reçu une sorte de sanction légale par une très-regrettable disposition du décret du 30 décembre 1809, concernant les conseils de fabrique. L'article 33 de ce décret porte : «La nomination et la révocation de l'organiste, des sonneurs, des bedeaux, suisses, ou autres serviteurs de l'église, appartiennent aux marguilliers, sur la proposition du

' Lettres à un homme d'Iùjlise sur les caractères de la musique d'orgue et les qualités de l'organiste. (V. la première année de la Maîtrise, 4857-1858, page 38.)

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curé ou desservant. » Ainsi, voilà l'organisle assimilé, dans la loi, aux sonneurs, bedeaux, suisses et autres gens de service. Si, dans un grand nombre de paroisses, MM. les curés, vicaires et marguilliers savent distinguer, chez l'organiste, l'artiste du serviteur^ et tenir compte de sa valeur personnelle, il faut avouer aussi que cette disposition a, dans beaucoup d'endroits, exercé une influence fâcheuse sur les rapports des organistes, soit avec la fabrique, soit avec le clergé; et il est à notre connaissance personnnelle que, pour plusieurs hommes de mérite, cette disposition a été un motif de ne pas accepter des fonctions qu'ils auraient honorées.

Les organistes ont dû accueillir avec reconnaissance le projet adopté par Son Exe. M. Rouland, sur la proposition de M. de Contencin, directeur général des cultes, en vertu duquel des diplômes d'organistes et de maîtres de chapelle seront délivrés aux élèves sortant de l'École de musique religieuse de Paris, pourvu que ceuxci aient parcouru le cercle entier des études exigées par les règlements, et qu'ils aient donné; durant leur séjour dans l'institution, les garanties les plus satisfaisantes de moralité et de bonne conduite.

Dans sa circulaire à NN. SS. les évêques, datée du 12 juin 1857, M. le ministre des cultes s'exprime ainsi : «J'ai décidé. Monseigneur, qu'à l'avenir un diplôme, soit de maître de chapelle, soit d'organiste, sera accordé aux élèves qui , après avoir terminé leurs études et s'étant distingués par leur bonne conduite, auront satisfait aux examens de sortie devant le comité de surveillance institué à cet effet et avec la participation d'un fonctionnaire de l'administration des cultes.

30â hrCNlTÉ DR L'ORr.ANFSTÉ

(( Ce diplôme, qui ne pourra être délivré que sous mon approbation, sera, pour les membres de l'épiscopal et du clergé,une double garantie de l'honorabilité et de l'aptitude des candidats aux fonctions de maîtres de chapelle et d'organistes '. »

Il ne faut pas en douter, cette mesure est inspirée à la fois par uu vrai sentiment de l'intérêt de l'art et par un sentiment non moins profond de la dignité des artistes, deux sentiments qui se confondent en un seul. Elle nous semble très-propre à rehausser la position des organistes et des maîtres de chapelle en général, car bien que le pri^ilége des diplômes ne concerne que les élèves d'une école placée sous le patronage spécial du gouvernement et des évêques, qui ne voit que tous les organistes et maîtres de chapelle, quels qu'ils soient et de quelque école qu'ils soient sortis, doivent en profiler, du moins moralement? Deux choses sont à considérer : une faveur pour quelques-uns, un avantage pour tous. Si la faveur est personnelle, ce qui en résulte par rapport à l'honneur de la profession rejaillit indistinctement sur tous ceux qui l'oxerceut.

Pour nous, nous sommes intimement convaincus que le projet de M. le ministre des cultes contribuera, plus que tout ce que nous pourrions dire et plus que toutes les réclamations que les organistes pourraient adresser de leur côté, h faire tomber en désuétude cette disposition de l'article 33 du décret de 1809. La mesure prise par M. Rouland sera l'acte de réhabilitation des organistes.

Les organistes n'ont donc, suivant nous, qu'à s'affer-

> Voir ^a MaUrise du 15 juin 18o7.

DANS l'Église. 3M

mir dans le sentiment calme de leur dignité personnelle et de la dignité de leurs fonctions. MM. les sonneurs, les bedeaux, les sacristains, peuvent être indubitablement des gens fort estimables : on ne leur accordera jamais de diplômes. L'opinion publique ne verra jamais en eux autre chose que des « serviteurs de l'Église, » et, malgré les décrets, la même opinion publique continuera à voir, dans les organistes, des artistes très-élevés, exerçant, eux aussi, une espèce de sacerdoce, celui de l'art, à une condition pourtant, c'est qu'ils feront respecter leur art par les tendances de leur talent, comme ils font respecter leur personne par leur conduite.

Que les organistes soient toujours les interprètes de nobles et graves inspirations, qu'ils s'appliquent à jouer de belle et bonne musique, et nous leur répondons qu'ils seront honorés de ceux mêmes qui sont incapables de se mettre à leur niveau. Que la crainte de n'être pas goûtés par le grand nombre ne les arrête pas. Qu'ils se gardent surtout de flatter les goûts frivoles en se faisant les colporteurs des cantilènes vulgaires des concerts et des théâtres. Car alors il serait douteux qu'ils obtinssent l'estime de ceux mêmes qui les applaudiraient. La multitude accorde sa considération à qui s'élève et non à qui s'abaisse, à qui la guide et non à qui la suit, à qui l'instruit et non à qui l'amuse. Nous dirons aux organistes : Comprenez bien la majesté de votre instrument et témoignez de votre aversion pour le commun et le trivial, aussi hautement que vous affichez votre goût pour le grand et le beau. En un mot, posez- vous à la fois en artistes et en hommes.

Au quinzième siècle, il y avait à Venise un homme

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éminent, à la fois grand organiste et grand facteur, Bernhard l'Allemand, auquel quelques biographes ont attribué à tort l'invention des pédales. Après sa mort, on lit son oraison funèbre en deux lignes : C'était, dit la Chronologie des monastères de l'Allemagne, un homme illustre dans l'art musical , d'une piété insigne et de mœurs très-pures : virum prœstantissimum artis musicœ, insiyni pietate, multaque castimonia. Ces épithètes se rapportent aux qualités que les écrivains ecclésiastiques exigent dans un bon organiste : organista bonis moribus prœditusy pulsandi arte peritus. Quand les fonctions d'organiste étaient confiées à un laïque, les mêmes écrivains lui recommandaient de se tenir en garde contre les chants efféminés, profanes, ou même légers : cavens ne sonus sit lascivus, profanas, aut ludicrus '.

15 juillet 1857.

Nous avons fait entendre, dans les lignes qui précèdent, que la disposition de l'article 33 du décret sur les conseils de fabrique avait été prise souvent à la lettre par des curés et des ecclésiastiques, sans doute fort estimables, mais qui s'étaient malheureusement accoutumés à ne voir dans MM. les organistes que des serviteurs de

1 (înstaldo, in praxi ceremoniali Ambrosiano. — Apud Gerberl : De cantu et mus. sacr., tome 11, page 19G.

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l'Église, de même qu'ils s'étaient habitués à ne voir dans la musique religieuse que la très-humble servante de l'Opéra. Nous pourrions citer de piquantes anecdotes à ce sujet. Nous croyons devoir nous en abstenir. Nous demandons grâce seulement pour la suivante, dont nous garantissons l'exactitude dans les moindres détails.

La scène se passe (c'était en 1839) dans la sacristie d'une des premières paroisses de Paris, entre deux interlocuteurs, l'un, M. l'abbé P , l'ecclésiastique

chargé de la préparation des enfants à la première communion; l'autre, l'organiste dont je vous laisse à deviner le nom. Il y a même un troisième personnage, le Serpent de ladite paroisse, qui ne dit que deux phrases, courtes et bonnes, comme vous verrez.

Aux approches de la cérémonie de la première communion, l'abbé P proposa à l'organiste de se charger de l'accompagnement des cantiques pour cette cérémonie, ces solennités étant en dehors des attributions de l'organiste en titre. Celui-ci consentit.

— Mais ce n'est pas tout, monsieur l'organiste, reprit l'ecclésiastique ; outre les cantiques à accompagner, il y a encore des intervalles qu'il faut remplir. L'année

dernière, votre prédécesseur, M. Gh , nous amena un

joueur de Comment appelez-vous cela?

— De basson?

— Non.

— De hautbois?

— Non.

— De flûte?

— Non.

— De clarinette?

~ Non,

402 DIGNITÉ DE l'organiste

— De cor anglais?

— Non.

— De trombone?

— Non.

— D'opliicléide?

— Non.

— De violoncelle?

— Ah ! oui, c'était cela précisément, une violoncelle ! Ce monsieur joua plusieurs morceaux. Jamais, monsieur l'organiste, non, jamais on n'entendit des sons plus pleins, plus beaux, plus purs, plus vibrants, plus grandioses, plus majestueux! Chacun était ému; on pleurait. Si vous aviez, par hasard, monsieur l'organiste, parmi vos « camarades, » quelqu'un qui sût jouer de la violoncelle, et qui fût disposé à se faire entendre chez nous, vous nous rendriez le plus grand service en nous l'amenant. Mais je vous préviens, monsieur l'organiste, qu'il faut qu'il soit bien fort, très-fort, je ne vous le cache pas, pour soutenir la comparaison avec celui de l'année dernière. Grand Dieu! quels accents! Si vous aviez entendu ces sons! ils dominaient l'orgue, qui n'était plus qu'une serinette. Tenez, j'en frissonne, riini que d'y penser.

— Mais, monsieur l'abbé, quel était donc ce virtuose? Comment s'appelle-t-il? On pourrait peut-être le trouver

— Ob ! non, monsieur l'organiste, non, voyez-vous. C'était un homme très-modeste; il ne nous dit pas son

nom, et M. Ch ne nous le dit pas non plus. 11 y a

mieux que çà : figurez-vous qu'ils s'enfermèrent tous les deux seuls, avec le souffleur, à la tribune do l'orgue, pour ne pas être dérangés , et pour que le joueur

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de violoncelle ne fût vu de personne. Au surplus, vous savez qu'il y a 30 francs de casuel pour l'organiste, et, si vous nous amenez un ou deux de vos « camarades, n il y aura « quelque chose en sus » pour que vous puissiez aller vous « rafraîchir et casser une croule ensemble. »

L'organiste fît un mouvement dont l'ecclésiastique ne s'aperçut pas. Il faut rendre justice à M. l'abbé : s'il avait eu affaire à Beethoven ou à J.-S. Bach, il ne leur aurait pas parlé autrement.

— Et vous êtes bien sûr, monsieur l'abbé, dit l'organiste, que cet instrument était un violoncelle ?

— Oh! positivement, monsieur, c'était une violoncelle, et une fameuse encore !

L'organiste se piqua au jeu. II lui fallait trouver un violoncelliste à tout prix. Batta, Servais n'étaient pas à Paris; mais il y avait Franchomme, Chevillard, Franco- Mendès. Parmi les violons, il y avait Massart, Alard, Sauzay, etc. Après avoir réfléchi un instant :

— Comptez sur moi, monsieur l'abbé, dit-il. Puisque le virtuose de l'année dernière veut garder l'anonyme, nous en aurons un autre. Je vous amènerai un violoncelliste et peut-être aussi un violoniste.

— Arrangez cela comme vous l'entendrez, répondit

l'abbé P , je m'en rapporte à vous. D'ici h deux

jours, vous recevrez une note exacte de la cérémonie, sur quoi vous vous guiderez tant pour les cantiques h accompagner que pour les morceaux à jouer dans les intervalles.

L'organiste s'étant a'îsuré du concours de MINL INIassart et Franco-Mendès, le programme musical fut arrêté entre eux ainsi qu'il suit : 1" adagio du trio en mi bémol

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pour piano, violon et violoncelle, de Beethoven, œuvre I; 2" adagio de la sonate en si bémol, de Mozart, pour piano et violon (la partie de violon jouée par le violoncelle); 3° andante d'un concerto de R. Kreutzer pour violon, joué par M. Massart. Une répétition eut lieu à la tribune de l'orgue pour convenir des jeux sur lesquels la partie de piano devait être exécutée.

Le grand jour arriva. Tout alla à souhait; les deux virtuoses firent merveilles et rendirent cette belle musique avec une touchante et noble expression. Des marguilliers, des amateurs vinrent les féliciter sur l'exécution et le choix des morceaux.

La cérémonie terminée, MM. Massart et Franco-Mendès allèrent à leurs affaires, tandis que l'organiste se rendit à la sacristie pour déposer les clefs; il s'y trouva

en présence de l'abbé P A dire le vrai, il s'attendait à

un compliment, si ce n'était pour lui, du moins pour ses amis.

— Ah ! vous voilà, monsieur l'organiste. Eh bien, ça a très-bien marché; il n'y a pas eu d'accroc; les cantiques ont été bien dits, les morceaux ont été bien à leur place. Et puis ces enfants ont été si recueillis, si édifiants... Ah ! monsieur l'organiste, c'est là une consolation, une grande consolation, et qui nous dédommage bien de toutes nos peines ! — A propos, j 'oubliais de vous parler de vos artistes, monsieur l'organiste. Ce sont des gens habiles, fort habiles, certainement. Ils ont du talent, ça se voit. Mais, à vous parler franchement, entre nous, ce ne doit pas être des gens... là... des gens... bien « cossus, » n'est-ce pas?

— Que voulez-vous dire, monsieur l'abbé?

— Je veux dire que ces artistes... ils jouent bien.

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oh! très-bien..., mais on voit qu'ils ne doivent pas gagner beaucoup d'argent, car ils ont de bien mauvais instruments...

— Comment, monsieur l'abbé, des Amati, desGuarnerius, des Stradivarius...

— Je ne sais sur quels chaudrons ces messieurs ont

joué, poursuivit imperturbablement l'abbé P , mais

c'étaient des sons maigres, criards, désagréables; ça grinçait, ça sifflait !... Ah ! monsieur l'organiste, quelle différence de cette violoncelle de l'année dernière ! Des sons beaux, magnifiques, qui s'épanouissaient dans la voûte, qui faisaient trembler les vitres ; tout le monde tressaillait... ça ne peut pas se comparer... Ce n'est pas un reproche que je vous adresse, à vous, monsieur l'organiste. Ce n'est pas votre faute. Vous avez fait de votre mieux. C'est comme dans la parabole de l'Évangile : celui-ci a reçu cinq talents; celui-là deux talents; un dernier un seul. Que voulez-vous? on fait comme on peut. Du reste, comme je vous l'ai dit, nous ne pouvons pas nous plaindre, ça a bien marché... Ah! dites-moi encore, monsieur l'organiste, de qui sont les morceaux que ces messieurs ont joué? Si ce sont eux qui les ont composés, je ne leur en fais pas mon compliment. C'est savant, c'est bien fait peut-être, mais c'est monotone, [rainant, froid; ça n'a pas de charme, de chant, d'onction...

— Permettez, monsieur l'abbé, ces morceaux sont tirés de Mozart, de Beethoven...

— Bah ! bah ! de vos « compositeurs du jour, » pas vrai? Eh bien, voyez-vous, tous vos « compositeurs du jour » n'y entendent rien. C'est savant, tant que vous voudrez. Mais qu'est-ce que ça me fait à moi que ce soit

406 IMGNITÉ DE l/or.GAN'ISTE

savant? Vous voyez, monsieur l'organiste, que je vous parle avec sincérité. Ah! quant à moi, je suis « saint Jean Bouche-d'Or. » Vous voulez avoir mon avis, le voilà ! Ma foi, tant pis ! je n'y vais pas par quatre chemins, moi... Ah! mais, j'oubliais (d'essentiel.» — Et, se retournant vers son armoire, il y prit deux petits rouleaux de papier blanc : Voilà, ajouta-t-il, ce qui vous revient à vous, et voilà de quoi ofTrir à déjeuner à vos deux « camarades. »

L'organiste était pâle, silencieux et comme pétrifié :

gelidusque per iiua cucurril

Ossa iremor.

Puis, se remettant :

— Tenez, monsieur l'abbé, reprenez cet argent pour vos pauvres; mes amis vous prient d'employer à la même intention la somme que vous leur destiniez. Ces messieurs sont partis.

— Mais ce n'est pas possible! c'est incroyable! fit l'ecclésiastique, en proie à la plus vive surprise. Il était beau d'étonnement. — Mais c'est inouï! Je n'ai jamais vu ça. Comment! Mais il faut bien que vous alliez « prendre quelque chose quand ce ne serait

qu'une demi-lasse ! »

— Je vous le répète, monsieur l'abbé, ces messieurs sont partis depuis longtemps.

Là-dessus, l'organiste tourna sur ses talons.

Au moment où il allait sortir, le chef des chantres, M. Hén...., rentrait revêtu de son surplis, son serpent sous le bras. L'ecclésiastique ne cessait de répéter à

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part lui : — Mais c'est inouï ! ça ne s'est jamais vu ! C'est trop fort !

L'organiste, s'adressan t au chef des chan très : — Ditesmoi , monsieur Hén...., quel était le virtuose que

M. Ch avait fait jouer l'année dernière à la première

communion? vous savez... cet homme si modeste qui ne voulut pas dire son nom...

Pour toute réponse, M. Hén.... haussa les épaules, comme pour dire : Vous le savez aussi bien que moi !

— J'ignore absolument reprit l'organiste.

— Laissez-moi donc tranquille, fit M. Héu....

Puis, le regardant fixement : — Comment, vous ne

saviez pas que ce « farceur» de Ch leur avait amené

le cornet à piston de la Grande-Chaumière?

— Et il leur avait fait accroire...

— Que c'était une violoncelle.

— Bah!

— Mais oui.

Le curé de la même paroisse se plaignait un jour à un maître de chapelle de ce que ses chantres chantaient trop bas; il aurait désiré qu'ils chantassent en voix de ténor. « Comment voulez-vous, monsieur le curé, lui dit le maître de chapelle, qu'il en soit autrement, tous vos chantres ont une voix de bassetaille. — Laissez donc^, reprit le curé, vous ne voyez donc pas que c'est mauvaise volonté, pure paresse de leur part! Ah ! soyez tranquille, je vais leur laver la tête

408 DIGNITE DK l'ORGANISTE DANS l'ÉGLISE.

à tous , et il faudra bien qu'ils chantent haut. » Le maître de chapelle cita alors au curé l'épigramme suivante :

Biaise, voyant à l'agonie

Lucas qui lui devait cent fiaiics,

Lui dit, toute honte bannie :

— Çà! payez-moi vite, il est temps!

— Laissez-moi mourir à mon aise, Répondit faiblement Lucas.

— Oh ! parbleu! tu ne mourras pas Que je ne sois payé, dit Biaise.

Avril 1856.

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